Le sublime

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Message par Kokof le Mar 14 Mai 2019 - 14:13

Le sublime

Le sublime est la beauté masculine de l’art (le beau par rapport au sublime est féminin). Plus rare et plus beau que le beau, il est difficile de le définir à cause de ses formes variées, le sublime émanant aussi bien de l’horreur que de l’héroïsme et du sacré. Pour théoriser le sublime et embrasser toutes ses formes, nous le définirons à partir des catégories kantiennes : quantité, qualité, relation et modalité. Parallèlement, il sera comparé au beau, parce que ces deux types de beauté sont complémentaires et que le sublime dépend du beau (contrairement au beau, qui est une beauté autonome). Le sublime n’est pas une beauté expérimentale limitée au romantisme, ni une beauté secondaire de l’art (bien qu’il soit une beauté rare et dépende du beau), mais une beauté essentielle, qui parachève l’art en complétant et en transcendant le beau.

Le sublime est la beauté de la démesure (le beau est la beauté de la mesure). La démesure a deux quantités positives (la grandeur et l’infini) et deux qualités négatives (le chaos et le mal). Cette distinction explique pourquoi le sublime émane aussi bien du mal que du sacré (qui évoque l’infini). Le sublime a une quantité formelle (la grandeur) et une quantité idéale (l’infini). La première comprend toute forme de grandeur, physique (grandeur d’un animal, d’un édifice, d’un espace naturel, etc.) sociale (le luxe, le pouvoir, la noblesse, etc.) et morale (le courage, la magnanimité, l’honneur, etc).

La quantité idéale du sublime (l’infini) est l’objet de la spiritualité (que nous définissons comme la relation de l’individu à l’absolu et à l’éternité, qui sont deux modalités de l’infini), alors que le beau a pour objet la morale. La spiritualité est plus élevée que la morale : la justice et la vertu, par exemple, sont morales, alors que la charité et la sagesse sont spirituelles. Parmi les vertus cardinales (justice, tempérance, sagesse et courage), on peut distinguer deux vertus morales (justice et tempérance) et deux vertus sublimes (sagesse et courage). Les héros des épopées homériques incarnent les vertus sublimes : Achille incarne le courage et Ulysse la sagesse. Les principaux thèmes spirituels de l’art sont la religion et la guerre (qui appartient aussi au sublime qualitatif, qui a pour thèmes le chaos et le mal). L’épopée (qui est une forme artistique sublime) a généralement pour objet la guerre, tandis que la tragédie (également sublime) concerne la religion.

Le sublime a une qualité formelle (le chaos) et une qualité morale (le mal), opposées aux qualités du beau : l’harmonie (qualité formelle) et le bien (qualité morale). Le chaos dans l’art est généralement représenté par la guerre (chaos humain), par la nature déserte ou putride (chaos naturels passifs), ou par la nature déchaînée et révoltée (chaos naturel actif). Une avalanche, par exemple, est un objet pictural sublime.

Il existe des arts ou des formes d’art sublimes par essence : la musique et la poésie sacrées, l’architecture, la tragédie et l’épopée. Le thème le plus fascinant et le plus exaltant de l’art est la guerre, qui comprend tous les aspects du sublime : la grandeur et l’infini (qui sont exaltants), le chaos et le mal (qui sont fascinants).

Le chaos (qualité sublime) ne doit pas affecter la forme de l’art, qui doit respecter les règles de l’art et de l’esthétique classique (unité, harmonie, etc). Le sublime n’est donc pas une beauté suffisante et ne peut pas redéfinir entièrement l’art. En revanche, la grandeur (quantité sublime) est une qualité formelle du sublime : l’épopée, par exemple, a une grande étendue. Le Corbeau d’Edgar Allan Poe et La Charogne de Baudelaire ont une grande étendue (une centaine de vers pour le premier, une cinquantaine de vers pour la seconde) qui accentue leur sublimité.

Pourquoi le roman n’est-il pas sublime alors qu’il est long ? D’abord, la longueur ne suffit pas à rendre un objet d’art sublime. Ensuite, le sublime, comme on l’a dit, n’est pas une beauté suffisante. Ce qui n’est pas beau ne peut pas être sublime. Or le roman est un genre littéraire vulgaire, sans beauté formelle. Il ne sera donc jamais sublime, malgré sa longueur. De plus, les thèmes classiques du roman (la féérie et l’amour) sont féminins. Or le sublime est une beauté masculine. La forme ne sera sublime que si la matière est sublime.

La relation du sublime à ses objets négatifs (le chaos et le mal) est la sublimation artistique, qui transforme la laideur en beauté (la beauté artistique du chaos et du mal est sublime) et la peur en délice. La grandeur et l’infini n’ont pas besoin d’être sublimés, parce qu’ils sont sublimes en soi. L’infini, qui ne peut pas être figuré, sera évoqué par des thèmes spirituels (la religion, la sagesse, etc). Le beau ne sublime pas son objet : soit il l’idéalise (la beauté artistique dépasse alors la beauté naturelle), soit il révèle sa beauté naturelle, que l’œil commun ne voit pas, parce qu’il n’est pas aussi attentif ou sensible que l’artiste. Donc le beau idéalise une beauté naturelle ou bien révèle une beauté discrète ou secrète (que seul l’artiste voit).

Dans la relation du sujet à l’objet d’art, le beau plaît, le sublime exalte (s’il est positif et évoque la grandeur ou l’infini) ou fascine (s’il est négatif et sublime le chaos ou le mal). Le sublime est une extase (sublime quantitatif) ou un délice (sublime qualitatif). Le sublime peut être simultanément exaltant et fascinant, s’il est à la fois quantitatif et qualitatif (la guerre, par exemple, qui est à la fois spirituelle et horrible, est un thème artistique aussi exaltant que fascinant), ou bien ces qualités peuvent se succéder (La Princesse de Clèves, par exemple, est exaltante au début par sa magnificence, et fascinante à la fin par sa noirceur). Les thèmes spirituels servent souvent à sublimer le mal (Le Parrain de Francis Ford Coppola, par exemple, sublime la violence et le mal par son atmosphère religieuse), c’est pourquoi le sublime qualitatif (qui sublime l’horreur) est souvent exaltant.

La modalité subjective du sublime est l’évocation (le beau est figuratif). L’évocation est plus subjective que la figuration : elle n’est pas une reconnaissance, mais une réminiscence. La figuration active notre imagination et notre mémoire, alors que l’évocation active notre imaginaire, notre inconscient et notre âme (directement concernée par les idées spirituelles). L’évocation active donc des parties plus profondes de notre esprit que la figuration : l’inconscient est plus profond que la conscience, l’âme est plus profonde que l’entendement, et notre imaginaire est plus profond que notre mémoire, parce qu’il absorbe la mémoire collective, qui ne pénètre pas notre mémoire personnelle (sinon nous aurions la science infuse).

L’évocation ne concerne que des objets qui ne peuvent pas être figurés, comme l’infini, l’inconnu et l’invisible. La grandeur physique peut évoquer des Idées (le taureau évoque la Force, le python le Mal, l’aigle la Noblesse, etc). Le chaos évoque l’être (la réalité brute), qui est le seul absolu naturel, en le dépouillant de ses formes et de sa beauté. L’être ne peut pas être figuré, parce qu’il nous apparaît toujours sous la forme d’un objet particulier. Le chaos fait ressortir l’être en détruisant la forme. Le sublime présente l’être sous une forme menaçante et dangereuse (une tempête par exemple) pour que le sujet ne puisse plus douter de sa réalité. Enfin, le mal ne peut pas être figuré, parce que c’est une idée (on peut figurer des maux mais pas le mal). Il sera donc évoqué (la guerre, par exemple, évoque l’enfer et l’apocalypse). En résumé, le beau s’intéresse à la forme, le sublime à la force (qui manifeste l’être).

Le sublime a deux modalités objectives : l’absolu (modalité simple) et le contraste (modalité complexe). Le noir est sublime parce qu’il est une couleur absolue qui évoque le mal. Le noir et blanc est sublime parce que c’est un contraste. Tous les contrastes sont en théorie sublimes. Les Fleurs du mal, par exemple, est un titre sublime, non seulement parce qu’il évoque le mal, mais parce qu’il crée un contraste saisissant. La mort d’une jeune fille en poésie (comme la mort de Cordélia à la fin du Roi Lear) est sublime, parce que l’horreur de la mort contraste avec la beauté, la pureté et la jeunesse de la jeune fille.

Les modalités du beau sont la nuance (modalité simple) et la complémentarité (modalité complexe). L’alternance des rimes masculines et féminines en poésie, par exemple, est une esthétique fondée sur la complémentarité. Le blanc est beau parce qu’il évoque le bien, même si en soi c’est une couleur absolue. Les couleurs sont toutes belles en tant que nuances, mais certaines d’entre elles ont une beauté propre. Le rouge est une couleur absolue et ambivalente, trop vive pour être sublime, trop agressive pour être belle. Il est situé à la frontière du beau et du sublime, ce qui le rend d’autant plus fascinant. Le violet est sublime parce qu’il évoque à la fois le mal et la noblesse (deux thèmes sublimes).

Ensuite, pourquoi le gris et le marron sont-ils des couleurs sublimes ? D’abord, parce qu’ils évoquent l’être, la réalité brute (le gris évoque la pierre et la matière, le marron évoque le bois et la terre). Ensuite, parce qu’ils synthétisent des couleurs absolues. Le rose synthétise aussi deux couleurs absolues (le rouge et le blanc), mais évoque la beauté féminine et non le sublime (qui est une beauté masculine), parce que le blanc est beau et non sublime, et que le rouge est ambivalent (il peut être beau ou sublime). En revanche, le contraste du blanc et du rouge est sublime.


Synthèse

Le Beau : beauté de la mesure (beauté féminine)
Quantité (formelle – idéale) : unité – morale.
Qualité (formelle – morale) : harmonie – le bien.
Relation (artiste/objet – sujet/objet d’art) : idéalisation, révélation – plaisir.
Modalité (subjective – objective) : figuration – nuance, complémentarité.

Le Sublime : beauté de la démesure (beauté masculine)
Quantité (formelle – idéale) : grandeur – infini.
Qualité (formelle – morale) : chaos – le mal.
Relation (artiste/objet – sujet/objet d’art) : sublimation – extase, délice.
Modalité (subjective – objective) : évocation – absolu, contraste.

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