Traduction de la bible : la tour de Babel ?

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Traduction de la bible : la tour de Babel ?

Message par Jans le Ven 29 Sep 2017 - 22:53

C'est une constatation qui frappe les esprits avertis : dans les domaines les plus importants des sciences humaines et religieuses, une sorte de fatalité s'acharne sur les textes, rendant ceux-ci obscurs, équivoques, polysémiques, difficiles à comprendre et même à traduire là où ils sont relativement clairs, qu'il s'agisse de philosophie (aïe, Heidegger), de psychanalyse (pauvre Freud!) ou de religion — c'est sur ce dernier domaine que portera mon propos, particulièrement dans le christianisme.

Déjà l'affaire fut mal engagée avec la traduction des Septante (IIIè, IIè siècle avant notre ère), où en Isaïe 7,14, l'hébreu almah (jeune fille/femme) fut traduit par parthenos en grec (c'est parce que Athena est vierge qu'on a le Parthénon), engageant la théologie chrétienne sur les sentiers que l'on connaît : "la vierge enfantera..." repris par Matthieu en 1,23. Personne ne vit donc l'erreur de traduction ? Si, les rabbins de Jérusalem, qui la rectifièrent — mais les relations avec les premiers chrétiens (Matthieu écrit vers 80) se dégradèrent au point que ceux-ci gardèrent la version non modifiée de la Septante (la TOB de 1970 parle encore de vierge). Que dirent les Pères de l'Eglise qui lisaient le grec et l'hébreu ? que ce fut-là non pas une erreur, mais une inspiration de l'Esprit-Saint ! C'est la Tradition catholique. Sur quoi repose-t-elle ? Sur l'Ecriture, répondent les théologiens. Et quand l'Ecriture fait problème ? Il y a toujours l'inspiration divine, qui dicte, en Eglise, ce qu'il faut comprendre et croire. Le dogme de la virginité de Marie repose-t-il totalement sur cette erreur de traduction ? je ne suis pas théologien, donc je ne peux m'avancer plus avant. Les protestants ont tranché : sola scriptura. Oui, mais Luther, qui pourtant savait l'hébreu, a tranché aussi pour : vierge (Jungfrau).

Autre difficulté : Jésus de Nazareth ! Où est donc le problème ? On le dit toujours et partout ! L'expression précise : Jésus, celui de Nazaret(h) : Iesoun .. ton apo Nazaret(h) [à l'accusatif], n'apparaît que 2 fois dans le NT (Jean, 1,45 et Actes, 10,38), et 17 fois on trouve nazôraios ou la variante nazarenos : le nazaréen !! Or, les linguistes les plus pointus nous disent (depuis longtemps) que nazôriaos ou nazarenos ne peut pas signifier "de Nazareth" (il faudrait : nazarethenos) ; étonnant, non ? explication : lors de la rédaction des évangiles ( 70 à 95 de notre ère), plus personne ne sait ce que signifie cette épithète, et surtout pas Matthieu qui invente une citation de l'AT en 2,23 ! (les exégètes catholiques, prudents, disent : c'est curieux, on ne retrouve pas cette citation..) ; o n a cherché du côté de nazir ou netzer, le consacré, le rejeton... rien de convaincant sur le plan linguistique. C'est un titre religieux, on le subodore quand un "esprit impur" dit tantôt "Jésus le nazaréen / Jésus, le saint de Dieu"... Et pour corser le tout, on apprend par un Père de l'Eglise (je ne sais plus lequel) qu'une secte de nazoréens existait bien avant Jésus... du genre de Jean Baptiste. Restons-en là sur ce point.

Tout le monde connaît l'annonce de l'ange chez Luc (1,35) : "L'Esprit Saint viendra sur toi.." et plus loin (1,41), on dit d'Elisabeth à qui sa cousine vient rendre visite : Elisabeth fut remplie de l'Esprit Saint". (Passons rapidement sur la vraisemblance d'un voyage de 130 ou 140km effectué enceinte, à dos d'âne ou à pied..). Deux anomalies : a) il n'y a de majuscule qu'aux noms propres, pas à Esprit Saint ; b) il est écrit en grec : pneuma agion et pneumatos agiou, ce qui se traduit par : un esprit saint. Le grec peut parfois enlever l'article défini, mais pas avec un sujet au nominatif ou un complément sans préposition. Conclusion : les rédacteurs de 70 ou 80 n'avaient pas encore de théologie bien définie concernant l'Esprit-Saint, 3è personne de la Trinité ; mais il en va autrement des traducteurs ! Pour saint Jérôme, aucun problème : il n'y a pas d'article défini en latin (il sera formé en français à partir d'un démonstratif), mais dans les autres langues... on répugne ici à dire UN esprit saint viendra ! pour les autres passages où il n'y a pas de cas de conscience théologique, ils traduisent fidèlement : "un esprit impur..." !

Ces premières considérations sont assez longues, j'attends vos commentaires, j'ai encore bien des choses à dire sur le sujet si vous êtes intéressés (et le plus fort : je suis malgré tout croyant, disons chrétien néo-platonicien).
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Re: Traduction de la bible : la tour de Babel ?

Message par Vanleers le Sam 30 Sep 2017 - 6:37

Bonjour

J’ai suivi, et apprécié, ce que vous avez publié sur Liberté Philo.
A propos des nazaréens, j’ai beaucoup discuté avec Olaf qui reprend la thèse d’Edouard-Marie Gallez sur les origines de l’Islam. Voir :

https://legrandsecretdelislam.files.wordpress.com/2016/05/synthese-version-complete.pdf

Connaissez-vous cette thèse et ses considérations sur les judéonazaréens ?

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Re: Traduction de la bible : la tour de Babel ?

Message par Jans le Sam 30 Sep 2017 - 11:26

bonjour Vanleers,
merci de m'avoir lu ! je ne connaissais pas cette thèse (ou très vaguement). Il a existé certainement plusieurs groupes primitifs de judéo-chrétiens — dont ceux (Ebionites, entre autres) qui reconnaissent Jésus comme messie (au sens large) mais pas comme fils de Dieu (ce qui est déjà une élaboration théologique des années 70-95, les paroles attribuées à Jésus à ce sujet étant fortement antidatées ! (surtout chez Jean) ; de même, si l'on veut être réaliste, on considèrera que les prédictions de Jésus sur la chute de Jérusalem sont ou bien pas assez précises ou bien mises dans sa bouche post eventum : dans un évangile écrit après 70.

On est avec ce terme de nazaréen (nazôraios, une fois ou deux nazarenos) dans une série d'équations où il y a trop d'inconnues : a) le faire dériver de nazir ou netzer n'est pas convaincant ; b) ce n'est pas "de Nazaret(h)" (il faudrait un tau ou un thêta en plus) ; c) on n'a pas de certitude absolue que Nazareth existe du temps de Jésus (on a retrouvé une synagogue datant de la fin du 1er siècle) ; d) des nazaréens existaient au IIè siècle AvJC, dit un Père de l'Eglise, je ne sais plus lequel, mais on n'en sait pas plus ; e) j'ignore pourquoi l'Eglise catholique a figé l'expression "Jésus de Nazareth" au détriment de "le nazaréen", en tout cas cela ne se justifie pas du tout quand on lit les évangiles ; f) on trouve ici ou là un épisode d'exorcisme où un rédacteur fait dire au "démon" : que me veux-tu, Ieshoua Saint de Dieu / béni de Dieu", et un autre : "que me veux-tu, Ieshoua le nazôraios" : cette piste nous conduit vers une épithète indiquant l'élévation de Jésus — plus vraisemblable que l'indication géographique.

D'une façon générale, tous les exégètes (y compris amateurs, comme moi) savent que les paroles authentiques de Jésus (dites : ipsissima verba) sont difficiles à déterminer avec certitude, les évangiles étant autant, voire plus une catéchèse qu'un récit historique.
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Re: Traduction de la bible : la tour de Babel ?

Message par Vanleers le Dim 1 Oct 2017 - 17:10

Jans a écrit:
Ces premières considérations sont assez longues, j'attends vos commentaires, j'ai encore bien des choses à dire sur le sujet si  vous êtes intéressés (et le plus fort : je suis malgré tout croyant, disons chrétien néo-platonicien).

Selon Spinoza qui fut, sinon le premier, du moins l’un des premiers à entreprendre une étude critique de la Bible, l’enseignement de celle-ci se résume, pour l’essentiel, à la pratique de la justice et de la charité.
De ce point de vue, et quels que soient les progrès de l’exégèse, les croyants ne sont-ils pas, au cours des temps, toujours au même point ?
En quoi, en effet, l’étude des textes, au demeurant passionnante, concernant la virginité de Marie, l’Esprit ou esprit saint ou Nazareth les rendraient-ils plus aptes à pratiquer la justice et la charité ?

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Re: Traduction de la bible : la tour de Babel ?

Message par Jans le Dim 1 Oct 2017 - 17:46

Effectivement, Vanleers, le noyau, c'est ce qu'on fait, au quotidien, ce à quoi on se mesure, ce qu'on accepte de sacrifier ou non. Ce qui finalement (et on l'observe) ne dépend pas des croyances, mais d'une façon d'être au monde, ce qu'un athée fait aussi bien qu'un croyant. Un des dérapages fréquent est le glissement vers la satisfaction obtenue par la pratique du culte ou des sacrements, dans une dévotion sentimentale qui croit donner à Dieu ce qu'elle refuse souvent au voisin, au détriment de l'action au quotidien, de la vraie confrontation à autrui. J'ai connu ce travers, il est plus fréquent chez les catholiques que chez les protestants. Il s'entend dans les mots "bondieuserie" ou "bigoterie". Reste que l'étude des textes permet de relativiser bien des choses et de ne pas croire sa propre religion comme la seule vraie, toutes les autres étant fausses !
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Re: Traduction de la bible : la tour de Babel ?

Message par Vanleers le Jeu 5 Oct 2017 - 16:37

Je suis d’accord sur cette notion de « noyau » d’une religion et, en conséquence, de « gangue » plus ou moins superstitieuse.
L’étude des textes est sans doute utile pour apprécier une religion par rapport à d’autres mais Spinoza énonce un critère d’évaluation plus simple qu’il exprime dans la lettre 43 adressée à Jacob Osten, notamment à propos des musulmans :

Spinoza a écrit:Pour ce qui est des Turcs [1] et des autres Païens, s’ils adorent Dieu en cultivant la justice et la charité envers le prochain, je crois que l’Esprit du Christ est en eux et qu’ils sont sauvés, quelle croyance que, par ignorance, ils professent sur Mahomet et ses oracles

[1] Au XVII° siècle les Turcs sont, pour les Européens, les représentants de l’Islam, avant les Arabes et les Persans.

En étudiant la question de l’Islam aujourd’hui en France, je me suis rendu compte que nombreux sont ceux qui, a priori, estiment que, d’une façon générale, les musulmans sont dans l’incapacité de simplement adorer Dieu en cultivant la justice et la charité envers le prochain.

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Re: Traduction de la bible : la tour de Babel ?

Message par Jans le Jeu 5 Oct 2017 - 19:06

Eh bien cela prouve que Spinoza était véritablement un grand esprit ! J'ai, par hasard, deux amis qui sont musulmans : l'un, plombier, se lève à 5h pour réciter se prières !! Il est sans doute plus fiable que mes 8 ou 10 amis purement français, je pourrais tout lui demander (il sait d'ailleurs que c'est réciproque). Je n'ai pas d'explication, je constate ! La réalité est parfois très loin des peurs collectives...
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Re: Traduction de la bible : la tour de Babel ?

Message par kercoz le Jeu 5 Oct 2017 - 22:45

Jans a écrit:Effectivement, Vanleers, le noyau, c'est ce qu'on fait, au quotidien, ce à quoi on se mesure, ce qu'on accepte de sacrifier ou non. Ce qui finalement (et on l'observe) ne dépend pas des croyances, mais d'une façon d'être au monde, ce qu'un athée fait aussi bien qu'un croyant.

Pour le terme "croyance", il me semble qu' il faut sortir du contexte religieux. J' affirme parfois que toute vraie croyance est inconsciente. Une croyance qui serait doutée ne serait plus croyance. On remarque bien sur la croyance chez les autres, ce qui nous interroge sur nos propres croyances. Mais si l' on en vient à etre conscient d' un croyance pour soi, rien que le choix des mots pour la verbaliser sera un doute sur cette croyance.
Il me semble qu' on ne peut quitter une aliénation, juste en changer.

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Re: Traduction de la bible : la tour de Babel ?

Message par Jans le Jeu 5 Oct 2017 - 23:28

Il nous faut une grande tolérance, sinon c'est la guerre.La spiritualité au sens optimal, est commune à toutes la religions ; chaque religion a ses spécificités. C'est simple, c'est beaucoup !!
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Re: Traduction de la bible : la tour de Babel ?

Message par maraud le Ven 6 Oct 2017 - 8:35

kercoz a écrit:
Jans a écrit:Effectivement, Vanleers, le noyau, c'est ce qu'on fait, au quotidien, ce à quoi on se mesure, ce qu'on accepte de sacrifier ou non. Ce qui finalement (et on l'observe) ne dépend pas des croyances, mais d'une façon d'être au monde, ce qu'un athée fait aussi bien qu'un croyant.

Pour le terme "croyance", il me semble qu' il faut sortir du contexte religieux. J' affirme parfois que toute vraie croyance est inconsciente. Une croyance qui serait doutée ne serait plus croyance. On remarque bien sur la croyance chez les autres, ce qui nous interroge sur nos propres croyances. Mais si l' on en vient à etre conscient d' un croyance pour soi, rien que le choix des mots pour la verbaliser sera un doute sur cette croyance.
Il me semble qu' on ne peut quitter une aliénation, juste en changer.


La croyance, religieuse ou pas, me fait bien moins peur que la certitude. Autrement dit, j'ai bien moins peur de ceux qui affirment croire que de ceux qui affirment leur certitude. Dans la croyance, qui est un élan naturel vers la vie, le doute persiste ( même le croyant le plus fervent peut douter, peut se réviser; peut demeurer dans l'incertitude d'aller ou pas au Paradis ) alors que la certitude, elle, se conjugue mal avec le doute...


Je pense pour ma part, que c'est la certitude qui est une aliénation.
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Re: Traduction de la bible : la tour de Babel ?

Message par kercoz le Ven 6 Oct 2017 - 10:48

maraud a écrit:

La croyance, religieuse ou pas, me fait bien moins peur que la certitude. Autrement dit, j'ai bien moins peur de ceux qui affirment croire que de ceux qui affirment leur certitude. Dans la croyance, qui est un élan naturel vers la vie, le doute persiste ( même le croyant le plus fervent peut douter, peut se réviser; peut demeurer dans l'incertitude d'aller ou pas au Paradis ) alors que la certitude, elle, se conjugue mal avec le doute...


Je pense pour ma part, que c'est la certitude qui est une aliénation.

On ne peut affirmer une vraie croyance puisqu' on n' en est pas conscient. Je vais tenir ma thèse pour l' inconscience nécessaire à la "vraie" croyance. Ce qui fait que la certitude d' une croyance ne peut exister pour celui qui croit mais elle peut être constatée par un spectateur. Quand tu réponds "certainement" par ex, au fait d'aller à une invitation, c'est déja un fort doute. Le glissement sémantique ne peut provenir d' un signifiant absolu. Il faut qu' il y ait déja un début de doute dans le terme originel. Tu associe bien trop croyance et religion. Il y avait de la croyance dans la religiosité, il pouvait en rester dans la religion. Mais la religion est une réutilisation civile de la religiosité. Convaincu - convaincre aussi sont intéressants : Ils supposent une intervention extérieure, une domination, une soumission.

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Re: Traduction de la bible : la tour de Babel ?

Message par Vanleers le Ven 6 Oct 2017 - 10:56

A Jans

Bonjour, pourriez-vous commenter, s’il vous plaît :

« Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait. » (Matthieu 5:48)

Je rapproche ce passage de l’évangile de ce qu’écrit Spinoza sur la perfection.
Il assimile perfection à réalité, montre que Dieu se réjouit de son infinie perfection et que la béatitude de l’homme n’est autre qu’une partie de cette réjouissance de Dieu.
Je viens d’en dire quelques mots en :

http://digression.forum-actif.net/t1415p25-pour-des-debats-selon-une-ethique-spinoziste#37522

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Re: Traduction de la bible : la tour de Babel ?

Message par Jans le Ven 6 Oct 2017 - 16:07

C'est la fin du chapitre 5, qui commence avec les béatitudes et se poursuit avec tout ce qu'un homme parfait doit faire : aimer ses ennemis... On a un discours parallèle mais pas au mot près dans Luc, ch.6. A vrai dire, ce chapitre 5 est un vrai fourre-tout, mais de haute élévation. parfait : le grec dit teleios, qui a plusieurs sens : accompli, achevé, mûr, adulte, qui a atteint son but, sa plénitude, d'où, possible : parfait. (teleiôs : parfaitement, tout à fait). La nouvelle traduction de Bayard dit d'ailleurs "accomplis", et non plus "parfaits". En Cor1, 14,20, Paul dit : devenez des hommes mûrs : teleioi, c'est le même adjectif. Luther traduit ici aussi : "parfaits", la TOB allemande dit "mûrs ; la Bible de Jérusalem: "soyez des hommes faits" ; la TOB française : "adultes", Bayard: "adultes". Les choix des traducteurs sont déconcertants, je ne m'y ferai jamais ! Donc on a plutôt l'idée d'achèvement, d'accomplissement, de plénitude de la maturité atteinte que de perfection. L'évolution vers le bien en respectant la torah peut être une idée juive, la perfection, je ne sais trop. On a aussi en Mtt 16,21 le teleios : si tu veux être... vends tous tes biens.... Là aussi, diverses traductions sont possibles. Ma sensibilité me pousserait à dire : "si tu veux être parfaitement accompli"; Pour "céleste", le grec dit : "dans les cieux". La Vulgate de Saint Jérôme disait : "si vis perfectus esse" et "perfecti" en Mtt 5,48. Chouraqui traduit : "intègres" ?
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Re: Traduction de la bible : la tour de Babel ?

Message par Vanleers le Ven 6 Oct 2017 - 16:45

Je vous remercie pour ce commentaire détaillé auquel je réfléchis.
A première vue, on est dans une perspective assez éloignée de la perfectio spinoziste : voir, par exemple :

http://spinozaetnous.org/wiki/Perfection

Mais, précisément, il est enrichissant de confronter des visions du monde différentes.

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Re: Traduction de la bible : la tour de Babel ?

Message par Jans le Ven 6 Oct 2017 - 17:53

J'ai l'impression que le concept de perfection de Dieu est typique d'une théologie chrétienne, dans un but à la fois d'approfondissement et de démonstration à visée de conversion...
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Re: Traduction de la bible : la tour de Babel ?

Message par kercoz le Ven 6 Oct 2017 - 20:14

@Jans
Quid de l' interprétation de Steinbeck dans à l' Est d' Eden pour le terme "TIMSHEL" que j' utilise en signature:
""""""""« Imaginez 4 vieux messieurs (4 chinois, le plus jeune a dépassé 90 ans). Ils se mettant à apprendre l’hébreu. Ils ont engagés un rabbin pour les aider .Ces vieux messieurs avaient le sentiment que le verbe avait beaucoup d’importance. « C’est alors que nous avons découvert notre filon d’or, dit Lee, témoin de leurs travaux: Tu peux, tu dois dominer le péché, la bête tapie en toi. D’après la traduction de la bible américaine, dit lee, c’est un ordre qui est donné aux hommes de triompher sur le péché, une autre traduction : tu le domineras, promet à l’homme qu’il triomphera surement du péché. Le mot hébreux Timshel –tu peux, laisse le choix. « C’est peut être le mot le plus important du monde. Il signifie que la route est ouverte .La responsabilité incombe à l’homme, car si tu peux, il est vrai aussi que tu peux ne pas ». « Comprenez-vous ? Dans les églises des millions de fidèles obéissent à l’ordre « domine la bête», et jettent tout leur poids dans l’obéissance. Des millions d’autres croient à la prédestination « tu la domineras, rien de ce qu’ils peuvent faire n’arrêtera la marche du destin. Mais tu peux, voila qui grandit l’homme, qui le hausse à la taille des dieux car dans sa faiblesse, sa souillure, et le meurtre de son frère ,il a le grand choix, il peut choisir sa route, lutter pour la parcourir et vaincre. » John Steinbeck A l’est d’Eden, page 424 .éditions mondiales poche""""""

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Re: Traduction de la bible : la tour de Babel ?

Message par maraud le Ven 6 Oct 2017 - 20:42

Je ne sais plus quelle injonction grecque disait: " tu veux ? Tu peux ?; tu dois".

Tu peux "faire ou ne pas faire", ok Kercoz. Mais quelques uns peuvent l'entendre dans les sens de l'interdit : tu peux transgresser... quand à l'inverse, toute la mythologie grecque sous tend que tu peux, agir comme le héros pour vaincre tes démons, tes faiblesses, ta vanité et par là, monter vers l'Olympe invité par les dieux.( pour faire court)

Désolé de , peut-être, égratigner ta signature.


Dernière édition par maraud le Sam 7 Oct 2017 - 20:51, édité 1 fois
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Re: Traduction de la bible : la tour de Babel ?

Message par Jans le Ven 6 Oct 2017 - 21:06

Il est parlant que les Dix Paroles (bêtement traduites par : commandements) sont (si je ne me trompe pas) au futur, et désignent ce que l'homme accompli (on rejoint Matthieu : teleios) fait s'il a bien compris la torah. ce qui est passé à la trappe avec le christianisme, mais s'il n'y avait que cela ! Le pire : l'amour de la vie donnée par YHWH devient une vallée de larmes où il faut souffrir comme le Sauveur ! aïe! le dolorisme et l'horreur du sexe !! Plus (pour ma sensibilité) Dieu (tout amour et miséricorde) qui est censé demander le sang de son fils ?!! Mais comment Paul en est-il arrivé là ? (et Augustin après lui). Si bien qu'on injecte dans les paroles de la Cène, au fond ancien (souvenez-vous de moi en renouvelant ce repas) un sacrifice pour l'humanité, décliné différemment selon les rédacteurs, ce qui relève de la théologie des années 80, donc sont anachroniques — ce qui explique la perpétuelle hésitation pour savoir quelles sont les ipsissima verba : les vraies paroles de Jésus — en plus, même le grec est trahi, car Jésus est censé dire : ..répandus pour beaucoup (polloi, en grec), sous-entendu : des Juifs qui m'écouteront, pas les autres — mais traduit opportunément par "pour la multitude" !! Il est stupéfiant de voir un texte aussi sacré traficoté à la fois par les rédacteurs grecs et les divers traducteurs au fil des siècles.
Baruch atah Adonai !!
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Re: Traduction de la bible : la tour de Babel ?

Message par Magni le Mar 17 Oct 2017 - 20:44

Jans a écrit:Luther, qui pourtant savait l'hébreu, a tranché aussi pour : vierge (Jungfrau).

L'inspiration ne fut pas toujours avouable mais elle est tout a fait limpide.

Athéna est toujours vierge en début de semaine.
Isis a enfanté étant vierge.
Khâli est vierge.
Ishtar, Aphrodite, Cybèle ...

Logiquement, Jésus se doit d'avoir une nomenclature au moins aussi classique que celle de Horus, sa mère sera donc vierge, comme Isis.




Autre difficulté : Jésus de Nazareth !
Pour moi Jésus est pur comme un nazir, un consacré. C'est pour cela que jésus a le droit de porter un costume entièrement blanc (cravate et chaussures comprises).

Il est vrai qu'il est aussi un netzer, un rejeton, car il est l'héritier de la couronne de David. Jésus est la repousse car David était appelé la pousse de Jessé (car Jessé était son père), mais ceci est utile pour le cabaliste, pas pour l'exégète.
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Re: Traduction de la bible : la tour de Babel ?

Message par Magni le Mar 17 Oct 2017 - 20:49

Vanleers a écrit:Selon Spinoza qui fut, sinon le premier, du moins l’un des premiers à entreprendre une étude critique de la Bible, l’enseignement de celle-ci se résume, pour l’essentiel, à la pratique de la justice et de la charité.

Pour ma part je me borne à pratiquer la charité car pour pratiquer la justice il faut avoir goûté du fruit de l'arbre de la connaissance.
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Re: Traduction de la bible : la tour de Babel ?

Message par Magni le Mar 17 Oct 2017 - 21:07

Jans a écrit:J'ai l'impression que le concept de perfection de Dieu est typique d'une théologie chrétienne, dans un but à la fois d'approfondissement et de démonstration à visée de conversion...

Dieu n'est pas parfait dès la sortie de l’abîme.

Au moment où le Dieu biblique décide du déluge, c'est parce qu'il regrette d'avoir fait les humains: a ce moment là Dieu est dépressif, un peu après il sera coléreux et vengeur.

Heureusement après ça s'arrange.
Dieu est la loi et a ce moment là Dieu n'est pas encore bien fini, c'est pour cela que Jésus nous est salutaire, ayant fini la loi, c'est à dire la loi qui régit le royaume de Dieu sur la terre: la création.

A ce moment là Dieu est parfait et complet, quand la loi est terminé, et il entre dans le jour de son repos.
Je dis que ça c'est un jour qui peut durer longtemps.
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Re: Traduction de la bible : la tour de Babel ?

Message par Vanleers le Mar 17 Oct 2017 - 21:13

Dans le Traité Théologico-Politique, Spinoza énumère les sept dogmes de la foi universelle, « c’est-à-dire les points fondamentaux qui sont la visée de l’Ecriture universelle ». Voici le cinquième :

Spinoza (TTP XIV, 10) a écrit: Le culte de Dieu et l’obéissance à Dieu consistent uniquement dans la justice et la charité, c’est-à-dire dans l’amour envers le prochain.

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