La religion est-elle contraire à la raison?

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La religion est-elle contraire à la raison?

Message par Kokof le Lun 11 Mar 2019 - 9:27

La religion est-elle contraire à la raison ?

La religion est accusée d’obscurantisme. Elle serait contraire à la raison, en particulier à la raison philosophique, qui critique le dogmatisme, et à la raison scientifique, qui ne reconnaît que les vérités logiques ou vérifiables. Mais la religion est aussi accusée de provoquer la violence et d’être intolérante, le fanatisme religieux et la force des convictions entraînant parfois des conflits, des crimes et des guerres. De ce point de vue, la religion serait contraire à la morale (la raison désignant aussi la conscience morale). Comment répondre à ces critiques ? D’abord en rappelant que la religion a toujours fait partie de la civilisation et de l’humanité. Ensuite, les religions, en particulier les monothéismes, ont civilisé, unifié et pacifié le monde. La démocratie, par exemple, est une adaptation laïque et politique de la morale chrétienne. Les crimes commis au nom de Dieu ou de la religion ne sont pas des crimes de Dieu ou de la religion, mais le fait de gens qui détournent le message pacifique de la religion. La religion n’est donc pas contraire à l’homme ni à la société, mais il s’agit ici de savoir si elle est contraire à la raison. La raison aura d’abord un sens intellectuel, puis un sens moral.

La religion ne se réduit pas à la croyance (qui ferait de la religion une simple superstition). La piété est une pratique complète (une éthique), comprenant des rituels et des prières, des activités et des actions sociales, enfin une spiritualité intense soutenue par l’étude et la lecture. Il faut aussi distinguer la croyance (croire à) et la foi (croire en). Un croyant ne croit à Dieu que parce qu’il croit en Lui. La croyance religieuse n’est donc pas fondée sur des superstitions, mais sur l’amour et la foi.
Pour l’instant, nous nous demanderons si la croyance religieuse, indépendamment de la foi, est contraire à la raison. Autrement dit, croire à Dieu est-il irrationnel ? D’après les philosophes, Dieu est une idée naturelle de la raison, innée selon certains, déductible selon d’autres. Selon Kant, par exemple, Dieu est une idée que la raison déduit naturellement (sans certitude toutefois, c’est pourquoi la croyance doit être soutenue par la foi) en cherchant la cause éminente des choses, et dont elle a besoin pour comprendre le monde. Croire en Dieu est donc parfaitement rationnel ou du moins conforme à la raison humaine.
La raison nous conduit à Dieu (qu’elle conçoit comme une nécessité), mais elle n’est généralement pas suffisante pour nous convaincre. La raison, au sujet de Dieu, entraîne plutôt une opinion qu’une conviction. Pascal dit dans ses Pensées que les démonstrations métaphysiques convainquent une heure ou deux, puis sont minées par le doute. Pour consolider son opinion, il faut avoir la foi, c’est-à-dire croire à Dieu par amour pour Dieu, au lieu de croire seulement parce que Dieu semble une hypothèse logique. Or la foi appartient à un autre ordre que la raison (comme l’a expliqué Pascal). La foi est affective. Si le sentiment est opposé à la raison, alors la foi est opposée à la raison, mais cela ne signifie pas qu’elles s’excluent et doivent se faire la guerre (leur opposition est formelle et non essentielle). La raison nous dispose à Dieu et l’amour nous convertit. La raison et la foi sont donc complémentaires.

La raison a aussi un sens moral. Dans le langage courant, la raison désigne le sens moral. « La voix de la raison », par exemple, a ce sens. La religion est-elle contraire à la morale ? N’est-ce pas justement la fonction de la religion, non seulement d’éduquer moralement l’homme, mais de lui faire prendre conscience de sa destination morale ? La religion ne dit pas « tu dois » parce que Dieu l’a ordonné, mais parce que c’est conforme au sens moral de l’homme. La religion ne contraint pas l’homme en lui imposant une morale et des commandements, elle libère l’homme, prisonnier de ses passions et de son égoïsme. La religion peut avoir des préceptes particuliers (chaque religion a sa propre conception de la pureté et ses propres sacrements), mais les grandes religions ont une morale universelle parce qu’elles sont profondément humaines. La religion révèle l’homme à lui-même en lui révélant son caractère moral. Ce n’est donc pas la religion mais l’homme qui, au départ, est contraire à la raison. La religion civilise l’homme, non en le commandant et en le menaçant, mais en l’humanisant.
La raison a aussi le sens de prudence, exprimé dans l’adjectif « raisonnable ». Ce qui est raisonnable est prudent, sage et vertueux. Est-il prudent d’être pieux ? On trouve deux visions rivales et opposées de la prudence (la phronésis en grec) : la vision antique, définie par la vertu (la sophrosunè en grec), et la définition moderne (théorisée par Machiavel et Hobbes), selon laquelle la prudence doit être agressive (« la meilleure défense, c’est l’attaque »), audacieuse (« la fortune sourit aux audacieux »), ambitieuse (« César ou rien ») et pragmatique (« la fin justifie les moyens »). Nous assimilons cette forme de prudence à la ruse (la mètis en grec).
Revenant à notre question, nous pensons qu’il est prudent d’être pieux, car la vertu prévient ou limite les risques, alors que l’ambition les démultiplie. L’ambitieux prend des risques (en recherchant la gloire par les armes, tel Achille, ou en briguant le pouvoir, tel Macbeth) et se fait fatalement des ennemis. De plus, le danger croît avec le succès. L’ambitieux rusé survivra et règnera plus longtemps en déjouant les pièges des autres, mais sa personne et son règne seront toujours menacés, tandis que l’homme qui par prudence et par piété a renoncé à la gloire et au pouvoir, n’a rien à perdre et conserve facilement sa vie.
Cependant, l’histoire montre aussi qu’être vertueux, innocent et pieux ne prémunit pas contre le mal et peut même exciter le sadisme des autres. La piété est parfois contraire à la survie et à la prospérité, mais le croyant est convaincu par sa foi en Dieu et en l’humanité que le bien finira toujours par triompher du mal, et que la vertu (qui est un peu la tortue de la fable de La Fontaine) coiffera la ruse.

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Re: La religion est-elle contraire à la raison?

Message par kercoz le Lun 11 Mar 2019 - 10:50

Le fait religieux étant une conséquence de la raison, il ne peut être contraire à la raison.
Nous ne pouvons agir qu' avec une certitude. Croire ou savoir sont des certitudes qui autorisent l' agir. L' émergence de la raison questionne nos comportements. Nos comportements sont, comme pour toute espèce sociale, dictés par des rites sociaux, autorisant la socialisation. Ces comportements ne sont pas rationnels ( en première approche, ces processus etant complexes au sens math du terme). La religiosité va donner à notre raison des raisons pour conserver certains comportements.
La religion, qd a elle n' est qu' un squatt civil de la religiosité, en tant que lieu de pouvoir.

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