L'homme doré-Next

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L'homme doré-Next

Message par Vargas le Jeu 6 Sep 2007 - 15:49

L'homme doré (la nouvelle/1954)



Résumé : Un représentant jovial est au comptoir d’un café et rigole en montrant autour de lui la photo d’une femme avec huit seins (on retrouve le même fantasme dans Total Recall). Une discussion s’ensuit sur les types de mutants débusqués par l’ACD (une agence gouvernementale spéciale) à travers le monde, ailleurs. Puis quand un jeune homme dit vaguement qu’il croit en avoir vu un dans le coin près d’une ferme, quelqu’un lui somme de se taire.
Ces phénomènes de foire ailleurs, oui. Ici, jamais. Un silence de mort s’ensuit.
Le type jovial s’en va vers la ferme. L’histoire s‘y poursuit.
Des enfants jouent à lancer un fer à cheval contre un bâton. Leur frère Cris Johnson, a l’allure d’une statue dorée ; il est plongé dans le mutisme, comme ailleurs. Il lance parfaitement le fer pour la première fois qu’il s’essaie. « Il réussit tout ».
Soudain, il se met à partir en courant.

Ensuite, un homme arrive, le type jovial du début.
Employant un prétexte il fouine dans les environs. Puis ses intentions révélées, des voitures noires arrivent. Il appartient à l’ACD qui traque Cris. Ils se mettent à barrer le périmètre. Etonnamment, Cris revient de lui-même.
Au centre de l’ACD, on tente des expériences pour comprendre ses capacités avant l’euthanasie habituelle : Il anticipe tous les rayons qu’on lui envoie. Il ne cherche pas les trajectoires ; il les sait.
Anita, la fiancée d’un directeur de l’ACD souhaite annuler son exécution : il ressemble plus à un dieu qu’aux autres mutants monstrueux. Cris, en se défaisant de ses geôliers tente de s’enfuir, prévoyant les déplacements de la sécurité. Il y réussit avec l’aide d’Anita, mais en partant sans celle-ci.


Les chaises mutantes musicales

La scène du début pose la situation : l’humanité en est à un nouveau seuil d’évolution. Plusieurs types de mutations se succèdent. Et face à cette prolifération, l’espèce dominante rejette celles-ci.
La conversation dans le café représente l’opinion globale et la « on-dit » basé sur la propagande du pouvoir.
Les mutants nommés dèves – pour déviants - sont donc pourchassés et considérés comme une menace pour l’espèce humaine dominante.

En un sens, on se trouve dans une problématique préfigurant X-Men. Mais ici, pas encore de possibilité de cohabitation, pas de transposition sociale des relations exogènes/endogènes ou de phénomènes communautaires.
(D'autre part, K.Dick souhaitait se situer en ruprure avec l'approche béate et optimiste au sujet du thème de la mutation qui sévissait alors dans le milieu de la SF.)
Les dèves sont considérées et débattues dont leur monstruosité, dans leur irréductible différence. Elles sont traquées, analysées, listées et systématiquement euthanasiées.
On est donc dans un refus du changement et dans la prédominance de l’instinct de conservation. Dans la tentative d’établir un barrage avec les moyens de la technique contre une marche de l’évolution biologique déferlante.

La situation est claire : l’homo sapiens est l’espèce dominante. Si une nouvelle espèce doit survenir, elle doit être capable de survivre et d’éradiquer elle-même la souche dont elle provient. Il faut tuer ce qu’on ne peut contrôler, détruire l’évolution émergente.

"Sortez-le de là. Au stage de l’eutha.[ …]
Il a bien trop d’avance sur nous, trancha Wisdom, le regard sombre. Nous ne pouvons rivaliser avec lui. Nous ne pouvons que deviner ce qui se passera. Il sait, lui."

Or Cris est différent, non seulement pour l’étendue de sa capacité, mais aussi par son apparence. A l’impression phénomènes de foire que fournissent les autres types, lui a l’apparence et les capacités de l’humanité améliorée. Il ressemble à une divinité dorée et sa prescience semble représenter l’ultime phase d’évolution de l’intelligence humaine.
Les deux extrêmes du regard porté sur la mutation sont ainsi présents : monstruosité biologique/ mieux cognitif.

C’est d’ailleurs une amélioration humaine avec des capacités intellectuelles supérieures que le directeur de l’ACD craint le plus.
Or, les analyses faites sur Cris prouvent ironiquement qu’il ne pense pas, ne peut pas employer de symboles, mais sait seulement « calculer » parfaitement : il n’a pas de lobe frontal.

Entre intelligence encombrante et instinct prospectif, entre dieu et bête, c’est l’intelligence qui atteint ses limites et les réflexes orientés vers l’agir qui est la prochaine phase de l’évolution.

***


- Dans cette situation, on trouve le personnage d’Anita qui exprime la minorité sensible à l’humanité de Cris.
Comme la plupart des femmes chez Dick, elle est double : Eve/Dalila faisant sombrer l’humanité et l’homme dickien ; mais aussi celle qui représente la caritas (chez Dick, la compassion, l’utopie, l’humanisme, l’espoir, la conciliation).
Celle qui trompe ou qui révèle.

Ainsi, Anita, sensible esthétiquement à Cris en vient à douter entre menace et bénéfice de l’évolution. Mais ce doute n’est pas immiscé et son opposition à la destruction de Cris ne change rien. Une fois Cris en fuite au sein du centre de l’ACD et tombant sur Anita, ce conflit interne resurgit. Il faut décider : est-il dieu doré ou bête blonde ? Son charme agit, elle l’aide pour qu’ils s’enfuient.
Néanmoins, Cris n’a fait que vérifier dans les avenirs possibles des variables qui se présentaient à lui. Et la seule configuration où il a vu une fuite possible passait par Anita. L’autorité liée à son statut social faisant baisser la garde à la sécurité, Cris profite de la brèche et s’enfuit seul.

La conclusion illustre l’humour dickien :
la précognition comme nouvelle méthode de survie n’était que sa première capacité. La seconde, vieille comme le monde, était son pelage doré comme pouvoir de séduction (on retrouve une partie de ce schéma dans les films La mutante).

« Il peut être tranquille, grogna Baines. Il s’en tirera… tant qu’il y aura des femmes humaines pour s’occuper de lui. Et comme il voit l’avenir, il sait déjà qu’il est sexuellement irrésistible pour les femmes humaines. »


Dernière édition par le Ven 7 Sep 2007 - 9:44, édité 2 fois

Vargas
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Pré-pensée

Message par Vargas le Jeu 6 Sep 2007 - 15:58

Pré-cognition et perception


Comportement

Dans le film Next, Cris Johnson est "normal". La prescience advient comme en plus, sans causer de trouble psychologique, langagier, communicationnel.
Au contraire, dans la nouvelle, elle entrave la réflexion comme retour sur soi, et fonctionne comme réflexe instinctif.
Cette incompatibilité, au moins partielle entre conscience et précognition est constante dans l’œuvre de K.Dick mais relève de plusieurs explications bifurquant en fonction des intrigues.

Cris interagit bestialement, en dehors du présent environnant.
Dans la première description il est dépeint comme détaché, déphasé, demeurant à l'écart. Il voit au-delà "jusqu'à ce qu'un déclic se produise ; alors il se rephasait et rentrait momentanément dans [le] monde".
Il se projète dans un monde personifié, celui de son avenir. Sans être-au-monde mais en état de monde-à-l'être, en quelque sorte. Pas d'étonnement, pas d'idée du libre-arbitre. Tout est accepté à l'avance, en fonction des variations dans l'avenir.

La pré-cognition est présenté dans cette nouvelle comme subordonnée à l'action, comme "un sens purement physique" ; à l'opposé de l'intelligence fonctionnant par structuration, tendance et recoupe.


Perception

Si le fait de deviner, d'effectuer des calculs de probabilité repose sur la mémoire, sur l'élaboration de fourchettes de résultats et le recueil des expériences passées, les membres de l'ACD, suite aux analyses, établissent que Cris ne perçoit pas ce qu'il voit comme futur, mais comme "présent du futur", lui étant lié ; au contraire d'une personne normale dont le présent est lié au passé. Souvenir du futur.
En conséquence, il ne peut pas se souvenir du passé.

"D'une manière vague, diffuse, il lui était arrivé de se demander où les choses allaient, une fois qu'il les avait dépassées."
Il ne peut donc pas se forger une identité, se re-présenter lui-même, sinon comme survivant dans l'avenir, par instinct de conservation.

"- [...]Eventuellement, ils seront capables d'être en avance de toute une vie. Chacun d'eux vivra dans un monde solide, sans changements. Il n'y aura pas de variables, pas d'incertitudes. Pas de mouvements ![...]
-Et quand la mort surviendra, murmura Anita, ils l'accepteront. Il n'y aura pas de lutte : pour eux, elle sera déjà arrivée."


Lors de la tentative de fuite de Cris, l'instance énonciatrice reproduit la façon dont les choses lui apparaissent, en tant que présent. Le discours rapporté fournit, traduit son "schéma cognitif" absent.
D'autre part, la narration se fait au passé inaccompli (en français l'imparfait, plutôt que le passé simple) ; comme description (évènementielle) et comme rappel (mémoriel).

Enfin la syntaxe se base souvent sur l'équation 1 phrase = une durée, une saisie temporelle, ou un embraillage entre temporalités. On trouve ainsi des retranchements, des retours :
ex : "Une demi-heure après, ils avaient atteint le placard et regardaient à l'intérieur. A ce moment, il était déjà parti, naturellement, il ne figurait pas dans cette scène. Il était passé à une autre."

Les 2 principaux moyens pour évoquer la pré-pensée percevant ou perçue sont :

- La vision
Voir est employé au maximum de sa richesse sémantique. Le fait d'avoir une vision, la découpe scénique, le regard cinématographique, comrpendre, prévoir, être voyant.
Chaque variable est une coupe, une photographie dans les actions, les mouvements, les comportements ; chaque lieu devient comme un arrière-plan, la représentation d'un paysage plus ou moins net en fontion du nombre des possibles conduisant à une même configuration de l'avenir.

- La figuration spatiale
La multitude des variables est rendue dans la senbilité d'une étendue, les facteurs comme extensibles. Ainsi, l'ad-venir immédiat est le plus proche, et ceux à moyen terme sont comme plus fluets, à l'image d'une branche qui, en poussant, perd en volume.
Ainsi la traque prend la forme topographique d'un jeu d'échec auquel, l'homme doré aurait plusieurs coups d'avance.

"Ensuite il serait capable de voir une autre scène, une région au-delà. Il était toujours en mouvement, avançant dans de nouvelles régions qu'il n'avait jamais vues. Un panorama sans cesse déployé de scènes et de spectacles, des paysages figés s'étendant devant lui. [...] Un observateur détaché qui voyait les objets devant lui aussi nettement que ceux qu'il touchait."

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Du coq mutant à l’âne con

Message par Vargas le Ven 7 Sep 2007 - 10:12

Next(le film/2007)



Le début : Cris Johnson, un "magicien" de Las Vegas, a la capacité de voir ce qui va arriver dans les 2 minutes à venir (seulement dans ce qui l’entoure et pour ce qui le concerne). Sauf pour LA femme dont il prévoit la rencontre depuis peu. Mais il ne sait pas quel jour, juste l’heure et le lieu de la rencontre. (et on dit que l’amour rend aveugle…)
Cris se fait discret pour que son "don" ne soit pas révélé.
Il va au casino, où il a l’habitude de ne pas jouer gros. Seulement cette fois, il est pourchassé par la sécurité du casino ainsi que par d’autres poursuivants. Après un slalom dans le casino en esquivant tout le monde, il réussit à s’enfuir, puis à semer les autres (le FBI).
Il rentre chez lui et sent que ces autres vont débarquer. Avant de filer, il attend juste assez longtemps pour pré-voir leurs intentions :
ils ont besoin de lui pour débusquer une arme nucléaire entrée sur le territoire national.
Puis il va au café où il doit LA rencontrer Et, miracle, c’est cette fois-ci qu’elle entre.
Ils partent en voiture, la poursuite continuant.


Une adaptation minimum

La première chose qui saute aux yeux est que ça n’a plus grand chose à voir avec l’histoire originale.
Escamotée, le futur lointain, l’arrière-fond sur la mutation. On se retrouve avec une menace terroriste, et le mutant pourchassé devient le héros traqué par le FBI pour aider à traquer les méchants mais traqué aussi par les méchants.
(dit comme ça, ça a l'air con : parce que ça l'est).
On se retrouve avec un homme normal qui peut voir dans l’avenir comme on allume une télé.
Seul un point est vraiment conservé : le fait que le scénario repose essentiellement sur les poursuites, les traques.
En somme, l’illustration visuelle de la pré-pensée.

Seule problématique dickienne : celle de la modification de l’avenir liée à sa connaissance (« L’avenir change parce qu’on l’a regardé. Et ça, ça change tout le reste. »).
Mais ce n’est nullement creusé. Il faut dire que le même thème est au centre de Minority Report, et qu’il y avait été traité.
« Donc pourquoi le réintroduire ? », se disait le scénariste hollywoodien.

Il ne faut pas s’attendre à des explications. Tout est prétexte.
Pourquoi Cris voit-il plus loin dans l’avenir quand LA femme rêvée est concernée, par exemple ?
Probablement le destin. C’est la seule réponse proposée.
Il faut prendre le film pour ce qu’il est : un film d’action à effet spéciaux, effectivement pas très spécial.
Next est l’exemple type du film employant l’œuvre dickienne comme réservoir à idée, en atrophiant la part de réflexion, au service du pur visuel.


Tout est donc orienté vers l’action. C’est le schéma Chat/Souris qui structure tout le film.
Au fond, on peut résumer ainsi : Action + Précognition = Jubilation.
Cris prévoit la trajectoire des balles, les voitures et tout ce qui pète, les coups de ses adversaires.
Le suspense devient, du coup, interne au fait de prévoir : on ne prévient pas le spectateur pour qu’il ressente sur le moment l’enchaînement Présent-Vision-Réaction,
Il faut imaginer un jeu de tir où on saurait quelques secondes à l’avance ou se trouvent les cibles cachées.

Ainsi, la narration reproduit la surprise de ce que Cris prévoit d’abord, le spectateur vit la précognition comme présent dans un premier temps.
Puis on rembobine au début, comme avec un flash-back. La scène se reproduit mais avec la conscience de ce qui va être.
Pour rendre le procédé moins lassant, l’image est parfois « flashée » à la fin de la vision, il s’inscrit dans un plan-séquence.
Ou encore, aucune coupure n’est effectuée lors du retour au présent réel (par exemple lorsqu’il attend chez lui après la scène du casino pour connaître les intentions de l’agent du FBI sur le point de débarquer.


Enfin, la multitude des avenirs possibles est présentée soit
- Successivement lorsqu’il n’y a pas d’action :
Exemple : lorsqu’il veut accostée LA femme rêvée au café, il prévoit plusieurs tentatives : demander simplement de s’asseoir, demander du feu, etc… Il y a alors une mise en abyme visuelle. On le voit se lever du comptoir, s’avancer vers elle et vers la caméra. Puis à la fin de la tentative, la caméra effectue un travelling derrière son épaule, vers le comptoir là il était assis pour le retrouver revenir au présent.
- Simultanément lors d’une action/ d’un mouvement.
On le voit alors se multiplier à l’écran, s’ubiquiser pour prendre plusieurs directions à la fois ou pour connaître les trajectoires, afin d’esquiver les balles en avançant.

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