Est-ce le savoir ou l'ignorance qui rend heureux?

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Message par Kokof le Dim 12 Mai 2019 - 13:17

Est-ce le savoir ou l’ignorance qui rend heureux ?

Les philosophes soutiennent que le savoir rend heureux. Cette idée, réaffirmée par Descartes, définit l’esprit moderne, qui croit que la science assurera le bonheur humain. Suivant ce principe, faut-il condamner toute forme d’ignorance et encenser la science ? L’ignorance est-elle toujours négative ? N’est-il pas préférable d’ignorer certaines choses ? Parmi les sciences, certaines sont-elles plus utiles au bonheur que d’autres ? Les philosophes eux-mêmes, souvent critiques à l’égard de l’érudition, n’ont-ils jamais loué une forme d’ignorance et méprisé certaines sciences ou certains savoirs ? En résumé, quel juste équilibre entre le savoir et l’ignorance pourra nous rendre heureux ? Nous verrons d’abord quels sont les savoirs qui rendent heureux (et ce qu’il est préférable d’ignorer), puis analyserons la relation entre l’ignorance et le désir de savoir.

Le savoir nous rend-il heureux ? Les philosophes l’affirment, mais en nuançant leur thèse. D’après Aristote, c’est la philosophie (au sens large), c’est-à-dire les sciences et les arts libéraux (qui pour Aristote sont philosophiques), qu’il faut cultiver. En revanche, il vaut mieux ignorer les faits contingents (l’histoire et l’actualité), où apparaît le mal. De fait, l’histoire et l’actualité sont remplies de crimes et d’injustices. C’est la raison pour laquelle Dieu, selon Aristote, ne pense pas au monde contingent, qui ternirait sa félicité. Suivant ce modèle, le sage doit limiter ses connaissances au savoir théorique.

En conclusion, l’ignorance est aussi nécessaire au bonheur que le savoir. Mais cette éthique intellectuelle implique de savoir au préalable ce qu’il faut savoir et ce qu’il vaut mieux ignorer. Pour nuancer notre propos, ajoutons que l’histoire, qui paraît tragique, peut devenir un savoir positif si l’on sait reconnaître en elle la Providence, la Raison (qui civilise progressivement le monde) et l’harmonie universelle.

Le savoir théorique rend heureux, mais faut-il pour autant étudier l’ensemble des sciences sans distinction ? Toutes les sciences se valent-elles dans leur relation au bonheur ? S’opposant à l’encyclopédisme de l’Académie de Platon et du Lycée d’Aristote, Epicure a recentré la philosophie (qui comprenait alors toutes les sciences) sur les savoirs essentiels au bonheur humain, à savoir la physique (qui chasse les superstitions en expliquant les phénomènes naturels) et la cosmologie (qui est la forme scientifique de la métaphysique), qui répondent aux principales questions que l’homme se pose sur le monde et sur lui-même. Ces questions (l’âme est-elle immortelle ? Le monde a-t-il une fin ? etc.) ne sont pas gratuites mais cruciales pour l’homme. Il ne peut pas ne pas se les poser, ni ne pas y répondre (à défaut de réponses rationnelles, il invente des mythes). Une culture scientifique élémentaire et un système cosmologique sont donc les conditions intellectuelles du bonheur humain.

Nous avons vu ce qu’il faut savoir et ce qu’il vaux mieux ignorer pour être heureux. Mais le savoir comme état est-il suffisant pour nous rendre continuellement heureux ? Aristote soutient que l’homme est fait pour agir : l’homme ne peut pas avoir une existence passive comme les plantes, ni purement contemplative comme les dieux. Par conséquent le bonheur humain doit avoir la forme d’une activité et non d’un état. Le savoir lasse dès qu’il est acquis, parce qu’il ne stimule plus l’esprit. L’homme doit donc apprendre continuellement (par l’étude) pour être heureux. Mais apprendre implique l’ignorance. Donc celle-ci conditionne d’une certaine façon le bonheur humain. Sans elle, l’homme n’aurait rien à apprendre et languirait dans le savoir. De plus, apprendre est un bonheur particulier : c’est une joie (la joie est le sentiment de progresser). En conclusion, non seulement étudier perpétue notre bonheur, mais il l’enrichit et le singularise (les dieux ignorent la joie d’apprendre).

Cependant, étudier n’est pas la meilleure activité intellectuelle. L’étude ne génère que des connaissances particulières, qui ne nous satisfont jamais pleinement, parce qu’elles ne sont pas la Vérité. L’homme sera plus heureux s’il philosophe. Philosopher, ce n’est ni savoir, ni apprendre (toute la philosophie étant spéculative), mais penser. La pensée est intermédiaire entre l’ignorance et la connaissance (elle part de l’ignorance, c’est pourquoi il faut d’abord connaître son ignorance pour commencer à penser, et tend vers la connaissance). Nous philosophons parce que nous désirons connaître la Vérité sans la pouvoir connaître (autrement la philosophie serait une science).

Mais pourquoi penser nous rend-il heureux, alors que nous n’apprenons rien en pensant ? Parce que l’esprit humain préfère chercher la Vérité que connaître des vérités particulières, qui n’ont pas de valeur spirituelle, si ce sont des vérités scientifiques, ou ne sont pas universelles, si ce sont des vérités historiques. C’est donc le savoir spirituel (la Vérité), ou par défaut la recherche de la Vérité (la philosophie), et non l’érudition ou la science, qui nous rendra heureux.

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Message par toniov le Sam 22 Juin 2019 - 21:00

Je chercherai d' abord à définir : que signifie " etre heureux ". Et là, première difficulté: si c ' est un bonheur total et sans nuages, personne n' est jamais heureux. Ou du moins jamais continuellement. La vie étant faite aussi de malheurs, etre heureux signifie t il savoir saisir l' instant présent lorsqu' il est agréable ? Je penserai plutôt qu' etre heureux c ' est avoir un regard positif sur la vie malgré son aspect négatif. Dans ce cas c ' est plutôt la lucidité et la volonté ( d ' etre heureux ) qui rendraient effectivement " heureux " , et pas du tout l' ignorance.

Si on parle d' ignorance, et qu' on en fait un élément du bonheur, c ' est assez intéressant parce qu' on se rend compte - mais à postériori -qu' on peut etre heureux sans le savoir. Ce n ' est alors que dans le futur, lorsqu' on perd ce qui nous rendait heureux, qu' on se rend compte qu' on l' était.Mais dans ce cas ce n' est jamais l' ignorance qui nous a rendus heureux.


La " damnation " c 'est de se dire que le savoir est obligatoirement négatif. Meme si ce parti pris - contestable - repose sur l' idée que le monde est négatif.

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