Le procès

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Le procès

Message par Bergame le Dim 12 Juin 2016 - 19:24

D'une certaine manière, ce qui se passe peut être vu, à mon sens, comme le procès réalisé par ma génération à la génération précédente. C'est du moins une hypothèse.

Car à mesure que la génération des "baby-boomers" part à la retraite, elle est remplacée, aux positions de pouvoir, par la mienne. Et ma génération, bien entendu, dresse l'inventaire.
Or cet inventaire n'est pas très bon -du moins, tel qu'il est vu par ma génération, mais encore une fois, il se trouve que c'est elle qui le dresse. Il n'est pas très bon parce qu'il prend en compte l'ensemble des conséquences du "monde" qu'a créé la génération "soixante-huitarde".

On commence beaucoup à le dire, cette génération fut bénie des dieux et elle a sans doute bénéficié d'une situation socio-historique unique. Venant juste après la 2nde GM -ce traumatisme- elle est la seule génération dans l'histoire, par exemple. d'un pays comme la France, à n'avoir pas connu de guerre.  Et du reste, elle a accueilli avec bienveillance la volonté américaine de s'occuper de ce genre de problèmes.
Et sans connaître elle-même la guerre, elle a eu la chance d'arriver précisément dans la période de reconstruction conséquente à la guerre précédente, cette période qu'on appelle les "Trente Glorieuses", et qui correspond en effet à une fenêtre de croissance économique sans précédent dans l'histoire -et sans équivalent depuis. Taux d'intérêt très bas, reconstruction, donc opportunités extraordinaires dans l'immobilier ; généralisation à usage civil des technologies développées durant la guerre, pour le transport, pour l'énergie (le nucléaire !), informatisation et robotisation ; croissance, hausse des revenus, confort domestique -le bonheur !

De plus, cette génération s'est très tôt émancipée de son ainée. Il faut dire que celle-ci s'était fourvoyée, et la génération des enfants de la guerre n'a attendu que d'avoir la vingtaine pour envoyer paître ses salauds de parents, coupables d'avoir fricoté avec l'occupant et d'avoir dénoncé des Juifs. Non seulement elle s'est effectivement libérée de l'autorité de la génération précédente -et cette libération a sans doute son importance dans, disons, sa formation intellectuelle- mais forte de ce primat moral, elle a aussi conçu et a réellement prétendu fonder un nouveau monde.

L'hypothèse la plus forte, la plus fondamentale de Max Weber, est celle de la légitimité : Les individus ne se contentent jamais d'être heureux, riches, bien-portants, possédants, etc. (lorsqu'ils le sont), ils veulent encore croire, ils ont besoin de croire, qu'ils le méritent. Une hypothèse qui rejoint d'ailleurs ce que les psychologues décrivent aujourd'hui comme la "norme d'internalité" : Nous expliquons très rarement nos succès par le hasard ou la chance (ou bien, si vous le faites, méfiez-vous, c'est un symptôme de dépression), nous avons tendance à les attribuer à notre travail, à nos qualités personnelles, à notre valeur intrinsèque. La génération des baby-boomers s'est convaincue que sa réussite exceptionnelle, factuelle, en termes économiques, technologiques, et politiques -puisqu'à l'apogée de sa puissance, elle a même cru pouvoir étendre son monde à l'ensemble du globe- était conséquente de la supériorité de ses valeurs : C'est la liberté, bien sûr, qui assure la stabilité politique des sociétés démocratiques ; c'est la liberté qui garantit la compétition et conditionne l'innovation technologique et la croissance économique ; c'est la liberté toujours qui assure le bien-être et la possibilité laissée à chaque individu de réaliser pleinement les promesses de son potentiel...
La liberté !
Il faut dire que l'histoire a pu sembler donner raison à cette dogmatique, lorsque le système soviétique s'est effondré : De l'égalité oui, sans doute, mais pas assez de liberté ! Du coup, la génération des baby-boomers a prétendu libérer l'ensemble des peuples du monde qui étaient auparavant sous la coupe de dictateurs plus ou moins liés au Grand Frère russe, en Asie, en Europe de l'Est, en Amérique Latine, et encore tout récemment au Moyen-Orient. Partie d'une barricade parisienne de 1848, la Liberté se répandait progressivement sur le monde. C'était beau -et éminemment moral.

Et puis cette génération se retire peu à peu des affaires, prenant une retraite somme toute bien mérité après de tels accomplissements, et laisse la place à la suivante -la mienne. Qui regarde donc l'existant avec un autre œil, un œil "neuf" et -c'est peu de le dire- circonspect. C'est que ma génération voit bien, certes, tout ce que les baby-boomers ont réalisé et les conséquences positives de cette formidable épopée : Les progrès technologiques, la médecine (ce sont toujours ceux qu'on cite en premier), internet (c'est le second), la maitrise de l'inflation, la paix en Europe, l'institutionnalisation du respect des minorités, etc. Mais elle voit aussi les conséquences négatives, auxquelles les baby-boomers, tout entiers convaincus de la profonde moralité de leur entreprise, ont sans doute été un peu aveugles : L'industrialisation du vivant, la raréfaction des ressources naturelles, la transformation de l'écosystème, la prolifération du nucléaire, l'émergence de nouvelles puissances économico-féodales, le poids de la dette publique, l'obsolescence structurelle du travail, et la plus tragique sans doute de toutes, parce que la plus paradoxale, la plus fondamentale, et celle qui risque d'entrainer les conséquences les plus monstrueuses, la croissance exponentielle de la population humaine.

Ce monde que vous avez conçu comme un Paradis et que vous avez habité comme les pionniers élus de la Providence, amis baby-boomers, risque bien d'être notre Enfer. Ou bien celui de la génération qui suit et vis-à-vis de laquelle nous nous sentons, nous, une responsabilité que vous n'aviez manifestement pas. Et dans votre quête perpétuelle de l'auto-légitimation, vous continuez, du reste, à professer les mêmes mots d'ordre, les mêmes valeurs que celles qui vous ont amené là où nous sommes et où, surtout, ils seront. Car le véritable problème là-dedans, c'est que votre héritage n'est pas de ceux qu'on peut refuser en secouant la tête, comme vous avez refusé celui de vos pères. Au point où nous en sommes, inverser le cours de l'histoire que vous avez écrite à l'attention des générations futures représentera d'immenses sacrifices, un rétropédalage comme il est difficile d'imaginer aujourd'hui l'ampleur -si même il est encore seulement possible.

Mais bah, vous, vous regarderez tout cela à la TV, à l'heure de l'apéro, un petit pastis à la main, en grommelant dans votre auguste barbe blanche contre l'irrationalité de la jeunesse et son incapacité manifeste à assumer la liberté et la contingence de l'existence.

_________________
...que vont charmant masques et bergamasques...

Bergame
Persona
Persona

Nombre de messages : 2312
Date d'inscription : 03/09/2007

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le procès

Message par baptiste le Lun 13 Juin 2016 - 7:11

Juste une question: la génération qui suit aurait été à la place de celle qui précède en aurait-il été différemment?

baptiste
Digressi(f/ve)
Digressi(f/ve)

Nombre de messages : 1136
Date d'inscription : 21/03/2012

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le procès

Message par kercoz le Lun 13 Juin 2016 - 8:39

Bergame a écrit:
Et sans connaître elle-même la guerre, elle a eu la chance d'arriver précisément dans la période de reconstruction conséquente à la guerre précédente, cette période qu'on appelle les "Trente Glorieuses", et qui correspond en effet à une fenêtre de croissance économique sans précédent dans l'histoire -et sans équivalent depuis. Taux d'intérêt très bas, reconstruction, donc opportunités extraordinaires dans l'immobilier ; généralisation à usage civil des technologies développées durant la guerre, pour le transport, pour l'énergie (le nucléaire !), informatisation et robotisation ; croissance, hausse des revenus, confort domestique -le bonheur !

De plus, cette génération s'est très tôt émancipée de son ainée. Il faut dire que celle-ci s'était fourvoyée, et la génération des enfants de la guerre n'a attendu que d'avoir la vingtaine pour envoyer paître ses salauds de parents, coupables d'avoir fricoté avec l'occupant et d'avoir dénoncé des Juifs. Non seulement elle s'est effectivement libérée de l'autorité de la génération précédente -et cette libération a sans doute son importance dans, disons, sa formation intellectuelle- mais forte de ce primat moral, elle a aussi conçu et a réellement prétendu fonder un nouveau monde.
............

Et puis cette génération se retire peu à peu des affaires, prenant une retraite somme toute bien mérité après de tels accomplissements, et laisse la place à la suivante -la mienne. Qui regarde donc l'existant avec un autre œil, un œil "neuf" et -c'est peu de le dire- circonspect.

Ton analyse est intéressante et le sujet trop souvent évité.
Pourtant il faudrait y ajouter d'autres "variables d' entrée" pour porter un jugement si un jugement est nécessaire comme le précise Baptiste.
-Comme tu le mentionnes le système ou processus dynamique passer d' in modèle "ouvert" à un modèle "fermé" .
- Comme l' a justement indiqué Piketty ( et ça n' a pas été assez repris, on passe aussi dans une génération d' héritiers ......de 3 ou 4 enfants on passe à moins de 2....ce qui fait que même un héritage ( ou une aide "du vivant") d'une famille moyen-pauvre devient suffisant (+ aides diverses), pour démotiver la nécessité de bosser et surtout de couper le cordon.
Il faut prendre la remarque de Piketty au niveau statistique, au niveau de l' impact générationnel.
- La baisse notable du cout des biens nécessires et superflux ( j' ai acheté ma premiere bagnole à 25 ans et apres 3 ans de boulot en mob tout en étant ingénieur, expert et assimilé cadre....le "fromage" de répartition des  salaires avait des % inversés pour le logement et la nourriture ( 8 et 40% à la louche).
- taux de l'ascenceur social pour "ceux d' en bas" est passé de 20% à 2% ( à la louche)...

_________________
TIMSHEL

kercoz
Digressi(f/ve)
Digressi(f/ve)

Nombre de messages : 1844
Date d'inscription : 01/07/2014

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le procès

Message par baptiste le Mar 14 Juin 2016 - 7:18

Et puis me vient une autre question, si la génération qui t'a précédé Bergame peut plaider le bénéfice du doute. Arlette en commentant la campagne présidentielle de Dumont a dit récemment "je le prenais pour un fou, je voulais que chaque ouvrier puisse avoir sa voiture..." mais que dire de la génération actuelle qui arrive au pouvoir, la tienne donc, elle elle sait, elle ne peut plus dire je ne savais pas et pourtant elle continue à prôner les mêmes solutions.

baptiste
Digressi(f/ve)
Digressi(f/ve)

Nombre de messages : 1136
Date d'inscription : 21/03/2012

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le procès

Message par hks le Mar 14 Juin 2016 - 12:07

bergame a écrit:Mais elle voit aussi les conséquences négatives, auxquelles les baby-boomers, tout entiers convaincus de la profonde moralité de leur entreprise,etc etc  
 

dis donc kercoz tu te reconnais toi dans la description du baby boomer tout entier convaincu

remarque bien que ta réponse technocratique par les variables numériques me bassine tout autant.

Je vais comme me le conseillait un ami (d'ici) retourner lire de vrais livres.

hks
Digressi(f/ve)
Digressi(f/ve)

Nombre de messages : 4350
Localisation : souvent ailleurs
Date d'inscription : 04/10/2007

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le procès

Message par Bergame le Mar 14 Juin 2016 - 12:52

Peut-être, peut-être pas, baptiste. Ce texte vient à la suite de nombreuses discussions par exemple ici-même -je cherche à formaliser ce que je vois et entends : Il est possible -mais c'est une hypothèse- que soit en train de s'opérer un changement de, quoi ? mentalité, culture, valeurs ? Ce qui était "politiquement correct" il y a 20 ans, ce qu'on appelait (de manière hyperbolique, bien sûr, puisqu'il y a toujours majorité et minorité) la "pensée unique" me semble aujourd'hui fortement remis en cause. Moi, cette "pensée unique", je l'appelle le libéralisme et j'essaie de la définir (enfin, je ne suis pas le seul, bien sûr).

Alors la critique, le procès, prend plusieurs formes. Par exemple, si l'on s'en tient au plan politique, il me semble (encore une fois) que Corbyn en UK, Sanders et Trump aux Etats-Unis, Podemos en Espagne, M5S en Italie, le FN en France, en sont des signes. Et je choisis bien évidemment en conscience des exemples de "droite" et de "gauche" parce que je pense que le problème n'est plus là. Le problème est que les classes moyennes sont de plus en plus en train de chercher comment casser le système, et qu'elles se tournent vers qui leur semble dans la volonté et l'éventuelle capacité de le faire. Peu importe si c'est encore présenté de "droite" ou de "gauche" par, précisément, les élites institutionnelles, qui comptent (toujours) sur cette partition de plus en plus artificielle, et vécue comme telle par la génération des quadras et, plus encore, celle des vingtenaires.

Nos discussions ici même le montrent suffisamment, je trouve : Le seul, le dernier argument des défenseurs du système mis en place par la génération précédente, c'est : "Bouh, c'est pas beau ce que tu dis, c'est un discours d'extrême-droite." Et que je te renvoie au nazisme, et que je te balance la Shoah, etc. Normal : Ce sont les fondements du primat moral que s'est octroyé la génération des baby-boomers, elle continue de le dérouler. Et le plus fort est que, même si vous êtes d'extrême-gauche, on arrive quand même à vous classer à l'extrême-droite : Les concepts de "totalitarisme" et de "rouge-brun" sont là pour ca !

A mon sens, l'apogée de ce discours (je l'ai déjà dit, mais disons que je tente là une synthèse), c'est la réaction au référendum pour le Traité Constitutionnel. Devant le résultat, les élites ont répliqué : "Ouais, mais il y a un "non" d'extrême-gauche et un "non" d'extrême-droite, ca fait pas un "non" complet."    Ce jour-là, c'est la voix politique des classes moyennes qui a été bafouée, c'est-à-dire rien moins que la démocratie. Peut-être que je me trompe, mais je pense que ma génération naît politiquement à ce moment-là -qui vient juste après d'ailleurs, le déclenchement de la guerre en Irak.

Bon, ce n'est qu'une hypothèse, bien sûr. Mais l'hypothèse, c'est bien que quelque chose est en train de changer au niveau culturel, axiologique, avec la montée en puissance de la génération des quadras, oui. Qu'est-ce qu'il en sortira, et sera-ce meilleur ou pire, ca, ce serait l'objet d'encore d'autres hypothèses.

_________________
...que vont charmant masques et bergamasques...

Bergame
Persona
Persona

Nombre de messages : 2312
Date d'inscription : 03/09/2007

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le procès

Message par kercoz le Mar 14 Juin 2016 - 13:26

hks a écrit:
bergame a écrit:Mais elle voit aussi les conséquences négatives, auxquelles les baby-boomers, tout entiers convaincus de la profonde moralité de leur entreprise,etc etc  
 

dis donc kercoz tu te reconnais toi dans la description du baby boomer tout entier convaincu

remarque bien que ta réponse technocratique par les variables numériques me bassine tout autant.

Je vais comme me le conseillait un ami (d'ici) retourner lire de vrais livres.

Lis donc G. Batailles , notamment " la part du diable", titre qui me fait toujours penser à la "part des anges".
Un peu fumeux le georges, mais je crois avoir compris qu' un système vivant ne peut vivre qu'en tant que système "Ouvert", avec du gâchis, qu' une société qui est obligée de faire ses propres poubelles n'a aucune chance de survie etc ..

Pour le Baby boomer, je ne me reconnais pas trop, même si l' analyse est assez juste pour le pékin moyen.
Le ressenti global était certainement plus euphorique qu'acruellement ..(!)...du simple fait que le système était ouvert pour la majorité des gens ( 20% de chances d' améliorer ton statu social, progres techno en cours, qui est plus motivant tant que tu espères- rêve ta voiture ou ta TV ...personnellement je lisais déja Dumont , La "gueule Ouverte" et même André Voisin....et donc déplorait l' absence de lucidité sur le leurre de l' abondance de l' énergie gratos et des mat premières.
Je me reconnais plus ,( même si je n'ai pas eu le courage de faire totalement la démarche), dans ceux qui, malgré la facilité de bénéficier de l' abondance relative, ont choisit de renoncer au consumérisme pour une vie simple , certe utopique, mais qui dénotait qd même une prise de conscience de "vraies valeurs" suffisantes et faciles d' accès.

Par contre, pour les petits jeunes ...Jesus ne pourra plus dire : """Pardonne les , mon Père, ils ne savent pas ce qu'ils font """...c'est plus dur à assumer.
Une série sur Bataille cette semaine sur " les nouveaux chemins" Celle d'aujourd'hui m' a semblé tres bonne pour ce que j'en ai entendu ...du fait de l' horaire de la manif sur Bx.

_________________
TIMSHEL

kercoz
Digressi(f/ve)
Digressi(f/ve)

Nombre de messages : 1844
Date d'inscription : 01/07/2014

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le procès

Message par hks le Mar 14 Juin 2016 - 14:37

Lis donc G. Batailles , notamment " la part du diable"
"la part maudite" non?  mais bref
 oui bon...  je l'aimais bien celui là.

J'ai raté complètement Castoriadis mais il va falloir que je me rattrape.

Sinon bof j'ai la vague impression d'avoir comme pissé dans un violon depuis que j'écris ici.
 J'ai attendu longtemps avant de m'y décider .( j'avais des doutes).

hks
Digressi(f/ve)
Digressi(f/ve)

Nombre de messages : 4350
Localisation : souvent ailleurs
Date d'inscription : 04/10/2007

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le procès

Message par kercoz le Mar 14 Juin 2016 - 15:42

hks a écrit:
Lis donc G. Batailles , notamment " la part du diable"
"la part maudite" non?  mais bref
 oui bon...  je l'aimais bien celui là.

J'ai raté complètement Castoriadis mais il va falloir que je me rattrape.

Sinon bof j'ai la vague impression d'avoir comme pissé dans un violon depuis que j'écris ici.

Maudite , bien sur la part...je bugue à chaque fois...

Castoriadis , y' a une plongée à y faire, des grosses prises mais tres peu de visibilité! ...du moins pour moi.
Pissé dans un violon ? Je ne crois pas ..."""Les plus désespérés sont les champs les plus beaux""".
Ce qui ressort des échanges c'est une incroyable diversité des modes de pensée, des cheminements d' idées.....L' exponentielle des variétés d' idées ne doit pas être étrangère aux problèmes sémantiques, linguistiques ( ou le contraire).
Si dans une phrase, tu as disons 3 mots-concept auxquels on peut donner ( à chacun) 3 signifiants différents ou simplement variants, ça te fait déja 9 variétés de sens à la phrase....

_________________
TIMSHEL

kercoz
Digressi(f/ve)
Digressi(f/ve)

Nombre de messages : 1844
Date d'inscription : 01/07/2014

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le procès

Message par Bergame le Mer 15 Juin 2016 - 13:14

Si on continue sur la même idée, je suis en train de penser qu'il y a même quelque chose de profondément cynique dans l'attitude des baby-boomers. C'est que cette génération a effectivement profité de la croissance des décennies 50-70, elle a bien vécu (en ayant en tête les difficultés de la génération précédente, qui avait connu la tragédie quotidienne de la guerre), en a bien profité. Mais ensuite, la situation économique s'est retournée : Crise de 1973, irruption du chômage de masse, fin de la parenthèse enchantée. Or, les baby-boomers ont voulu continuer, bien entendu, sur le même train de vie. Seulement, les rentrées fiscales allant en diminuant, ils ont dû financer les équilibres budgétaires par la dette. Dette qui s'est chroniquement accrue au fil des décennies, jusqu'à rendre la situation de moins en moins tenable. Et devoir adopter des mesures de restriction budgétaires (des "réformes") qui impactent les dépenses sociales, dont, au premier chef, les programmes de retraite.

Ce qui est impressionnant, quand on regarde les choses à ce niveau très macro, c'est que les conditions de la retraite professionnelle sont remises en cause précisément au moment où la génération des baby-boomers y part, à la retraite ! Autrement dit, tout se passe comme si elle avait repoussé les échéances le plus tard possible, du moins jusqu'au moment où elle allait pouvoir profiter des conditions les plus favorables, et maintenant qu'elle est effectivement en train d'en profiter, elle ferme les portes derrière elles : "Il faut comprendre que nous ne pouvons plus continuer comme avant, il faut que les Français comprennent que les réformes structurelles sont nécessaires, bla-bla bla-bla..."

Et peut-être que le plus extraordinaire, c'est ce que ce discours recèle d'hypocrisie quant à la solidarité inter-générationnelle. Parce que, le principe de la retraite, c'est que ce sont les nouvelles générations qui financent la retraite des générations précédentes. Voila donc que cette génération de baby-boomers, si foncièrement individualiste, elle qui a érigé la liberté individuelle au rang de valeur fondamentale, qui roule des yeux quand on lui parle de "nation", de "peuple", de "famille", voila qu'elle demande aux générations suivantes de financer ses vieux jours, alors même qu'elle sait pertinemment que lorsque celles-ci arriveront à l'âge de la retraite à leur tour, elles n'auront certainement pas accès aux mêmes avantages -si même, elles y ont encore droit, à la retraite.

Non seulement, elle aura donc pu amasser durant son parcours professionnel, profiter des conditions exceptionnelles de son époque pour se constituer un petit patrimoine qui lui donne déjà aujourd'hui le pouvoir économique, mais de surcroit, elle fait financer sa retraite par ceux-là même à qui, première arrivée, elle s'est arrangée pour ne laisser que les miettes.

Ah on se fait bien bouffer, quand on y pense !   albino


_________________
...que vont charmant masques et bergamasques...

Bergame
Persona
Persona

Nombre de messages : 2312
Date d'inscription : 03/09/2007

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum