Déterritorialisation

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Déterritorialisation

Message par Vargas le Jeu 6 Sep 2007 - 17:39

Déterritorialisation



NB : Ce sujet avait été composé par notre ami Olaf Oesuden, aujourd'hui définitivement déterritorialisé pour entrer dans le désert.

La Deterritorialisation est un concept centrale de l'oeuvre de Deleuze, qui est plutôt bien repris dans les sciences humaines. Elle est, comme nous allons le voir, une application de l'éthique de Nietzsche.

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A - La Territorialisation
La naissance de la société, c'est pas la mise en commun comme on croit habituellement, c'est pas l'échange, c'est d'abord le territoire. Le Territoire va permettre l'inscription des échanges, c'est un socle commun qui règle les échanges, qui se ferme. Imaginez pour comprendre une ville, le territoire, et le désert au porte de la ville, le non-territoire, la limite du territoire.

Chaque société possède un code, un codage. C'est l'ordre symbolique de Foucault. Il y a par exemple un codage de la séduction (tu veux boire un dernier verre chez moi?), un codage du langage... on a tous un code en commun.

Mais ce que craint chaque territoire, c'est cette limite, ce désert au porte de la ville. Car dans ce désert, c'est le décodage, c'est le hors code, qui ébranle la machine sociale.

Or, et ce Or est important, le Désir est par essence révolutionnaire, par essence, il cherche le décodage, il cherche le désert, il cherche la déterritorialisation (mot imprononçable). Comment va s'organiser la société pour éviter le décodage? Et bien ça dépend du type de machine sociale.

*


B - La Ritournelle
La Ritournelle traite de la naissance du Territoire. Avant le territoire, il n'y a que Chaos, et non-ordre. Alors, la plupart partent de ce principes, et introduisent le signifiant, l'ordre symbolique, mais pas Deleuze. Lui, il se situe en deçà du langage, au niveau du son, et surtout du rythme.

Comment instaurer l'ordre dans le désordre? Grâce à la voix. La mise en place de la répétition constitue le début du codage, du territoire. La Ritournelle, c'est comme la comptine d'enfant, "ha vous dirais-je maman...", rythme qui se répète, qui vient délimiter, qui vient faire redondance et créer du code. Un rythme possède des micro-rythmes, des infléchissements, la vie en somme.

*


C - Déterritorialisation
La ritournelle ordonne le chaos, et ce grâce à la réquisition des Forces, comme la sexualité, l'agressivité...
Mais elle aliène l'homme. Elle l'inscrit dans un discours, dans une moral, l'homme est un chameau qui porte les tables de la loi.

Les désirs sont par essence révolutionnaire, et cherche la déterritorialisation. Si elles constituent la naissance du territoire, elles constituent aussi leur plus grande menace. Et c'est là que Deleuze est un Nietzschéen, car en effet il faut s'affirmer, il faut se subjectiver.

Mais la Ritournelle assure la consistance du territoire, tout commencement est déjà un retour. La déterritorialisation à comme penchant soit la reterritorialisation, soit le retour du territoire. La ritournelle est cet éternel retour qui veut le territoire.

Ce concept boucle la territorialisation. Il s'agit de la naissance du territoire par un concept non symbolique, non humain, totalement animal, le son, le rythme, la répétition. On peut résumer l'émergence, ce saut du chaos, par une équation simple: Rythme = Répétition = Codage = Territoire.
Mais plus que ça, ce concept traite de la constance du territoire, qui jette dehors le chaos, et qui assure le
retour au territoire. Il s'agit d'une boucle totalisant, en rendant autonome la territorialisation.

La déterritorialisation est le processus éthique, la recherche du désert.

*

D - Espace Lisse / Espace Strié
Cette notion n'est pas vraiment une traduction du passage au plan d'Immanence au Plan de Composition, elle est plus la reprise de la dualité (qui n'est plus dès lors une dualité) du Désert et de la Ville. Mais l'immanence reste au centre de ce principe.

Pour me faire comprendre, L'espace Lisse, c'est comme le Jeu de Go, jeu où les pions peuvent apparaître n'importe où, sans règle, alors que le jeu d'échec lui, est ultra structuré (métaphore favorite du structuralisme d'ailleurs). Le strié est donc une réalité, mais comprise dans l'infini du lisse, dans la liberté de mouvement et d'apparition.

Le Lisse, aussi appelé Nomos, est fait de ligne, de mouvement, d'intensité, c'est la liberté total, c'est l'infini. Le Strié, appelé Polis, c'est comme si l'on rabattait le lisse pour en faire quelque chose de fermé, de quadriller. C'est fait de Segments.

Mais Strié et Lisse Cohabitent, se traversent, le désert existe grâce à la ville, le nomade grâce au sédentaire. On aurait tort de croire qu'il y a un refus du Strié, même si Deleuze préfère le mouvements nomades.

*** *** ***

Ainsi, l'éthique veut la Ligne de Fuite. Pour s'affirmer, il faut sortir du strié, du discours qui nous préexiste, et prendre la Ligne de Fuite, se subjectiver, s'affirmer, s'approprier le discours.

Il y a par exemple le théâtre classique, avec ses règles, et il y Artaud, qui vise autre chose, qui sabote. Christophe Fiat va inaugurer la critique Deleuzienne, où il analyse le sabotage que l'on peut faire. A un moment, il faut arrêter de faire comme les anciens, répéter, être dans la ritournelle, et partir ailleurs. En philosophie, on peut dire que Kant s'échappe par exemple. Henri Michaux en prenant de la mescaline à 60 ans pour tester de nouvelles choses s'échappe, fuit. Prendre la Ligne de fuite, c'est pas de la lâcheté, c'est très actif.

Mais prendre la ligne de fuite ne suffit pas, il faut s'installer, camper. Il faut installer des Machines de Guerre dans le désert.


Dernière édition par le Sam 8 Sep 2007 - 12:25, édité 2 fois

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Re: Déterritorialisation

Message par Tenzin Dorje le Jeu 6 Sep 2007 - 17:51

Ça me fait penser à[...] ça m'évoque la pensée certalienne (Michel de Certeau) quand il compare les auteurs à des propriétaires terriens, et les lecteurs à des braconneurs, des types qui font leur le plus beau cerfs, celui qui les aura frappé mais pas les autres. C'est du braconnage culturel.

Enfin, ce que j'en dis, je n'ai lu sur de Certeau que deux ou trois choses, et de lui L'étranger et un bout de La fable mystique (mais j'adore). Mais Deleuze, c'est un gros con.

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Re: Déterritorialisation

Message par lekhan le Dim 30 Mar 2008 - 22:52

En fait De Certeau aborde l'espace avec des notions linguistiques. Pour lui le corps dans la rue, dans l'espace est l'écriture, les pas sont la parole. Il y a une "énonciation piétonnière" chez De Certeau. L'espace s'analyse alors comme un texte, avec les mêmes outils. Ce qui tranche avec l'analyse plus "géographique" de Deleuze.

J’essaierai de développer un peu plus tard.

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Re: Déterritorialisation

Message par Tenzin Dorje le Mar 20 Mai 2008 - 1:30

Un peu plus tard, c'est quand ?

(lekanh et la distorsion temporelle)

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