Etre étranger partout: un chemin du bonheur ?

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Etre étranger partout: un chemin du bonheur ?

Message par Vanleers le Mar 24 Jan 2017 - 15:16

Xénophon, Les Mémorables a écrit: Moi, dit Aristippe, je ne me range pas non plus au nombre des esclaves ; mais il me semble qu’il y a une route moyenne où j’essaye de marcher. Cette route ne passe ni par le pouvoir, ni par l’esclavage, mais par la liberté, qui est le grand chemin du bonheur.
Si cette route qui ne passe ni par le pouvoir ni par l’esclavage, reprit Socrate, ne passait pas non plus par la société des hommes, ce que tu dis là aurait du sens.
Mais si, vivant parmi les hommes, tu ne veux ni commander, ni obéir, ni servir de bon gré ceux qui commandent, tu n’ignores pas, je pense, comment les plus forts s’entendent à faire pleurer les plus faibles et à les traiter en esclaves (…)
Oui, dit-il ; mais moi, pour éviter ces maux, je ne m’enferme même pas dans une cité, et je suis étranger partout.
Voilà certes, s’écria Socrate, un habile artifice. (…)

Je pense en effet qu’être étranger partout est un chemin du bonheur, comme le soutient le Cyrénaïque.
Je retrouve l’idée que j’ai émise sur un autre fil qu’il est bon de soutenir deux philosophies inconciliables. Si on vous attaque sur Spinoza, répondre par Pyrrhon et réciproquement.
Ne se laisser enfermer dans aucune chapelle afin de ne pas s’égarer dans des combats inutiles et perdre de vue le but de la vie que Spinoza appelle béatitude et Pyrrhon ataraxie.
Qu’en dites-vous ?

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Re: Etre étranger partout: un chemin du bonheur ?

Message par maraud le Mar 24 Jan 2017 - 15:25


Je dis qu'avoir une opinion vaut mieux que d'en avoir deux, ainsi, si je ne peux synthétiser Spinoza et Pyrrhon, c'est qu'il y a contradiction, or ils ne peuvent diverger et avoir raison en même temps.
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Re: Etre étranger partout: un chemin du bonheur ?

Message par Bergame le Mar 24 Jan 2017 - 15:35

J'en pense, pour ma part, qu'il faut déjà établir que le bonheur passe par la solitude, qu'implique le statut de l'étranger tel que tu le définis.
Pour le psychologue en moi, ton éloge du statut de l'étranger est conséquent de ta représentation des relations sociales, manifestement marquée par la domination et le conflit. Mais l'amitié et l'amour sont d'autres formes de relations sociales.

Mais sur le plan philosophique, ta remarque me fait davantage penser à l'une des dimensions qui m'intriguent dans la figure de Socrate, à savoir son caractère "atopos". Qu'on traduit souvent par "déroutant" (dans le Phèdre) mais qui signifie textuellement "sans lieu", étranger. Comment Socrate peut-il être à la fois aussi attaché à Athènes qu'il ne le dit lui-même par exemple dans l'Apologie, et étranger dans sa propre cité, voila pour moi une question.

Sur un plan plus personnel, ta remarque me fait dire que j'adore, moi aussi, le statut d'étranger. Être un étranger anonyme dans la foule me ravit. Courtial dirait sans doute que ce n'est là que l'une des facettes du complexe de Lohengrin qu'il m'avait diagnostiqué -à raison, d'ailleurs, je pense.
Sacré Courtial ! Il me manque...

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Re: Etre étranger partout: un chemin du bonheur ?

Message par Vanleers le Mar 24 Jan 2017 - 16:33

maraud a écrit:
Je dis qu'avoir une opinion vaut mieux que d'en avoir deux, ainsi, si je ne peux synthétiser Spinoza et Pyrrhon, c'est qu'il y a contradiction, or ils ne peuvent diverger et avoir raison en même temps.

Il y a en effet contradiction (j’ai parlé de philosophies inconciliables) mais, ici, le problème est pratique : il ne s’agit pas d’avoir raison mais d’éloigner l’importun.

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Re: Etre étranger partout: un chemin du bonheur ?

Message par Vanleers le Mar 24 Jan 2017 - 17:15

Celui qui, pendant un certain nombre d’années, a philosophé pour chercher à être heureux, peut se demander s’il a réussi. C’est la question que se pose aussi l’analysant à la fin de son parcours : son analyse est-elle réussie ?
François Roustang qui, avant d’être hypnothérapeute, fut psychanalyste, écrivait en 1980 (Elle ne le lâche plus…) :


François Roustang a écrit: On aboutit alors à cette proposition simple pour désigner la position de l’analysant à la fin de l’analyse – mais un artiste authentique pourrait sans doute en dire autant – ; « Je n’ai pas besoin d’être compris, je n’ai pas besoin d’être reconnu. » La force qui me pousse à agir et à jouir (les deux traits de la guérison selon Freud) n’est pas foncièrement conditionnée par la présence ou l’absence des autres ; les gestes que je puis faire, ou les paroles que je puis prononcer, ont assez de poids pour que n’y ajoutent pas grand-chose les approbations des autres ou qu’y retranchent très peu leurs critiques ou leurs oublis

Voilà qui rejoint la position d’Aristippe.

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