ARISTOTE

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ARISTOTE

Message par Emmanuel le Mar 14 Aoû 2018 - 13:20

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Là où l'homme aperçoit un tout petit peu d'ordre, il en suppose immédiatement beaucoup trop.

Francis Bacon

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À l'âge de dix sept ans, Aristote quitta sa ville natale et se rendit à Athènes pour étudier à l'Académie de Platon. Il étonna par son intelligence et devint vite le meilleur disciple de Platon. Il étudia auprès de lui pendant vingt ans, jusqu'à la mort de son maître. Il a 36 ou 37 ans lorsque, sur la demande du roi Philippe de Macédoine, il est appelé à la cour de Pella, capitale du royaume de Philippe, pour assurer l'éducation d'Alexandre, qui avait alors treize ans. Au cours de ces années de préceptorat auprès du jeune prince et futur Alexandre le Grand, Aristote rédige pendant ses loisirs différents traités sur la royauté et la colonisation, qui font suite à ses premiers ouvrages dont il nous est parvenu quelques fragments (Eudème ou de l'âme, Le protreptique, La philosophie ou Du bien). Alexandre devient Régent à l'âge de quinze ans et monte sur le trône après l'assassinat de Philippe. Aristote retourne à Athènes où il fonde sa propre école, le Lycée, ainsi nommé à cause de sa proximité avec un temple dédié à Apollon Lycien. Il y enseigne pendant douze ans, et puisqu'à ses débuts il avait l'habitude d'enseigner en marchant, son école pris le nom de « péripatétitienne », (de péripatein, se promener).

Aristote avait un enseignement ésotérique, qu'il réservait à ses disciples et aux initiés, et un enseignement exotérique, destiné à un auditoire plus large et bien moins préparé. Les nombreux ouvrages d'Aristote qui nous ont été transmis sont tirées de leçons qui ont été retranscrites sous forme de notes ou de résumés de cours que ses disciples se passaient de main en main. Comment vérifier et valider l'authenticité de ce qui fut au départ réservé à un cercle réservé de disciples et qui a été composé en vue d'un communication et d'un développement ? C'est cependant sous cette forme que nous est parvenue une des œuvres philosophiques les plus importantes, les plus admirées et peut-être les plus commentées, qui connut une fortune si diverse que les hasards de l'histoire aurait bien pu la condamner à disparaître. Le plus illustre des disciples de Platon, celui que Dante baptisera plus tard « le maître de ceux qui savent », a réuni des textes et une documentation sur tous les sujets. La doxographie officielle a recensé plus de deux cent titres, dont une partie importante a pu être conservée. Divisée en quatre groupes (logique, philosophie de la nature, métaphysique, éthique), c'est autour de cette œuvre immense, encyclopédique, que s'est développée toute la philosophie du Moyen Âge, qui suscita la scolastique, cet enseignement philosophique et théologique fondé sur la pensée d'Aristote. 


Aristote fait de la résistance

Dans L'école d'Athènes, une vaste fresque réalisée par Raphaël, on voit Platon qui pointe l'index vers le ciel alors qu'Aristote tend la paume de la main en direction de la terre. 

Platon l'idéaliste. 

Aristote le réaliste. 

L'opposition ne peut plus plus radicale. On sait qu'Aristote s'est affirmé très tôt contre Platon en rejetant sa théorie des idées. 

Après la mort de Platon, Aristote quitte l'Académie en compagnie de Xénocrate et de Théophraste pour se rendre auprès du tyran Hernias d'Atarnée, un ancien disciple de Platon. Il y passe plusieurs années et se trouve à Mytilène quand Philippe fait appel à lui pour s'occuper d'Alexandre. C'est à cette époque que remonteraient les premiers écrits d'Aristote, les Dialogues que nous connaissons en autres grâce à Cicéron. Dans De la nature des dieux, un ouvrage qui porte sur la théologie, Cicéron s'appuie sur un texte d'Aristote, De la philosophie, dialogue écrit pour illustrer le point de vue stoïcien sur la nature et l'existence des dieux et sur l'harmonie du monde. 

Le passage d'Aristote cité par Cicéron est tiré d'un mythe.

Ce mythe, c'est une autre version de celui de la fameuse caverne de Platon.

Voici l'extrait :

« Supposons qu'il y ait des gens qui aient toujours habité sous terre, dans de bonnes demeures bien éclairées, ornées de statues et de peintures et pourvues de tout ce que possèdent en abondance les hommes réputés heureux; supposons qu'ils ne soient jamais sortis à la surface de la terre, mais qu'ils aient appris pour l'avoir entendu dire qu'il existe des dieux puissants et forts; […] des passages se sont ouverts à un certain moment dans la terre et ils ont pu s'échapper de leur séjour caché pour aller aux lieux que nous habitons; […] en voyant brusquement la terre, la mer et le ciel, en connaissant l'étendue des nuages et la force des vents, en regardant le soleil, en reconnaissant non seulement sa grandeur et sa beauté, mais aussi sa capacité de produire le jour par la diffusion de sa lumière à travers le ciel tout entier, puis, en voyant une fois la terre obscurcie par la nuit le ciel entier orné d'étoiles et la diversité d'éclairement de la lune tantôt croissante tantôt sur son déclin, le lever et le coucher de tous ces astres, leur cours fixe et immuable de toute éternité, en voyant, dis-je, tout cela, ils croiraient que les dieux existent et que de si grandes choses sont leurs ouvrages » (voir « L'allégorie aristotélicienne de la caverne », par Guérrieri et Arjavon, dans Res publica, no 28, février 2002, p. 8 )

Par un travail d'exégèse serré et une reconstruction a posteriori du texte ancien, Paul Moraux, grand spécialiste d'Aristote, en arrive à la conclusion que tous les grands thèmes du système théologique et cosmologique d'Aristote sont déjà présents dans le texte suivant : « L'idée de Dieu, inspirée aux hommes par les phénomènes d'enthousiasme et de divination, l'immutabilité divine, l'éternité du monde, la nature éthérée des astres, leur intelligence, leur mouvement volontaire, leur caractère divin, l'harmonie des sphères, […] tels en étaient les thèmes principaux. »

Sur la base d'un changement de perspective s'élabore une version autre de l'allégorie platonicienne de la caverne. Tout ce que Platon considérait comme éternel, pur et immuable, Aristote le descend du ciel intelligible pour en faire une réalité saisissable par une expérience sensible et esthétique. Désormais, les signes extérieurs du divin sont perceptibles par des manifestations physiques, des observations, des saisies immédiates, des contemplations susceptibles d'engendrer une émotion.

Dans la caverne aristotélicienne, les hommes ne sont ni enchaînés ni condamnés à une totale ignorance. Ils ne vivent pas dans l'obscurité mais dans une ville éclairée d'un certain confort qu'on pourrait presque qualifier de « bourgeois ». Les arts y prospèrent et ce peuple troglodyte semble avoir atteint un degré appréciable de développement matériel et culturel. Ces hommes ont appris que les dieux existent mais ils ne peuvent avoir qu'une vague idée du divin fondées sur la rumeur. Reclus sur eux-mêmes, ignorant la science et la religion, les habitants de la caverne vivent dans la doxa, c'est-à-dire dans la croyance ou l'opinion non fondée.

Comme dans l'allégorie platonicienne, c'est la confrontation avec le monde extérieur à la suite d'un événement (la formation d'une brèche, dans le mythe aristotélicien) qui va déclencher un contraste et une crise philosophique propre aux habitants de la caverne. Sorti au grand jour, extirpé de sa caverne, le troglodyte d'Aristote voit le monde réel comme le prisonnier de Platon voyait le monde intelligible : le soleil mis en place par Aristote est inséparable de l'ensemble des astres, mais aussi des réalités de la terre. Ce n'est pas un soleil principiel et abstrait, mais un soleil astronomique, visible, et finalement accessible dans le cadre d'une simple observation du monde. C'est à une révélation globale du monde qu'Aristote convie les habitants de sa communauté souterraine, et il s'agit de prendre une pleine conscience de l'ensemble des éléments de ce monde (« en voyant brusquement la terre, la mer et le ciel ») ainsi que de l'éther au sein duquel évoluent les astres avec régularité et constance. À la différence de Platon, Aristote intègre à son dispositif les éléments naturels et terrestres. Ce n'est pas un monde sur-naturel ou supra-naturel qu'Aristote découvre à ses « troglodytes », mais la nature dans sa globalité.

La grandeur des choses naturelles, la beauté et l'harmonie du monde, la nature éthérée des astres, le ciel éternel dans sa marche parfaite et régulière, tout suscite l'étonnement et l'émerveillement et indique la présence du divin. La présence d'une divinité régissant le monde est rendue possible par les signes extérieurs de sa grandeur et de son omnipotence. L'observation astronomique des astres donne la certitude qu'une logique imperturbable et perpétuelle se développe par-delà l'hétérogénéité du réel, qu'au delà de la contingence apparente du réel et son désordre inhérent point la logique d'une création divine.

Nous croirions, comme le croient ceux qui le disent, nous croirions apercevoir dans la caverne aristotélicienne un schéma résolument anti-platonicien. 

Aristote aurait réintroduit l'observation dans la pensée. Il aurait refusé la séparation entre le monde sensible et le monde intelligible. Serait ainsi affirmée l'indépendance d'Aristote à l'égard de Platon philosophe des idées, Platon dont le doigt dirigé vers le ciel veut faire monter la philosophie. 

C'est une interprétation possible entre le platonisme et l'aristotélisme.

Mais …


Les deux mondes d'Aristote

Platon sépare le monde sensible du monde intelligible. Aristote fait l'économie d'un monde transcendant en voyant l'intelligibilité comme une immanente au monde sensible. C'est ainsi que la dualité platonicienne se transforme en dualité intramondaine. 

Deux mondes séparés, mais unis (Platon).

Un monde uni, mais séparé (Aristote).

La différence est mince ! … 

Nous croirions, comme le croient ceux qui le disent, nous croirions apercevoir dans la caverne aristotélicienne un schéma résolument anti-platonicien. 

Aristote aurait réintroduit l'observation dans la pensée. Il aurait refusé la séparation entre le monde sensible et le monde intelligible. Serait ainsi affirmée l'indépendance d'Aristote à l'égard de Platon philosophe des idées, Platon dont le doigt dirigé vers le ciel veut faire monter la philosophie. 

C'est une interprétation possible entre le platonisme et l'aristotélisme.

Mais …


Les deux mondes d'Aristote

Platon sépare le monde sensible du monde intelligible. Aristote fait l'économie d'un monde transcendant en voyant l'intelligibilité comme une immanente au monde sensible. C'est ainsi que la dualité platonicienne se transforme en dualité intramondaine. 

Deux mondes séparés, mais unis (Platon).

Un monde uni, mais séparé (Aristote).

La différence est mince ! … 


Du démiurge au moteur immobile

Quelles sont les différentes variétés de mouvement ? Comment celui-ci se produit-il ? À quoi est-il arraché ? Pourquoi doit-il y avoir un premier moteur, un moteur non mû, à l'origine du mouvement ? Voilà les questions auxquelles tente de répondre la physique, qui est la science des être en mouvement et séparés. 

« Les mathématiques traitent des êtres immuables mais non séparés. Les figures et les nombres dont bien des êtres immuables par leur essence, mais ils ne sont pas séparés car il n'y a pas de figures séparées de ce dont il y a figure, ni de nombres séparés des choses nombrées. » (Physique.) « la physique traite des êtres qui ont en eux-mêmes un principe de mouvement et qui sont par conséquent des êtres mobiles et séparés les uns des autres; quant à la métaphysique, elle s'occupe de l'Être immobile et séparé. » (Métaphysique.)

Tout mouvement est imprimé à un mobile par un moteur. Ce qui est mû possède son principe de mouvement en lui-même ou en dehors de lui-même. Quand le principe est immanent, une chose est mue par soi ou par nature. Quand un mobile est mû de l'extérieur, c'est soit par l'action d'un moteur qui agit sur un autre moteur, non pas par hasard ou par une cause dénuée de raison, mais en vue d'une fin. Puisque le principe du mouvement ne peut remonter à l'infini (selon Aristote, une régression à l'infini est impossible, et à un moment donné « il faut s'arrêter »), il doit exister un premier principe ou un premier moteur, une cause existant en acte et l'action est immuable, c'est-à-dire capable de mouvoir sans être mû.

Ce premier moteur, c'est Dieu !

L'existence du mouvement suppose l'existence d'un premier moteur immobile. Dans la Physique, le premier moteur meut par continuité ou par contact en tant que principe d'où part le mouvement. Dans la Métaphysique, il meut en tant qu'objet d'amour et suprême désirable, fin par laquelle toute forme s'achève, chacune s'élevant dans la hiérarchie des êtres par son aspiration vers le plus parfait.

Cette double interprétation a embarrassé bien des commentateurs d'Aristote. Mais métaphore pour métaphore, les commentateurs ont en général préféré concevoir Dieu comme cause finale, comme une attirance, une attraction ou une sollicitation des êtres à la forme achevée. Cette seconde interprétation a l'avantage de sauvegarder la transcendance de Dieu si chère aux théologiens du Moyen Âge.

Ce Dieu n'est ni une âme, ni un principe vital, ni une substance corporelle, mais une pensée. Acte pur, Intelligence divine, ce premier moteur ou Dieu, c'est ce qui est absolument excellent et absolument parfait.

« Le Premier Moteur est donc un être nécessaire, et, en tant que nécessaire, il le Bien, et ainsi il est principe du mouvement. […] Le nécessaire, c'est ce qui n'est pas susceptible d'être autrement et qui existe d'une seule manière. […] Tel est le principe auquel sont suspendus le Ciel et la nature. Sa vie, à lui, réalise la plus haute perfection, mais nous ne la vivons, nous, que pour peu de temps. Cette vie-là, en effet, c'est toujours ce qu'il a, lui, puisque sa jouissance, c'est son acte même. C'est parce qu'elles sont des actes que la veille, la sensation, la pensée, sont nos plus grandes jouissances; l'espérance et le souvenir ne sont des jouissances que par celles-là. Or, la Pensée, celle qui est par soi, c'est la pensée de ce qui est le meilleur par soi, et la Pensée souveraine, c'est celle du Bien souverain. L'intelligence se pense elle-même en saisissant l'intelligible, car elle devient elle-même intelligible en entrant en contact avec son objet et en le pensant, de sorte qu'il y a identité entre l'intelligence et l'intelligible. » Métaphysique (sur Dieu comme « Pensée de la pensée »).

« Identité de l'intelligence et de l'intelligible », « Pensée de sa propre pensée », « Pensée par soit qui est pensée du meilleur et pensée du bien » : au démiurge de Platon, auteur et artisan du Cosmos qu'il a façonné à la ressemblance de l'Idée du Bien, à l'Âme du monde qui se meut elle-même et qui a l'initiative de tous les mouvements (Platon, le Timée), Aristote substitue un Dieu immuable et éternel, ordonnateur du monde qu'il n'a pas créé mais qui a toujours existé, un monde, ce monde, par l'entremise duquel se réalise le bien dans chaque être, bien proportionné à l'essence de chaque être qui traduit son aspiration première à l'immutabilitéde de la Substance divine.

Dieu comme premier moteur, qui meut à la manière du désirable et de l'intelligible ! 

Dieu comme être nécessaire, et en tant que nécessaire, qui est le bien !

La physique d'Aristote, son astronomie et sa cosmologie, à la manière de celles de Platon, elles sont inséparables d'une ontologie et d'une métaphysique. C'est une théologie sournoise qui est l'abandon du monde et de l'homme à Dieu …


Les quatre causes et la finalité dans la nature

Aristote appelle « cause matérielle » ce dont une chose est faite, la matière qui est le sujet ou le support du changement (l'airain ou le marbre), « cause formelle » ce par quoi elle existe et qui est sa forme, son modèle ou son essence (la statue tirée du bloc de marbre), « cause efficiente » ou « motrice » l'agent qui est la cause de ce qui est fait ou de ce qui se réalise (le sculpteur), « cause finale » ce vers quoi tend une chose ou en vue de quoi elle est destinée (la statue qui doit servir d'ornement).

Les causes sont donc au nombre de quatre : la forme, la matière, le moteur, la fin (Physique). Les causes sont les raisons d'être des choses, ce par quoi elles existent. C'est pas l'entremise des causes que nous pouvons approcher le mouvement, objet indispensable à la détermination de choses naturelles.

Aristote définit la nature comme « un principe de mouvement et de repos pour la chose en laquelle elle réside immédiatement, par essence et non par accident » (Physique). Ce qui distingue la nature de l'art ou de la technique, c'est que « l'art est un principe de mouvement en une autre chose, la nature est un principe dans la chose même » (Métaphysique). La forme ce l'œuvre d'art est imprimée de l'extérieur par la pensée. Dans la nature, la forme est immanente à la matière.

La matière est puissance, la forme est acte, et c'est par la liaison de la matière à la forme que s'explique le mouvement : 

« Étant donnée la distinction en chaque genre de ce qui est en acte et de ce qui est en puissance, l'acte de ce qui est en puissance, en tant que tel, voilà le mouvement. Par exemple de l'altéré, en tant qu'altérable, l'acte est altération. De ce qui est susceptible d'accroissement et de son contraire, ce qui est susceptible de décroissement (il n'y a pas de nom commun pour les deux), l'acte est accroissement et diminution. Du générable et du corruptible, l'acte est génération et corruption. De ce qui est mobile quant au lieu, l'acte est mouvement local. » ((Métaphysique)

L'acte représente la fin, l'achèvement de la puissance. La puissance, c'est ce dont la chose est privée, mais qu'elle contient potentiellement ou virtuellement et qui est susceptible de se réaliser (pour le chaud, se refroidir). 

« Il y a seulement mouvement selon les contraires, dont l'un est la privation de l'autre. Le mouvement réalise le passage d'un état déterminé vers un autre état déterminé : dans chacune de ces catégories, il y a contrariété » (Métaphysique).

La privation n'est pas une simple négation, mais une négation déterminée, elle est privation de la forme et, en tant que privation, elle est déjà une forme de possession. 

« La privation est forme en quelque façon » (Métaphysique).

Pour Aristote, le mouvement ne se réduit pas à une succession d'états continus, un mouvement réalise toujours quelque chose. S'il y a mouvement, c'est qu'il y a un manque, une puissance, un « désir » de la matière, qui aspire en quelque sorte à la forme dont elle était privée initialement et qu'elle reçoit à travers le mouvement :

« La forme ne peut se désirer elle-même parce qu'il n'y a pas de manque en elle […]. Le sujet du désir, c'est la matière, comme une femelle désire un mâle et le laid désire le beau. (Métaphysique). »

Matière, forme, privation, nous en savons assez pour saisir ce qui se cache derrière cette théorie du changement. 

Si la matière est puissance (ou « privation ») et si le mouvement est le passage de la puissance à l'acte (« l'acte du possible en tant que possible »), le mouvement n'est plus que le développement de ce qui est contenu dans la matière et que le passage à l'acte rend possible !

La nature en tant que moteur des choses se révèle dans la fin des choses, celle pour laquelle elles sont destinées : pour le feu, se mouvoir vers le haut, pour la Terre, occuper son lieu propre, qui est le centre, pour les corps célestes, tourner autour de la Terre, qui est seule immobile, en vertu de leur nature et de l'élément qui les compose, et qui est l'éther, dont la propriété essentielle est le mouvement circulaire. La fin est la forme en vertu de laquelle tout s'accomplit :

« La nature étant double, matière d'un côté, forme de l'autre, et celle-ci étant fin et les autres étant en vue de cette fin, celle-ci sera une cause, la cause finale. » (Métaphysique)

La forme, qui ne fait qu'un avec la matière, est ce qui conduit chaque chose vers une fin. Comme rien dans la nature ne se fait en vain, chaque chose aspire à réaliser ce qu'elle a de meilleur. Et ce qu'elle a de meilleur, c'est ce qui est bien pour elle et qui lui permet de devenir plus parfaite. 

La nature personnifiée d'Aristote, la nature en tant que principe immanent des choses, forme agissant directement dans les choses comme procède l'art le plus parfait, est calquée sur le modèle des objets fabriqués :

« L'art ou bien exécute ce que la nature est impuissante à effectuer, ou bien l'imite. Si donc les choses artificielles sont produites en vue de quelque fin, les choses de la nature le sont également, c'est évident.[…] C'est surtout visible pour les animaux autres que l'homme, qui n'agissent ni par art, ni par recherche, ni par délibération. D'où cette question : les araignées, fourmis et autres animaux de cette sorte travaillent-ils avec l'intelligence ou quelque chose d'approchant ? Or, en avançant un peu de ce côté, on voit dans les plantes-mêmes les choses se produire en vue de la fin, par exemple les feuilles en vue d'abriter le fruit. Si donc c'est par une impulsion naturelle et en vue de quelque fin que l'hirondelle fait son nid et l'araignée sa toile, et si les plantes produisent leurs feuilles en vue des fruits, et dirigent leurs racine non vers le haut, mais vers le bas, en vue de la nourriture, il est clair que cette sorte de causalité existe dans les générations et les être naturels. » (Métaphysique)

La fin est le véritable moteur de cette conception du monde, son principe et son achèvement. La nature est ainsi définie dans son rapport de la puissance à l'acte, de la matière à la forme par lequel l'univers tout entier, de degré en degré, passe du moins déterminé au plus déterminé, du moins parfait au plus parfait. 

Les choses sont intelligibles dans la mesure où elles s'approchent de la Substance divine, Intelligence toujours en acte qu'elles s'efforcent d'imiter dans leur combinaison de la matière et de la forme.

La physique d'Aristote est une physique vitaliste et finaliste. Une sorte de vie intérieure, de finalité immanente fait agir les choses par la seule nécessité de leur nature. La nature d'Aristote est (presque) une divinité. Elle laisse place au hasard (qui n'est pas cause par soi, mais cause par accident), mais à un hasard qui dénote, non pas l'absence de causes, mais des causes agissantes dont l'effet aurait pu tout aussi bien se produire en vue d'une fin. (Métaphysique).

Le mouvement naturel s'opposant au mouvement violent, le finalisme d'Aristote exclut tout explication mécanique du mouvement, comme celle des atomistes (Démocrite), explication dont la géniale intuition aurait ruiné à elle seule toute la théologie d'Aristote !


La théorie de l'âme

Chez Platon, l'âme et le corps sont deux entités séparables. Aristote supprime toute distinction substantielle entre elles. L'âme n'est pas plus séparable du corps que la vue n'est séparable de l'œil. L'âme est ce qui réalise le corps, la forme qui fait passer la matière de la puissance à l'acte. Avec sa théorie hulémorphique de l'être (hulê, matière, et morphê, forme), Aristote semble avoir trouvé sa pierre philosophale. Matière et forme, puissance et acte, finalité dans la nature, ces principes qui sont les points d'attache de la doctrine aristotélicienne unissent sa métaphysique, sa physique et sa psychologie (théorie de l'âme).

Aristote définit l'âme comme « l'acte premier d'un corps naturel ayant la vie en puissance, c'est-à-dire l'acte premier d'un corps organisé. […]Elle est une substance au sens de forme, c'est-à-dire la quiddité d'un corps d'une qualité déterminée. » (De l'âme).

L'âme est la forme substantielle du corps. Aristote précise : « d'un corps d'une qualité déterminée », c'est-à-dire d'un corps « en puissance de la recevoir et organisé en vue d'une fin ». Cette fin, pour les être vivants, ce sont les différentes fonctions de l'âme : la nutrition, la sensation et l'intellection. Âme végétative ou nutritive, âme sensitive et motrice, âme intellective ou raisonnable, chaque faculté essentielle correspond à un mode de vie (végétal, animal, humain) où le supérieur enveloppe l'inférieur en vertu de la grande loi de la continuité du vivant. 

Qui possède une faculté possède les précédentes, mais non les suivantes. Le rapport d'un faculté avec celle qui la précède est comme le rapport de la matière à la forme : la nutrition réside dans l'absorption de la matière, la sensation reçoit la forme des objets sensibles sans la matière, c'est ainsi qu'elle conçoit l'image dont la persistance forme le souvenir dans la mémoire et l'imagination. L'image est en quelque manière un universel, mais n'est pas tout l'universel. 

Seul l'intellect est capable de combiner les images entre elles et de penser les formes dans les images : « les animaux raisonnables sont capables de construire une seule image à partir d'une pluralité d'images » (De l'âme). Ce qui préexiste en puissance dans la sensation, c'est à l'intelligence de le développer. La faculté de former l'image devient à son tour matière de l'intellect. Il y a dans l'intellect deux parties : un intellect patient qui est analogue à la matière et un intellect agent analogue à la forme. L'un est en puissance, l'autre en acte. L'un est capable de recevoir tous les intelligibles, l'autre de les produire. L'intellect agent est supérieur en dignité, il serait séparable du corps, selon Aristote, qui le définit comme « impassible », « immortel », « sans mélange », « venant du dehors », etc. : « cet intellect est séparé, impassible, sans mélange, étant par essence un acte […]. C'est une fois séparé qu'il n'est plus que ce qu'il est essentiellement, et cela seul est immortel et éternel » (De l'âme).

Toute la philosophie d'Aristote relève d'une métaphysique qui est la plus pure affirmation du finalisme et de l'anthropomorphisme. L'âme est alors conçue d'une manière analogue au monde, et, peut-on dire, selon le même schème : un développement de facultés qui, appuyé sur le corps organisé, s'oriente vers un terme, l'intelligence, qui leur est à certains égards transcendant. Psychologie et cosmologie s'unissent plus fortement que jamais. Dans cette philosophie, l'âme n'est faite si l'on peut dire que pour être une image spirituelle de la réalité.

L'âme meut le vivant comme le premier moteur meut le monde. L'activité de l'intellect agent est ce qui se rapproche le plus de l'activité de l'intellect pur. L'intellect agent produit des intelligibles et devient l'intelligible en le pensant. L'intellect pure est l'intelligible même.

En Dieu, l'intelligence et l'intelligible, la pensée en soi et la pensée de sa propre pensée sont identiques. 

Cet intellect agent serait-il la présence de Dieu en nous?

C'est ce qui semble se dégager de cette conception finaliste, anthropomorfique et théosophique de l'âme.


L'histoire naturelle

Les travaux d'Aristote sur l'histoire naturelle se rattachent au traité de l'âme, qui est un traité psychophysiologique du vivant. Dans le domaine de l'histoire naturelle, on doit à Aristote une première classification empirique des êtres vivants. On lui doit de nombreuses observations sur l'anatomie des animaux, sur leur habitat, sur leurs modes de reproduction et des études minutieuses sur la digestion chez les ruminants, sur la fonction des embryons, sur les causes de l'infertilité chez la femme, etc. Ses nombreuses notations et observations ont été compilées dans différents ouvrage qui occupent une place importante dans son œuvre : Histoire des animaux, Des parties des animaux, De la génération des animaux, De la marche des animaux et d'autres petits traités qui y font suite. Aristote appartenait à une vieille famille de médecins, et la zoologie était son domaine de prédilection. L'école d'Aristote comprenait une grande bibliothèque et un musée d'histoire naturelle. 

Les travaux d'Aristote ont fait l'admiration de naturalistes comme Buffon, Darwin et Cuvier, qui cependant ne mentionnent pas les explications farfelues ou fantaisistes et les nombreuses erreurs dont son œuvre est parsemée. Question de respect envers le philosophe des philosophes ? Peut-être …

Comme les gens de son époque, Aristote croit dur comme fer aux légendes qui rapportent la génération spontanée des mouches, vers, souris, etc. Convaincu que sa théorie hulémorphique peut tout expliquer. Il en déduit que, dans la reproduction sexuée, s'est la semence du mâle qui apporte la forme (l'élément actif) alors que la femelle fournit la matière, l'utérus n'étant qu'une vase ou un simple réceptacle. 

Toutes les recherches, notations ou observations d'Aristote sur les être vivants tiennent du finalisme. Ce finalisme qui imprègne la nature tout entière et qui en fausse chaque fois l'interprétation. Ses traités d'histoire naturelle comptent parmi ses premières œuvres. 

À la recherche de points fixes pour son système, Aristote ébauche par l'étude du vivant ce qui deviendra plus tard le cadre général de sa pensée. 

Toute la pensée d'Aristote est colorée d'une teinte particulière devant tout à son vitalisme, à son finalisme, à sa recherche d'une explication par les causes finales, à son apriorisme téléologique.


Une éthique « bourgeoise »

L'éthique d'Aristote est bien différente de celle de Platon. L'harmonie dans l'âme que l'homme doit rechercher en vue de réaliser l'harmonie dans la société par l'ordonnance et la concordance des parties de l'âme aux partie de la société, cette conception reste étrangère aux préoccupations d'Aristote. Chez celui-ci, éthique et politique ne sauraient être réduites à un schème unificateur : chacune comporte son ordre, ordre qui préside à la structure et à la hiérarchie des êtres où chacun doit s'accomplir selon sa condition et son rang. 

Aristote a une conception individualiste et élitiste de l'éthique, un bonheur qui n'est pour ainsi dire pas à la portée de tous !

L'éthique est « la science des actions humaines ». Elle n'a rien des sciences théoriques ou théorétiques, comme les mathématiques, la physique ou la métaphysique, qui portent sur la connaissance des principes premiers des choses, mais fait partie des sciences pratique qui ont en vue l'action. Elle ne peut être réduite de principes premiers, mais doit s'élever jusqu'à eux en partant de l'expérience et de l'observation des faits.

Et que nous montrent les fait, sinon que nous voulons tous être heureux, que tous cherchent le bonheur, qui est la fin ultime à laquelle aspirent tous les hommes, fin par rapport à laquelle toutes les autres fins ne sont que des moyens ? 

Puisque pour chaque être sa nature ou son activité propre est sa fin et que ce qui appartient en propre à l'homme est la pensée, la fin de l'homme et son souverain bien, le bonheur, réside dans le bon exercice de la pensée. L'excellence et l'accomplissement de la pensée sont atteints par la vertu, qui est le mode par lequel l'homme peut réaliser sa tâche d'homme. 

Conformément au principe selon lequel l'inférieur s'explique par le supérieur, Aristote distingue trois types de vertu : 

Les vertus morales.

Les vertus diaonétiques.

La vertu contemplative.


1 )  Les vertus morales. 

Elles ont pour tâche de subordonner nos passions et nos dispositions naturelles à de justes proportions qui, en en tirant le meilleur, nous évitent d'en subir le pire : un juste milieu entre deux extrêmes, le trop et le trop peu, qu'établit la raison dans la conduite de l'action :

« La vertu est une disposition acquise volontaire, consistant par rapport à nous, dans la mesure, définie par la raison conformément à la conduite d'un homme réfléchi. Elle tient la juste mesure entre deux extrémités fâcheuses, l'une par excès, l'autre par défaut. » (Éthique à Nicomaque). Par exemle : le lcourage, qui est le juste milieu entre la témérité et la lâcheté, la tempérance, qui est le juste milieu entre la privation et l'abus, la libéralité, qui est le juste milieu entre la prodigalité et l'avarice, la politesse, qui est le juste milieu entre la complaisance et l'effronterie. 

La vertu s'enseigne, mais pour la posséder, il faut l'aimer et la pratiquer. Être vertueux requiert certaines conditions qui ne semblent pas appartenir à tous.


2 )  Les vertus dianoétiques. 

Ce sont des vertus de la pensée, comparativement aux vertus de la morale, qui sont des vertus de caractère. Elles sont plus élevées en dignité que les premières, puisqu'elles sont affranchies des mouvements et des caprices de la passion. Vertus intellectuelles ou vertus de la pensée, elles relèvent de la droite raison qui assure sa prééminence sur la volonté. Parmi elles, la prudence, la perspicacité et le bon sens ou le discernement (Éthique à Nicomaque). 

Ces vertus de la pensée n'appartiennent qu'aux sages, ou aux hommes les meilleurs, à savoir les philosophes !


3 )  La vertu contemplative. 

C'est la vertu suprême, la vertu de couronnement, la sagesse qui rapproche l'homme de Dieu et qui permet de réaliser ce qu'il y a de meilleur, de plus haut et de plus sublime en lui. C'est la capacité de contemplation divine dans laquelle réside le Souverain Bien. 

Tout ce qui unit au corps et à la vie sociale, comme les richesses, les amis, les occupations passagères, le sage ne les fuit pas, mais il leur préfère la contemplation divine, qui seule peut exister pour elle-même et qui est bien supérieure à une vie d'action. La vie contemplative est la seule vraiment divine par laquelle le sage peut atteindre au vrai bonheur et à la vraie félicité. Le sage, pas le peuple, que l'éthique élitiste d'Aristote paraît ignorer et qui ne semble participer que très imparfaitement à la vertu morale ! 

En partant de la physique et de la métaphysique pour nous rendre à l'éthique, voilà où nous avons été conduit : de Dieu au sage, et du sage à Dieu !


La légitimation de l'esclavage !

L'homme est un « animal politique », dit Aristote. Il est fait pour vivre en société. C'est dans la nature de l'homme d'être sociable. La vie sociale est la fin de l'homme. Un fossé sépare l'éthique et la politique d'Aristote, qui défend des positions de classe rigoureusement inégalitaire ! La suite le montrera …

La fin de l'homme va dans le sens de ce en quoi sa nature s'achève et trouve son parfait accomplissement, mais c'est aussi le sens de ce qu'il y a de meilleur en lui, les deux sens étant liés : « Toute cité est un fait de nature, s'il est vrai que les premières communautés [la famille, le village] le sont elles-mêmes […] La nature d'une chose est sa fin, puisque ce qu'est une chose une fois qu'elle a accomplit son complet développement, nous disons que c'est là la nature de la chose, aussi bien pour un homme, un cheval ou une famille. En outre, la cause finale, la fin d'une chose, est son bien le meilleur, et la pleine suffisance est à la fois une fin et un bien par excellence. […] Ces considérations montrent donc que la cité est au nombre des réalités qui existent naturellement, et que l'homme est par nature un animal politique. Et celui qui est sans cité, naturellement et non par suite de circonstance, est ou un être dégradé ou au-dessus de l'humanité. (Politique)

Ayant vécu l'écrasement d'Athènes à la suite de la guerre du Péloponnèse, Aristote croit que c'est par l'indépendance économique que la cité peut réaliser la fin de l'homme, qui est d'assurer son bonheur. L'indépendance économique passe par l'isolement de la cité et le retour à l'économie naturelle, familiale et agricole, fondée sur l'autosuffisance. L'indépendance d'une cité est fondée sur l'exclusion des rapports économiques avec l'étranger.

En matière sociale, Aristote s'oppose au cosmopolitisme d'Alexandre et soutient le patriotisme. Pour Aristote et en général pour tous les Grecs, l'humanité se divise en deux nous et les autres, le monde civilisé et policé, la civilisation grecque, et ceux qui n'en font pas partie, les étrangers, les barbares. Aristote n'est pas tendre à l'endroit des barbares, qu'il juge incapables de se gouverner !

Sa théorie de l'esclavage relève de ce préjugé qu'ont tous les Grecs envers les étrangers, les non-Grecs, jugés par nature inférieurs et voués à l'esclavage. Selon Aristote, l'autorité et la subordination sont non seulement des choses nécessaires, mais aussi des choses justes, belles et utile. Il y a des hommes pour commander et d'autres pour obéir :

« Dans les rapports du mâle et de la femelle, le mâle est par nature supérieur et la femelle inférieure. Le  premier est l'élément dominateur et la seconde est l'élément subordonné. C'est nécessairement la même règle qu'il convient d'appliquer à l'ensemble de l'espèce humaine. Par suite, quand les hommes diffèrent entre eux autant qu'une âme diffère d'un corps et un homme d'une brute (et cette condition inférieure est celle de ceux chez qui tout travail consiste dans l'emploi de la force corporelle, et c'est là d'ailleurs le meilleur parti qu'on peut tirer d'eux), cela sont par nature des esclaves pour qui il est préférable de subir l'autorité d'un maître […]. Est en effet esclave par nature celui qui est apte à être la chose d'un autre (et c'est pourquoi il l'est, en fait), et qui a la raison en partage dans la mesure seulement où elle est impliquée dans la sensation, mais sans la posséder pleinement. » (Politique)

Selon Aristote, l'esclave possède même un corps adapté à sa fonction. La nature ne fait décidément rien en vain :

« La nature tend assurément aussi à faire les corps différents de ceux des hommes libres, accordant aux uns la vigueur requise pour les gros travaux et donnant aux autres la station droite les rendant impropres aux besognes de ce genre, mais utilement adaptée à la vie de citoyen, qui se partage elle-même entre les occupations de la guerre et celles de la paix. » (Politique)

Petite réserve, toutefois :

« Pourtant le contraire arrive fréquemment aussi : des esclaves ont des corps d'hommes libres et des hommes libres ont des âmes d'esclaves. » (Politique)

Mais bien petite :

« Si les hommes libres, à s'en tenir à la seule beauté corporelle, l'emportaient sur tous les autres aussi indiscutablement que les statues des dieux, tout le monde admettrait que ceux qui leur sont inférieurs méritent d'être leurs esclaves. Et si cela est vrai du corps, bien plus justement encore pareille distinction doit-elle s'appliquer à l'âme […]. Il est donc manifeste qu'il y a des cas où, par nature, certains hommes sont libres et d'autres esclaves, et que pour ces derniers demeurer dans l'esclavage est à la fois bienfaisant et juste. » (Politique)

La chose est claire : l'esclave est esclave et doit le rester parce que comparativement à l'homme libre, « adapté à la vie de citoyen », dans la subordination du corps à l'âme, de la matière à la forme, la nature l'a placé dans la disposition inverse !

La pierre philosophale d'Aristote, sa théorie hulémorphique, transforme décidément tout en métal précieux philosophique !

Dans la cité d'Aristote, chacun devient ce qu'il est et s'accomplit selon son rang. L'esclave, la femme et l'enfant (« ces âmes imparfaites ») ne disposent d'aucun droit. Seul l'homme libre a des droits, car seul l'homme libre est citoyen. 

Cette vision hiérarchique des rapports humains et en totale harmonie avec l'ensemble du système aristotélicien, qui procède à l'inventaire du monde en graduant les êtres par niveaux de perfection. L'ordre du monde, qui manifeste une unité intelligible à travers les déterminations variables de la matière et de la forme, préside à cette classification.

La cité idéale d'Aristote n'a rien à voir avec celle imaginée par Platon, qui révèle de l'utopie et du plus pur irréalisme. En matière de politique, les réflexions d'Aristote ne sont jamais détachées de l'expérience et de la réalité. En ce qui concerne les régimes politiques, Aristote ne privilégie pas un régime unique, mais propose des compositions mixtes qui pourraient tirer avantage des mérites de chacun des régimes. 

Aristote établit la loi du juste milieu appliquée à la politique dans l'organisation de la société comme dans la vie de l'individu. Il est le philosophe qui fuit les extrêmes. Il est le philosophe de la cité et du gouvernement mixte, le philosophe soucieux de droit, de justice et d'équité.

Aristote est celui qui a écrit de si belles pages sur l'amitié et qui s'est opposé au totalitarisme de Platon sans s'apercevoir que son œuvre politique contenait tous les germes du racisme !

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Message par Crosswind le Mar 14 Aoû 2018 - 14:51

Sont-ce là tes mémos d'unif ?

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Message par Emmanuel le Mar 14 Aoû 2018 - 15:18

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Ce sont de petites choses mémorisées depuis longtemps. (Mais unif, je ne comprends pas. Qu'est-ce que c'est ?)

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Message par hks le Mar 14 Aoû 2018 - 15:53

unif c est "l'université"
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Message par Emmanuel le Mar 14 Aoû 2018 - 16:20

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Ah ... Merci ! ...

Ce sont des mémos post-universitaires.

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