Faire de la métaphysique, est-ce se détourner du monde?

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Message par Kokof le Mar 14 Mai 2019 - 8:56

Faire de la métaphysique, est-ce se détourner du monde ?

La métaphysique, d’après l’allégorie de la caverne (imaginée au livre VI de La République de Platon), consisterait à se détourner du monde sensible pour contempler les Idées. Faire de la métaphysique serait donc une révolte et une fugue de l’esprit, une conversion intellectuelle qui nous éloignerait de la réalité pour nous rapprocher des Idées. Cette vision de la métaphysique est schématique. Qu’entreprend vraiment la métaphysique ? Quelle est sa relation au monde ? En changeant notre vision du monde, la métaphysique ne change-t-elle pas notre rapport au monde ? Enfin, existe-t-il une pratique de la métaphysique qui soit vraiment pratique ? La métaphysique est théorique par nature. Mais on trouve d’autres façons de faire de la métaphysique.

Faire de la métaphysique ne se limite pas à penser la transcendance (Dieu, les Idées, etc.), c’est aussi une réflexion sur notre intelligence du monde, sur la rationalité de nos jugements et sur les principes qui régissent nos modes de pensée. Cette fonction critique de la métaphysique est la théorétique. En ce sens, toutes les matières philosophiques (épistémologie, morale, esthétique, etc.) sont métaphysiques, parce qu’elles ont toutes une fonction critique (l’épistémologie, par exemple, évalue la rationalité des méthodes scientifiques et de nos jugements). La théorétique est une matière abstraite, hautement théorique (parce qu’elle critique les principes), mais tournée vers le monde, qu’elle veut apprendre ou réapprendre à penser. Faire de la métaphysique, ce n’est donc pas se détourner du monde, mais penser notre rapport au monde.

La métaphysique est la conscience ou l’intuition que notre monde (l’univers) n’est pas le monde entier (le réel). La métaphysique ne se détourne donc pas du monde, mais au contraire veut le penser intégralement, par-delà ses limites apparentes. Si le monde comprend tout ce qui est, alors Dieu et les autres mondes font aussi partie du monde. La métaphysique se détourne seulement de notre monde pour enrichir et élargir notre vision du monde. D’autre part, la métaphysique veut connaître le monde transcendant pour mieux comprendre notre monde. Par exemple, si Dieu existe, cela change la nature de notre monde (qui sera ordonné par la Providence et ouvert sur l’au-delà) et notre rapport au monde. La métaphysique ne se détourne du monde que pour mieux le cerner et y insuffler de l’espoir.

La métaphysique ne se réduit pas à sa forme théorique. On trouve d’autres façons de faire de la métaphysique et de penser notre rapport au monde. La science-fiction, par exemple, fait de la métaphysique en imaginant des futurs possibles (le possible étant un objet métaphysique). Ses fictions critiquent indirectement la société contemporaine, dont elle imagine les dérives futures. En tant que réflexion critique, la science-fiction a donc une fonction similaire à la théorétique. Elle ne nous détourne pas du monde en nous divertissant, mais nous fait réfléchir sur le monde en imaginant le monde futur.

Le fantastique est également une réflexion métaphysique, parce qu’il questionne avec ses récits équivoques notre perception de la réalité et sonde par l’imagination les frontières de la nature et du monde visible, effleurant ainsi la transcendance. On trouve dans le fantastique les deux objets de la métaphysique : la transcendance et notre rapport au monde. Il est donc possible de faire de la métaphysique sans faire de philosophie dialectique.

Mais la science-fiction et le fantastique restent des théories ou des hypothèses, malgré leur forme figurée. Peut-on faire de la métaphysique une discipline pratique ? La philosophie de Bergson propose de réfléchir intuitivement le monde au lieu de l’analyser. Le monde, réfléchi intuitivement, n’est plus une représentation, un système théorique ou une réalité extérieure, mais du vécu. L’intuition réunit le sujet et le monde, qui s’opposent dans une relation intellectuelle au monde. De cette façon, le sujet peut faire l’expérience de l’absolu (le monde réel étant un absolu) au lieu de recourir au raisonnement et à la spéculation, comme le fait habituellement la métaphysique, qui cherche vainement à connaître l’absolu, alors que l’intuition permet de le réfléchir simplement, sans concept. Faire de la métaphysique (en suivant la méthode bergsonienne, qui rejoint les techniques de méditation orientales), c’est donc se détourner du monde-objet (qui est une représentation ou une interprétation) pour réintégrer le monde réel (qui est un absolu).

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Message par maraud le Mar 14 Mai 2019 - 10:40

Faire de la métaphysique, c'est avoir la capacité de juger de ce qui se sait philosophiquement,scientifiquement, techniquement, communément...La seule chose que ne dépasse pas la métaphysique, c'est la logique pure. En cela, tout mathématicien qui peut élaborer un ou des systèmes, est métaphysicien.

Ce qui s'oppose à la métaphysique, c'est l'anthropocentrisme , l’arrogance et surtout la suffisance.

Un principe psychologique de la constitution de l'identité individuelle, montre que pour ne pas souffrir de trouble de l'identité, un individu normalement constitué doit pouvoir affirmer: " je suis moi; je suis bien et cet autre qui n'est pas moi, ne peut être aussi bien ou mieux que moi, car il deviendrait un danger pour moi; il faut donc que je le déconsidère, que je le réduise..." C'est ainsi que les plus communs s'attaquent souvent aux plus brillants... ( on connait les qualificatifs de " tête à claques", "tête d'ampoule", "tête de premier de la classe"...)

Ceux qui critiquent négativement la métaphysique sont généralement ceux qui n'y ont pas accès ( je n'ai aucune idée de ce que cela peut être, c'est donc nécessairement sans importance car si cela avait une importance cela se saurait...quand même!)

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Message par toniov le Mar 14 Mai 2019 - 23:38

Kokof :"
La métaphysique est la conscience ou l’intuition que notre monde (l’univers) n’est pas le monde entier (le réel). "


Oui je suis d'accord avec ça. C'est une intuition qui m'a toujours accompagné.

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Message par toniov le Mar 14 Mai 2019 - 23:44

Maraud :

" " C'est ainsi que les plus communs s'attaquent souvent aux plus brillants".

Je pense que c'est tout à fait exact.
Beaucoup de brillants sont écrasés par des communs.
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Message par kercoz le Mer 15 Mai 2019 - 8:01

toniov a écrit:Maraud :

" " C'est ainsi que les plus communs s'attaquent souvent aux plus brillants".

Je pense que c ' est tout à fait exact.
Beaucoup de brillants sont écrasés par des communs.
A l' école et dans la société.

Pas tous.
Parfois brillants et communs sont ( et restent ) à leur place.

Ce genre d 'affirmations me laisse dubitatif. Sur quel critère juger une "brillance" ? Le terme "écrasé" est aussi un jugement de valeur suspect. D' ordinaire les hiérarchisations et les rétroactions sont vertueuses par définition. Il faudrait défendre les "brillants" ( en général fils de brillants, mais timides ) contre l' ordinaire, le vulgaire ( curieusement aussi descendants du vulgaire) ? Nous allons donc faire des lois.

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Message par maraud le Mer 15 Mai 2019 - 9:57

Kercoz a écrit:Ce genre d 'affirmations me laisse dubitatif. Sur quel critère juger une "brillance" ?

Il ne s'agit pas de hiérarchiser Kercoz, mais de souligner des faits remarquables; on pourra, alors, aussi, remarquer un certain mépris envers le vulgaire de la part du gars brillant et quand je dis brillant, on peut y voir , par exemple des qualités intellectuelles remarquables ( plus vite, plus loin, plus fort ...). Chacun veut exprimer ses potentialités. Quoi de plus normal. L'intello joue de son intellect et le gros bras joue de ses muscles. Or ce que l'on peut souligner, c'est que pour le groupe, il vaut mieux que le gros bras s'en prenne à un autre gros bras plutôt qu'au frêle intello, ou alors, qu'il reconnaisse les qualités qui sont siennes sans dénigrer celles des autres. En résumé: la valeur c'est le groupe et tout ce qui peut nuire au groupe est problématique, donc philosophique et la réponse est probablement dans la compétition démente qui finit par transcender tous les groupes ( il est envisageable qu'au sein d'une même famille, le frère entre en conflit avec son frère plus doué que lui dans une pratique que la société valorise à tort ou à raison...)

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Message par toniov le Mer 15 Mai 2019 - 14:42

kercoz a écrit:
toniov a écrit:Maraud :

" " C'est ainsi que les plus communs s'attaquent souvent aux plus brillants".

Je pense que c ' est tout à fait exact.
Beaucoup de brillants sont écrasés par des communs.
A l' école et dans la société.

Pas tous.
Parfois brillants et communs sont ( et restent ) à leur place.

Ce genre d 'affirmations me laisse dubitatif. Sur quel critère juger une "brillance" ?  Le terme "écrasé" est aussi un jugement de valeur suspect. D' ordinaire les hiérarchisations et les rétroactions sont vertueuses par définition. Il faudrait défendre les "brillants" (en général fils de brillants, mais timides) contre l' ordinaire, le vulgaire (curieusement aussi descendants du vulgaire) ? Nous allons donc faire des lois.

Justement il n y a pas un seul critère de jugement mais plusieurs.
Ensuite il y a le critère de jugement que chacun est libre d'adopter pour définir ce qui est " brillant " ou pas.
J'ai mes points de vue, qui sont subjectifs.

Par exemple pour moi qui me classe du côté des " artistes ", je vais parler spontanément de "brillant" pour un pianiste, un peintre ou un acteur.

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Message par toniov le Mer 15 Mai 2019 - 14:47

maraud a écrit:
Kercoz a écrit:Ce genre d 'affirmations me laisse dubitatif. Sur quel critère juger une "brillance" ?

Il ne s'agit pas de hiérarchiser Kercoz, mais de souligner des faits remarquables; on pourra, alors, aussi, remarquer un certain mépris envers le vulgaire de la part du gars brillant et quand je dis brillant, on peut y voir , par exemple des qualités intellectuelles remarquables ( plus vite, plus loin, plus fort ...). Chacun veut exprimer ses potentialités. Quoi de plus normal. L'intello joue de son intellect et le gros bras joue de ses muscles. Or ce que l'on peut souligner, c'est que pour le groupe, il vaut mieux que le gros bras s'en prenne à un autre gros bras plutôt qu'au frêle intello, ou alors, qu'il reconnaisse les qualités qui sont siennes sans dénigrer celles des autres. En résumé: la valeur c'est le groupe et tout ce qui peut nuire au groupe est problématique, donc philosophique et la réponse est probablement dans la compétition démente qui finit par transcender tous les groupes ( il est envisageable qu'au sein d'une même famille, le frère entre en conflit avec son frère plus doué que lui dans une pratique que la société valorise à tort ou à raison...)

Il peut y avoir un mépris du brillant par rapport au vulgaire mais aussi, et peut etre plus souvent du vulgaire par rapport au brillant. sans compter qu' il y a inversion souvent : le vulgaire et superficiel peut briller de mille feux dans une société ...vulgaire et superficielle.

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