Science intuitive et biodanza

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Re: Science intuitive et biodanza

Message par Vanleers le Dim 10 Déc 2017 - 15:34

La biodanza ne semble pas donner à l’éternité l’importance qu’elle a dans la science intuitive.
Certes, Rolando Toro a écrit cette phrase, souvent reprise dans les écoles de biodanza :

Rolando Toro a écrit: Les vivencias sont une porte au travers de laquelle nous pénétrons dans le pur espace de l'être. Espace dans lequel le temps n'existe plus et où nous sommes nous-mêmes, ici et maintenant et pour l'éternité

On y rappelle aussi que « La nature essentielle de l'humain est l'éternelle célébration de la vie. Cet état lui révèle une vision illuminée de lui-même et du monde ».
Toutefois, l’Ethique insiste davantage sur l’importance de la connaissance sub specie aeternitatis et Spinoza démontre en Ethique V 30 que :

Spinoza a écrit: Notre Esprit, en tant qu’il se connaît ainsi que le Corps sous l’aspect de l’éternité, a en cela nécessairement une connaissance de Dieu, et sait qu’il est en Dieu et se conçoit par Dieu.

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Re: Science intuitive et biodanza

Message par baptiste le Dim 10 Déc 2017 - 19:02

hks a écrit:
baptiste a écrit:Ainsi donc c'est parce qu'il y en a trop que tu ne peux même pas en citer un, étrange argument ne trouves-tu pas!
Je n'ai pas voulu tomber dans le ridicule de t'en citer un, lequel est le mot  "vie"
J'ai dit  ce que j'en pensais dans le message  :  hks le Ven 1 Déc - 23:23

C'est quoi cette entourloupe, je soutiens que le mot vie désigne simplement une expérience empirique, tu soutient au contraire qu'il s'agit d'un concept, je te demande juste de m'en instruire.

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Re: Science intuitive et biodanza

Message par hks le Dim 10 Déc 2017 - 22:19

baptiste a écrit:C'est quoi cette entourloupe, je soutiens que le mot vie désigne simplement une expérience empirique, tu soutiens au contraire qu'il s'agit d'un concept, je te demande juste de m'en instruire.
Je ne soutiens rien "au contraire" .
Si je soutenais "au contraire" il me faudrait soutenir que les concepts n' ont pas d'origine empirique.
Mais je me suis bien gardé de m'avancer sur cette question difficultueuse de l'origine des concepts .

Là tu sembles signifier avec ton au contraire que qui parle de concepts s'oppose à qui parle d'expérience empirique.
Moi je ne fais pas ce genre d' opposition.
Je ne vois pas l'idée de vie ( pour ne plus parler de concept) comme pouvant  se concrétiser dans l' esprit SANS une experience...  je dirais existentielle.

On n'est pas là dans l'explication de l'origine de l' idée  mais dans celui de l'explication de  la prise de conscience de l'idée ( de vie)  

Par analogie:  l'idée de vue (vision) peut être a priorique (ou nuance une idée innée) ...ou produite suite à des expériences répétées de vision,
mais dans les deux cas, SI je n'ai aucune expérience de vision  le concept de vue  restera muet (inexprimé)

(les deux thèses opposées sur l'origine des concepts sont pour faire vitecelle de Descartes et ses idées innées et celle Locke et son empirisme)

ou globalement Platon versus Aristote

..............................................................................................................

Maintenant tu veux que je t'instruise sur l' idée que j'ai de la VIE. Pour moi est vivant se qui se sent lui même. Ce qui suppose un "soi même".... c'est à dire un rapport d'égoÏté (pas nécessairement en  conscience claire et distincte)
ou bien dit autrement un individué  se ressentant(ressentir)

Puisque tu veux de l'expérience, je fais l' expérience de me sentir vivant.
Cette philosophie ne part pas de l' expérience behavioriste des mouvements dans la nature.

La thèse vitaliste est certes audacieuse ...mais la thèse opposée (et pour le coup contraire) ne permet pas de comprendre la co-exitence de l' animé et de l'inanimé .
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Re: Science intuitive et biodanza

Message par Vanleers le Jeu 21 Déc 2017 - 7:22

J’ai déjà cité un passage de Rolando Toro, l’inventeur de la biodanza, et je le cite à nouveau

Rolando Toro a écrit:

Le philosophe Emmanuel Levinas a révélé la forme de lien la plus élevée, « le regard dans les yeux » ; l’extase de la fusion avec l’autre ; il s’agit d’arriver à être un avec l’autre. La relation humaine n’est pas asymétrique comme dans l’empathie. C’est un lien réciproque avec l’Autre-infini », avec l’étranger qu’on ne connait jamais vraiment totalement.
L’Autre accueille et est accueilli à son tour, réciproquement, face à face ; c’est l’approche absolue dans le monde privé de l’étranger. Par un regard, les deux atteignent l’union du sacré dans un acte d’épiphanie et d’extase.

Levinas, à mon avis, a décrit le niveau le plus évolué dans l’échelle du lien.

On rapprochera cet extrait de ce qu’écrit Spinoza dans le scolie d’Ethique V 23 :

Spinoza a écrit: Et pourtant nous sentons et expérimentons que nous sommes éternels. Car l’Esprit ne sent pas moins les choses qu’il conçoit en comprenant, que celles qu’il a en mémoire. En effet les yeux de l’Esprit, par lesquels il voit et observe les choses, ce sont les démonstrations mêmes.

Il est question, dans ce scolie, des yeux de l’esprit alors que R. Toro reprend à Levinas l’expression « le regard dans les yeux ».
Ici, ce sont les yeux du corps qui ouvrent à une expérience de l’éternité.
Le regard dans les yeux révèle l’essence éternelle de l’autre et sa dépendance à l’égard de l’essence de Dieu, ce qui est la définition de la science intuitive (Ethique II 40 sc. 2).
Cette intuition de l’essence éternelle de l’autre affecte davantage l’esprit que les démonstrations comme l’indique la fin du scolie d’Ethique V 36.

Spinoza a écrit: Car, quoique j’aie montré de manière générale dans la Première Partie que tout (et par conséquent l’Esprit humain aussi) dépend de Dieu selon l’essence et selon l’existence, pourtant cette démonstration, quoiqu’elle soit légitime et sans risque de doute, n’affecte pourtant pas autant notre Esprit que lorsqu’on tire cette conclusion de l’essence même d’une chose singulière quelconque que nous disons dépendre de Dieu.

La biodanza est ainsi une voie du corps qui complète la voie de l’esprit que Spinoza développe dans l’Ethique, voie du corps signalée dans la proposition 39 de la partie V :

Spinoza a écrit: Qui a un Corps apte à un très grand nombre de choses a un Esprit dont la plus grande part est éternelle.

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Re: Science intuitive et biodanza

Message par Vanleers le Ven 22 Déc 2017 - 20:47

Dans un chapitre sur la biodanza (in L’expérience du bonheur – Almora 2014), Bruno Giuliani émet des réserves :

Giuliani a écrit: J’ai eu quelques légères divergences de vue avec Rolando Toro, en particulier à propos de Levinas qu’il citait souvent comme référence de l’éthique et de sa conception de l’amour que je juge trop passionnelle […] (pp. 313-314)

Or, l’expérience du « regard dans les yeux » n’est autre que l’intuition de l’essence de l’autre dans sa dépendance à l’égard de l’essence de Dieu, c’est-à-dire une connaissance du troisième genre d’où naît nécessairement un amour intellectuel de Dieu (corollaire d’Ethique V 32).
Un tel amour ne saurait être passionnel (Ethique V 34)

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Re: Science intuitive et biodanza

Message par Vanleers le Mar 26 Déc 2017 - 17:07

Henrique Diaz a écrit un remarquable article Éprouver l’amour intellectuel ? qu’on peut lire en :

http://www.spinozaetnous.org/article14.html

Je le cite ici presque in extenso, avec de légères modifications (principalement, en remplaçant plusieurs fois « vie » par « Vie »).
J’ai souligné ce qui me paraît le plus important.
A mon point de vue, cet article dit l’essentiel sur l’Ethique.
Je ferai le lien avec la biodanza dans un prochain post.

La béatitude dont nous entretient l'Ethique, « la satisfaction même de l'âme, qui naît de la connaissance intuitive de Dieu » (Ethique IV, Appendice, chap. 4) dépend de l'amour intellectuel qui lui-même est une propriété du troisième genre de connaissance.
Pour répondre à la question « Ai-je éprouvé l’amour intellectuel dont parle Spinoza ? », rappelons d’abord ce que ce dernier entend par amour intellectuel. C’est une joie accompagnée de l’idée de Dieu comme cause, autrement dit, c’est l’amour de Dieu, non pas en tant que nous l’imaginons comme présent mais en tant que nous le comprenons comme éternel (Ethique V, 32, corollaire).
Quand je comprends que Dieu est cause d’une joie que j’éprouve, j’aime Dieu "intellectuellement". Ici, "intellectuellement" ne veut pas dire "froidement, à l'exclusion de toute affectivité" puisque précisément il s'agit d'une joie éprouvée concrètement. Mais cela veut dire ‘ à l'exclusion de l'imagination qui produit l'amour anthropomorphique et nécessairement fluctuant de Dieu ’ qu'on trouve encore quelques fois chez le vulgaire qui "aime" un dieu supposé le récompenser de cet amour.

Qu'est-ce donc que comprendre que Dieu est cause d'une joie ? Evidemment, le concept de Dieu est ici à comprendre dans un sens spinozien : ni plus, ni moins qu'un être absolument infini, une substance consistant en une infinité d'attributs. Cet être, qui par son absolue infinité enveloppe tout, même sa propre existence, Spinoza montre que nous en avons une connaissance adéquate, c'est à dire claire et distincte, parce que complète, parce qu'auto-suffisante : "la mentalité humaine a une connaissance adéquate de l'essence éternelle et infinie de Dieu" (Ethique II 47).
Le scolie d’Ethique II 45 détaille : bien que chaque chose singulière [une fleur, par exemple] soit déterminée par une autre à exister d'une certaine façon, la force (vis) qui fait que chacune persévère dans l'existence suit de la nature de Dieu. Quelle est cette force ? C'est l'essence singulière de chaque individu, autrement dit ce qui la caractérise comme vivante, comme s'affirmant dans l'existence. Donc, si je considère la fleur en la rapportant à d'autres choses, par association d'images ou par connexion rationnelle par notions communes avec les corps qui l'environnent, je perds de vue la fleur en elle-même. Mais il peut tous nous arriver de considérer un corps dans sa singularité. A partir des notions communes notamment (connaissance du second genre), je peux en venir à considérer ce qui caractérise cette fleur en propre. Et considérer un corps dans sa singularité nous arrive tous avec au moins un corps, le nôtre.
Qu'arrive-t-il alors ? Ne rapportant plus ce corps à quelque corps extérieur, je le considère de l'intérieur. J'en perçois la vie. Non pas le mouvement, non pas le temps compris entre la naissance et la mort, non pas encore la capacité à transformer la matière en énergie (définition phénoméniste du biologiste), mais l'auto-affirmation de soi, irréductible à quelque corps extérieur que ce soit. Et si je perçois cette auto-affirmation, je ne perçois rien d'autre que ce que Spinoza appelle Dieu : la Vie en tant que puissance infinie de s'affirmer. (cf. Pensées Métaphysiques, II, 6)
Rien d'obscur ici. Dieu n'est rien moins qu'une affirmation pure : infinie, parce que rien d'extérieur ne peut la limiter, éternelle parce qu'elle ne se rapporte à rien d'autre qu'elle-même, ce qui fait qu'il n'y a ni avant, ni après. Comprendre qu'un être est vivant, c'est donc comprendre que la Vie s'affirme en lui, non comme quelque chose d'extérieur, mais comme ce qui lui confère de façon immanente son essence d'être vivant, c'est-à-dire comme son essence même.

Ainsi, lorsque nous considérons notre propre corps, nous avons conscience de notre éternité : nous sentons et nous éprouvons que nous sommes éternels parce que se sentir vivre, sentir sa propre puissance de s'affecter, est une évidence qui ne se rapporte ni à la mémoire d'un passé donné, ni à l'imagination d'un avenir supposé (cf. Ethique V 23, scolie). Ce qui complique l'interprétation ici est la présence dans ce scolie de la référence aux "yeux de l'esprit" que sont les démonstrations, ce qui donne à penser qu'il faudrait avoir lu l'Ethique avant d'éprouver son éternité - ce que nombre de commentateurs font - alors que Spinoza dit bien que tous les hommes connaissent adéquatement Dieu, comme l'éternité qui en découle. Mais les démonstrations ne se trouvent pas que dans l'Ethique : une démonstration n'est rien d'autre que la capacité de percevoir l'évidence d'une vérité à partir d'une évidence première, l'évidence étant ce qui ne peut pas être pensé autrement.
Ce que permet l'Ethique, ce n'est rien d'autre que clarifier cette conscience de l'infinie puissance de s'affirmer dont je suis une expression singulière. Il s'agit donc de déterminer les remèdes aux affects qui nous empêchent de percevoir notre béatitude - remèdes dont "tout le monde a l'expérience mais sans les observer avec soin ni les voir distinctement" - en connaissant le mental en lui-même (Ethique V préface). Ainsi on pourra passer entre autres de la fluctuation d'âme qui caractérise celui qui perçoit l'évidence de la vie, mêlée des confusions de l'imagination et des passions qui en découlent, à la force d'âme, ferme et généreuse (Ethique III 59, scolie) de celui qui est clairement "conscient de lui-même et de Dieu".

Dès lors il ne saurait s'agir de construire cette béatitude à partir d'une lecture de l'Ethique ou de quelque moyen que ce soit. La béatitude est la satisfaction qui naît de la conscience de notre unité avec la Vie pure ou encore de la connaissance intuitive de Dieu. Cette conscience ou cette connaissance, nous avons vu que nous la possédons tous, et pour cause, elle est éternelle : "cet amour envers Dieu n'a pas eu de commencement" (Ethique V 33, scolie). Par conséquent, la béatitude ne s'atteint pas, elle existe déjà de toute éternité. Mais, si elle existe déjà, nous n'en avons pas clairement conscience. On peut donc s'interroger sur les moyens non d'atteindre la béatitude mais une conscience suffisamment claire et distincte de cet état.
Puisqu'il s'agit d'un état naturel, il faudra d'abord faire tomber les obstacles qui empêchent d'en prendre conscience adéquatement. Ces obstacles sont les préjugés sur l'essence de Dieu, la place de l'homme dans la nature, le sens de son existence et les passions tristes qui en découlent. Ainsi le préjugé finaliste selon lequel tout dans la nature doit se comprendre par rapport à un but transcendant l'existence des individus donne à penser qu'aucun être n'a suffisamment de perfection par lui-même pour mériter d'exister : l'arbre n'a de valeur que parce qu'il apporte de l'ombre, l'homme parce qu'il sert Dieu ou je ne sais quel idéal transcendant. Ce préjugé produit des passions comme "l'humilité" qui est la tristesse naissant de ce que l'individu considère son impuissance alors que la véritable connaissance de soi, de son essence actuelle, est la connaissance de sa puissance - l'impuissance se rapportant en fait à une cause extérieure (Ethique IV 53). Croyant que son existence ne se suffit pas à elle-même, que vivre pour vivre ne suffit pas, celui qui cède au préjugé finaliste se construira un univers mental faisant écran à la conscience de sa béatitude : la vie lui paraîtra "injuste", "difficile" etc.
Pour remédier aux passions et développer une affectivité active, Spinoza préconise une culture de l'imagination (Ethique V 1 à 10) et l'amour non superstitieux envers Dieu - qui n'est pas encore l'amour intellectuel - qui consiste dans la joie de comprendre ses passions par leurs causes et dès lors à percevoir l'image des choses en les rapportant à Dieu (Ethique V 11 à 20). Mais cela, il ne suffit pas de le lire comme le voudrait Alquié, il faut le mettre en œuvre. Le scolie de la proposition 10 propose de véritables exercices s'adressant à qui veut connaître la liberté de l'amour intellectuel : "il faut penser souvent aux offenses que se font communément les hommes et méditer de quelle façon et par quelle voie on les peut mieux repousser par la générosité... il faut dénombrer et imaginer souvent les dangers ordinaires de la vie, et comment ils peuvent le mieux être évités et surmontés par la présence d'esprit et la force d'âme..."
Une fois la mentalité humaine ainsi préparée, une fois libérée des passions qui font écran à la conscience claire de notre perfection et éternité, la béatitude se révèle naturellement et spontanément. Il faudra donc de la patience pour que cette prise de conscience s'effectue d'elle-même. Il n'y a pas à proprement parler de technique, pas de bouton sur lequel appuyer pour que s'allume la lumière de la béatitude.
On pourra certes se concentrer sur son corps en s'efforçant de faire taire le bavardage mental : pas d'associations d'images, ni de réflexion par notions communes. Mais, conformément à ce qui précède, ce n'est pas vraiment une technique, c'est un état auquel notre libération à l'égard des passions tristes nous amènera progressivement et un tel effort ne "marchera" que si on y est suffisamment préparé. Cela correspond à ce que Spinoza décrit dans les propositions 24 à 29 de la cinquième partie de l'Ethique : nous pouvons concevoir un corps ou bien relativement, en rapport avec un certain temps et un certain lieu, ou bien nous pouvons le concevoir en tant qu'il est contenu en Dieu, non pas relativement à Dieu conçu comme cause transitive mais comme expression immanente de la Vie pure (scolie de la prop. 29). Il s'agit donc de considérer le corps dans son essence, autrement dit de cesser d'imaginer ou de raisonner, d'articuler son idée à d'autres idées mais au contraire de laisser cette essence se révéler à la conscience. Comme le troisième genre de connaissance dépend de l'esprit comme de sa cause formelle (Ethique V 31), il n'y a pas de passivité au sens strict dans ce laisser-aller, ce lâcher prise qui concerne l'imagination et le raisonnement.
Se livrer à un tel exercice peut rappeler le yoga pratiqué en orient, ainsi qu'Alexandre Matheron l'avait fait dans Individu et Communauté. Encore faut-il ne pas associer à ce mot bien des préjugés, tels que d'une part de simples exercices physiques destinés au "mieux être", à diminuer le stress de l'existence ordinaire, d'autre part une mystique de la confusion de l'individu avec la totalité en laquelle il s'agirait de se désagréger. Le terme de yoga signifie étymologiquement "jonction", unification et non confusion de l'esprit et du corps, de l'infini et du fini. Dans les Yoga Sutras, Patanjali le définit comme "chittavrittinirodah" : "l'interruption de l'agitation mentale" permettant que cesse la confusion de la conscience pure avec l'agitation mentale et que se révèle notre centre substantiel : drashtar, la conscience témoin.

Donc, je pense avoir déjà éprouvé (plutôt qu'expérimenté, ce qui impliquerait une dimension phénoméniste, des tests quantifiables, propres aux sciences... des phénomènes, i.e. des apparences extérieures) l'amour intellectuel de Dieu, que je comprends comme l'intuition pure, i.e. sans médiation imaginaire ou même rationnelle, de la Vie par elle-même. Dès lors qu'elle se clarifie, cette intuition procure une joie extrêmement concrète car il s'agit de l'augmentation de ma puissance de me penser clairement et distinctement dans ma propre singularité, en tant qu'étant là, et non selon une quelconque généralité. Mais j'insiste sur le fait qu'il n'y a en soi rien d'aristocratique à cela, c'est-à-dire d'accessible uniquement à certains individus. Dans l'Ethique, Spinoza passe du 'je' des premières définitions au 'nous' de la cinquième partie, ce qui est significatif.
D'autre part, l'amour intellectuel n'est pas à proprement parler un but : la conscience d'être éternel et donc l'amour de la Vie pure sont en fait présents dès lors que j'ai conscience de vivre. Mais le but est de clarifier autant que faire se peut cette conscience qui est ordinairement troublée par les passions tristes. Il s'agit également d'augmenter la puissance de percevoir la Vie et l'éternité de tout ce qui m'entoure, les passions ordinaires étant ici aussi un obstacle à surmonter.
S'agit-il alors de se "diviniser" en développant l'amour intellectuel de Dieu ? Non, puisque nous sommes déjà pleinement divins en tant qu'expressions de l'étant absolument infini et aussi d'un autre côté, parce qu'il ne saurait s'agir de devenir absolument infinis : l'homme reste physiquement et mentalement fini. Comprendre son rapport à la Vie, c'est comprendre une inséparabilité de la Vie et des vivants, de l'infini et du fini. Développer l'amour intellectuel, c'est donc simplement vivre plus pleinement, en prenant progressivement conscience de notre unité avec le divin et tout ce qui est divin, à savoir tout ce qui existe dans la Nature.

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Re: Science intuitive et biodanza

Message par Vanleers le Mer 27 Déc 2017 - 12:32

La biodanza, la danse de la vie, et on pourrait dire la danse de la Vie, propose des expériences qui, comme celle du corps propre rapportée par Henrique Diaz ci-dessus, nous font éprouver l’amour intellectuel de Dieu.
Je reprends l’expérience du « regard dans les yeux » dont il a déjà été question plusieurs fois.
Ici aussi, il s’agit de considérer un corps, un visage, dans sa singularité, et d’avoir l’intuition que « la Vie s'affirme en lui, non comme quelque chose d'extérieur, mais comme ce qui lui confère de façon immanente son essence d'être vivant, c'est-à-dire comme son essence même » (H. Diaz).
De ce regard naît un amour pour l’autre perçu dans son essence éternelle dépendant de l’essence de Dieu comme de sa cause.
La Vie en moi aime la Vie en l’autre mais il s’agit de la Vie en tant qu’elle s’exprime de façon singulière en moi et de la Vie en tant qu’elle s’exprime de façon singulière en l’autre.
Cet amour pour l’autre est un amour intellectuel au sens rappelé par H. Diaz, c’est-à-dire une joie concrète et forte mais à l’exclusion de l’imagination, donc sans tristesse.

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Re: Science intuitive et biodanza

Message par Vanleers le Ven 12 Jan 2018 - 10:22

Le « regard dans les yeux » en biodanza peut se soutenir de l’Ethique et de son ontologie et me paraît assez différent de l’expérience du visage chez Levinas.
A ce propos, on peut lire ce qui est dit en :

https://la-philosophie.com/visage-levinas

J’en extrais le passage suivant :

Philocours a écrit: Levinas décrit le visage comme une misère, une vulnérabilité et un dénuement qui, en soi, sans adjonction de paroles explicites, supplient le sujet. “Mais cette supplication est une exigence” de réponse, une exigence de soutien et d’aide :

Le visage s’impose à moi sans que je puisse cesser d’être responsable de sa misère. La conscience perd sa première place“.
[…]

Une citation de Dostoïevski peut à elle seule résumer la pensée de Levinas :
Nous sommes tous coupables de tout et de tous devant tous, et moi plus que les autres

Le « regard dans les yeux » d’inspiration spinoziste retrouve dans le visage de l’autre la puissance de la Vie et non « le visage comme une misère, une vulnérabilité et un dénuement qui, en soi, sans adjonction de paroles explicites, supplient le sujet ».

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Re: Science intuitive et biodanza

Message par Vanleers le Sam 13 Jan 2018 - 16:50

Ajoutons toutefois qu’un visage qui apparaît « comme une misère, une vulnérabilité et un dénuement » peut susciter un sentiment de pitié et de compassion.
La pitié, selon Spinoza, est une passion triste qui « dans l’homme qui vit sous la conduite de la raison, est par soi mauvaise et inutile » (Ethique IV 50).
Toutefois, ajoute le scolie :

Spinoza a écrit: Celui que ne meut ni raison ni pitié à être secourable aux autres, on a raison de l’appeler inhumain.

L’homme qui vit sous la conduite de la raison verra dans le visage de l’autre la puissance de la Vie et aura le désir de lui venir en aide et de se lier d'amitié, désir que Spinoza appelle Générosité (Ethique III 59 sc.).
C’est celui qui, face au visage de l’autre, n’éprouve ni générosité, ni pitié, que Spinoza qualifie d’inhumain et Levinas a donc partiellement raison.

Pour une critique du caractère absolu de l’éthique selon Levinas, voir Daniel Sibony en :

https://www.youtube.com/watch?v=01Mb5I_4sf0

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Re: Science intuitive et biodanza

Message par Vanleers le Dim 14 Jan 2018 - 17:32

Le regard dans les yeux, comme l’étreinte aussi, font partie de ces gestes qui sont le propre de l’humain comme le dit Hélène Benseft au début de sa présentation de la biodanza (cf. le premier post de ce topic).
Je la cite à nouveau :

Hélène Lévy Benseft a écrit: Biodanza veut dire danse de la vie, dans le sens où les gestes que nous sommes invités à danser sont les gestes qui sont le propre de l’humain comme les gestes de la force, de la tendresse, de l’accueil, de l’expansion, du courage, de l’étreinte, de la solidarité, de l’amitié, du donné, du recevoir, du refus. Tous ces gestes qui appartiennent, indépendamment de notre culture, de notre acquis, de notre race, de notre âge, de nos croyances, de notre éducation, qui appartiennent à ce qu’on peut appeler le patrimoine universel de l’humanité, la capacité à s’exprimer en tant qu’être humain.
La musique, la danse, les situations dans lesquelles nous nous retrouvons dans un groupe avec l’autre nous mettent immédiatement au cœur de la pratique de ces gestes. Et cette pratique, nous l’appelons la pratique vivencielle, c’est-à-dire vivre ici et maintenant la réalité de l’expression, la réalité de la sensation, du sentiment, de la relation à l’autre.

Nous sommes invités à accomplir ces gestes « en sentant, en sachant que nous appartenons à un Tout vivant » (H. Lévy Benseft), c’est-à-dire en ayant conscience de la dimension de transcendance au sens de la biodanza.
Ces gestes relèvent alors d’une mise en œuvre concrète de la science intuitive ou connaissance du troisième genre dont je rappelle, une fois encore, la définition :

Spinoza a écrit: Et ce genre de connaissance procède de l’idée adéquate de l’essence formelle de certains attributs de Dieu vers la connaissance adéquate de l’essence des choses (Ethique II 40 sc. 2).

L’expression « l’essence des choses », « essence » étant au singulier et « choses » au pluriel a donné lieu à diverses interprétations, certains commentateurs soutenant qu’il est question ici d’une essence spécifique des choses singulières en tant que toutes dépendent de Dieu et d’autres auxquels nous nous rallions, de l’essence singulière des choses singulières.
Dans les gestes du regard dans les yeux ou de l’étreinte se révèle l’essence singulière de celui ou celle que l’on regarde ou que l’on étreint. De l’intuition de cette essence singulière naît une très grande joie : l’amour intellectuel de Dieu, autrement dit l’amour de l’autre, expression singulière et unique de la Vie (du divin)
C’est évidemment plus concret et réjouissant que le simple Namasté indien : « Je salue le divin qui est en vous ».

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Re: Science intuitive et biodanza

Message par Vanleers le Lun 15 Jan 2018 - 16:56

Une rencontre placée sous le signe de la transcendance au sens de la biodanza (dans la conscience d’appartenir à un Tout vivant) peut être dite une « rencontre du troisième type ».
Suivant le genre de connaissance mise en œuvre, les rencontres entre deux êtres humains sont de trois types et elles relèvent de la servitude, de la fortitude ou de la béatitude.

Précisons ce qu’est une rencontre du troisième type.

Le scolie d’Ethique V 29 énonce :

Spinoza a écrit: Nous concevons les choses comme actuelles de deux manières selon que nous les concevons soit en tant qu’elles existent en relation à un temps et à un lieu précis, soit en tant qu’elles sont contenues en Dieu et suivent de la nécessité de la nature divine.

Nous rencontrons l’autre, dans une rencontre du troisième type, lorsque nous changeons notre regard et que nous le considérons ainsi que nous-même en tant que contenus en Dieu et suivant de la nécessité de la nature divine.

Le scolie d’Ethique V 29 se réfère au scolie d’Ethique II 45 dans lequel Spinoza précise, qu’ici, il entend par existence, non pas la durée mais « l’existence même des choses singulières en tant qu’elles sont en Dieu »

Dans son commentaire d’Ethique V 29 et après avoir noté la référence à Ethique II 45 sc., Pierre Macherey écrit :

Pierre Macherey a écrit: Nous nous élevons alors jusqu’au point où nous concevons, nous comprenons que les choses singulières n’existent pas seulement en relation avec nous, mais existent en Dieu, en donnant au terme exister son sens le plus fort.

Vanleers
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