Note sur le rapport personnage/objet chez Beckett.

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Message par lekhan le Jeu 18 Oct 2007 - 0:23

L’objet comme processus d’existence.

Note sur le personnage et son rapport à l’objet dans l’œuvre de S.Beckett.

L’objet comme processus d’existence.

S’il est un élément indispensable à l’existence des personnages de Beckett, c’est l’objet. Ainsi on retrouvera dans tous ses récits, la trace d’un rapport particulier avec tel ou tel objet (dans son sens large).
Deleuze, dans L’Epuisé s’appuie sur la nécessité d’une combinatoire. L’être réduit à la déclamation, à la ratiocination par et pour (dans ces deux sens) l’objet.
On peut citer des personnages comme Malone inexistant sans stylo, et même plus sans l’idée de son autre crayon enfoui dans le lit. Il passe tout un moment à réfléchir sur la possibilité de la présence ou non d’un crayon qui lui permettrait l’achèvement, ou l’issue, autre chose, dans ce lit.
Ce lit signifiant. Lit espace, le lit comme contour, limite.
L’objet prend sens, donne sens au personnage, sens à son questionnement, à son exposition, son explication, sa justification.
Le personnage est suspendu à l’objet. L’objet signifie alors l’existence, ou du moins l’existence effective du personnage.1
Dans En Attendant Godot, par exemple, Lucky n’existera aux yeux de tous qu’après sa prise de parole déclenchée par l’épisode du chapeau. On dépose sur la tête de Lucky le chapeau, et Lucky jusque-là silencieux, parle, s’engouffre dans un soliloque, dans une psalmodie, une imprécation, un discours indéfini mais signifiant l’existence effective du personnage.
Dans un autre registre, "Je" le personnage de Comment c’est n’existe et ne survit que grâce à son sac à dos. Sans son sac il n’est rien, et au bout de son sac, il ne sera plus. Son sac lui permet l’issue, la ligne de fuite, par le biais de l’abandon qu’il induit des contingences, son sac lui permet nourriture et sommeil.2
L’objet au-delà de son prime abord matériel, peut aussi revêtir une apparence plus abstraite. Ainsi il peut s’agir de la boue qui recouvre Molloy, ou qui se mêle à Pim. Mais également celle qui recouvre le personnage de Malone échoué comme Molloy dans un fossé. Boue qui semble pour un laps de temps convenir à son Dasein, son être-là.
Ainsi si l’existence est signifiée, ce n’est que par ou pour un objet. Cette remarque est indissociable de l’importance que revêt l’espace dans l’errance des personnages de Beckett.
Un « objet » plus abstrait peut alors prendre la forme d’un espace à combler. Si l’on s’attarde sur l’Acte sans paroles, le personnage est non seulement existant par la présence de la carafe qu’il essaie d’attraper, mais également par son exploration de l’espace pour parvenir à cette même carafe. L’espace semble alors un objet abstrait, un objet signifiant intégré au réflexif, ou du moins à la conscience de l’acte que le personnage entreprend.
Concevoir l’espace comme un objet peut paraître assez paradoxale tant les deux notions sont différentes. Néanmoins on pourra remarquer chez Beckett que l’espace, et le déplacement dans l’espace revêtent une forme quasi matérielle.
Ainsi si l’expulsé est réellement éjecté, renvoyé de l’espace qui le signifiait, il n’en est pas moins expulsé de sa matérialité, de son objet. L’espace indéfini, flou, inhérent à l’écriture et à la vie des personnages de Beckett, est un objet par lequel on est défini. D’ailleurs souvent l’espace est défini par son aspect matériel.
On peut penser à l’arbre dans En Attendant Godot, ou plus nettement aux poubelles dans Fin de Partie.
L’exemple le plus frappant est ainsi celui de Fin de Partie, où l’espace est à la foi l’espace primaire, le dernier cercle du personnage, mais également l’objet qui le signifie, qui le rend existant.
Nell et Nagg sont ainsi définis comme espace (si mince soit-il), comme objets et comme personnages. Sans que leurs existences en soi autrement possible.
On pourra alors s’interroger sur le rôle du cercle spatial dans la trilogie M, M, I*, ou l’espace (alors objet ?) se réduit en cercle de plus en plus étroit. Il se réduit jusqu’à n’être qu’un corps, qu’une conscience qui parle sans raison, ni contours.
Enfin pour en terminer sur cette note introductive au rapport entre objet, existence et personnage, il semblait évident de devoir se référer à la récurrence d’objets comme le chapeau (chapeau à parole ?), du parapluie, du contenant, ou plus abstraitement la boue, dans l’œuvre de Beckett. L’objet est alors associable à une situation d’énonciation récurrente, ou plus exactement à une situation d’existence récurrente. On peut à cet effet reprendre l’exemple entre la concordance des situations de Molloy et Sapo étendus sur le ventre dans la boue d’un fossé, et je le personnage de Comment c'est continuellement admis à cette situation de vide, de rien.

Modestement, cette note a pour but d’introduire, une « étude » sur l’œuvre de Beckett et les ressorts de son écriture, elle n’est pas figée, et l’intuition qui la compose pourra être avalidé, ou a contrario validé, par la poursuite de l’étude des textes et des récurrences intertextuelles dans l’œuvre de Samuel Beckett.

*Molloy, Malone meurt, L'innommable


1 Ainsi, avant cette intervention Lucky est considéré comme un animal, il est tenu par une corde, Pozzo le tiens par une corde, d’ailleurs Pozzo pour déclencher le discours, la parole de Lucky, tire d’abord sur la corde puis lui cri : « Pense porc ! Là ! Pense ! », « Hue ! Lucky se tourne vers le public », ainsi animalisé jusqu’à son intervention, Lucky prend l’apparence d’un homme par la parole. La fin de son intervention, souligne aussi la fin de son statut d’homme puisque Pozzo s’empresse de l’orienter, de le diriger, et le traite encore de « porc ».
2 In Comment c’est page 16 : « Dans le sac donc jusqu’à présent les boîtes l’ouvre-boîte la corde mais le désir d’autre chose on ne semble pas me l’avoir donné cette fois l’image d’autres choses là avec moi dans la boue le noir dans le sac à ma portée non on ne semble pas avoir mis ça dans ma vie cette fois »
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