Maïeutique et Bergson

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Message par Agathos le Jeu 13 Juin 2019 - 17:55

Il faut d'abord dire que notre philosophie judéo-chrétienne est socratique dans la mesure où la maïeutique a une méthode similaire que le judéo-christianisme. En effet, dans la maïeutique, il y a le goût de la sagesse négative, ou de la bêtise positive : la fameuse phrase rapportée de Socrate, « je ne sais qu'une seule chose, que je ne sais rien ». C'est là le point de départ de l'entreprise philosophique pour la raison qu'elle (la phrase) recèle de la communion. La communion étant l'idée d'anti-stigmatisation, la communion s'édifie comme une « Union Personnalisante » (Teilhard de Chardin). Or, il n'y a pas l'once d'une communion tant qu'il n'y a pas du Réel au-dessous.

La communion, donc. Il s'agit d'une histoire où on ne se raconte pas d'histoire : la phrase rapportée de Socrate n'a de lien qu'avec ce drôle de phénomène linguistique : l'affirmation négative, ou la négation affirmative. On ne saurait se méprendre sur la portée de la contradiction, car avec elle l'humanité conscientise la possibilité de tenir un discours rationnel (la philosophie) sur l'irrationnel (la Vie). On sait que la science ne pense pas la Vie. Je puis ajouter qu'elle compute comme il faut, mais que je ne saurais aller plus loin avec l'interlocuteur à moins qu'il ne fût assez ouvert (puisque computer « comme il faut » ne suffit pas pour faire le saut du quantitatif au qualitatif). Car le dynamique a dans son nom la clef qui aboutira à comprendre le computatif qui ne se comprend pas lui-même, puisqu'il est profondément étranger au discours philosophique. Il ne peut comprendre qu'on puisse dire, formuler, l'irrationnel qui est la composante ultime de la vie humaine. (Soit dit en passant, cet irrationnel-là, traduction métaphorique du Mouvant dans le discours dynamique, charrie du rationnel. On ne sait pas et on ne saurait, répétons-le, se figurer le Réel du Mouvant.)  

La philosophie dynamique établit un édifice d'abord socratique. C'est en effet dans le socratisme qu'elle puise ses paradoxes. Par suite, la philosophie dynamique est au premier chef une philosophie du paradoxe.

Il est bien évident que le paradoxe, c'est l'indiscernable, et que toute chose, conformément à la philosophie de Bergson, lorsqu'elles sont vécues sur le plan de la connaissance pure, s'adapte à la contradiction et au vif du mouvement. Mais dès lors que l'intelligence s'en mêle (et elle s'en mêle toujours car nous sommes hommes, par conséquent faillibles) nous discernons. Étymologiquement, discerner s'apparente à diable : il y a coupure. Ainsi, peu de communion. On comprend à partir de là que la philosophie dynamique est une philosophie d'initiation qui a à dessein de faire passer le sujet de l'intelligence à l'intuition moyennant la conversion dudit sujet. Tout le projet bergsonien de la dynamique consiste donc à vivre, mais à vivre totalement et authentiquement.

(1) Totalement, d'abord. La Totalité au sens jungien, soit d'avoir une vie qui emporte avec elle dans ses mouvements le conscient et l'inconscient, la vie et la mort, en rendant toute leur pureté  mouvante à ces phénomènes dont on sait peu de choses. C'est la Vie : la vie n'est pas la Vie, car, comme l'indique la maxime évangélique, on peut vivre et mourir en même temps (Marc 8:35). Ainsi, la Vie apparaît à la manière d'une éthique rigoureuse qui ne restreint plus la vie à la vie et la mort à la mort. Plutôt compénètre-t-elle vie et mort. On me dira : « tu christianises ». Ou bien : « c'est trop joli ». Or, prend-on la mesure de cette maxime mentionnée ? Compénètrer vie et mort, implique aussi bien la mort. Et pour cause : ne souffrons-nous pas de nous croire vivant quand nous sommes  morts ? Quant au christianisme, il s'agira de laisser l'affaire au jugement de chacun.

(2) Authentiquement, ensuite. Vivre authentiquement, c'est être désaliéné d'aucun discours. Autrement dit, l'authentique vit « en situation », tandis que le « totalement » compense la situation par une histoire. Étant donnés ces deux éléments, le dynamique l'est (dynamique) dans la mesure où il oscille en permanence entre l'authentique et le total. C'est un facteur transcendant. L'individu lui-même, qu'on me comprenne bien, devient alors le modèle éthique de sa propre philosophie : il incarne un individu insituable, lequel dénote la sainteté. On saisit aussitôt pourquoi il est important, voire vital, pour le dynamique, de maintenir en permanence quelque ambiguïté. Car en le situant on le tue. Ça ne souffre d'aucune exception.

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