L'homme, un projet ?

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Re: L'homme, un projet ?

Message par neopilina le Dim 6 Mar 2016 - 15:49

(
euthyphron a écrit:
neopilina a écrit:( Le passage du garçon de café n'est pas de ceux que j'ai marqué par un post-it, comprendre : je ne l'ai pas aussi vite que je le voudrais, à l'instant, sous la main, mais sauf erreur de ma part donc, n'y est-il pas question de la néantisation sartrienne. J'ai " L'être et le néant " chez " tel ", si kelkun peut me donner la page, je rafraichirais ma mémoire. )
Comme personne n'a l'air de vouloir faire le boulot je m'y suis collé, et j'ai fini par trouver.
C'est P.94 de l'édition TEL. Première partie, ch.II, §II : Les conduites de mauvaise foi.

Merci beaucoup euthyphron,    . Je vais relire, et cette fois je le post-ite !     .

)

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Re: L'homme, un projet ?

Message par Bergame le Sam 19 Mar 2016 - 16:59

J'avais tort, en fait c'est très intéressant, cette comparaison phénoménologie-psychanalyse, et au-delà peut-être philosophie-psychologie. Depuis, plusieurs idées me sont venues, et comme je prépare en ce moment un cours de psycho sociale, je suis amené à y réfléchir pas mal.

Par exemple, je me rends compte que, disons, le geste de la psychanalyse et celui de la phénoménologie sont très différents, et même opposés. En effet, la phénoménologie, qui envisage donc l'homme comme un projet, considère celui-ci dans un rapport avec son futur, avec ce qu'il pourrait advenir, devenir. En revanche, la psychanalyse envisage l'homme du présent à la lumière de son passé.
Pourquoi ? Parce que la psychanalyse a une visée thérapeutique. Il s'agit de comprendre les causes et le cheminement menant à une situation présente identifiée comme pathologique. En cela, effectivement, on peut dire que la psychanalyse est déterministe.
Par comparaison, la phénoménologie ne cherche donc pas à comprendre ce qui est, ce qui se passe. Elle pose ce qui est -ou du moins ce qui existe-, elle le justifie à l'aide de "constats" et de déductions à partir de ces "constate", et montre ce qui devrait ou pourrait advenir.
Mais je ne prends là conscience que de ce qui apparaît peut-être évident à d'autres : La visée de la philosophie est moins de comprendre ce que vivent effectivement les hommes et pourquoi, que d'apprendre et d'enseigner comment on doit vivre.
Voila, je crois, exprimé en quelques mots ce que je ressens de cette relation si particulière que la philosophie entretient avec la normativité, et que je traduis comme une confusion entre juger et comprendre. Et du même coup, je... comprends pourquoi cette distinction, ainsi que la dichotomie être/devoir-être, ont tellement préoccupé les néo-kantiens.

Un autre élément qui m'a régulièrement frappé, durant mes échanges ici-même, c'est la primauté que la philosophie accorde à la raison ou la rationalité sur les émotions et affects. En continuant à avancer à la serpe, je dirais maintenant que c'est assez compréhensible si on perçoit les implications de ce qui précède. Si la visée de la philosophie est moins de comprendre ce que les hommes vivent, ressentent effectivement, que d'enseigner la "vie bonne", celle que, précisément on doit viser, alors tout ce qui est de l'ordre des affects, des déterminations internes et qui menacent toujours de détourner du telos, doivent être maitrisées, contrôlées, c'est-à-dire soumises à l'empire de la raison.

En continuant toujours plus loin sur ce chemin -voyez comme il est verdoyant- je pense qu'on peut même saisir l'importance, pour la philosophie (occidentale, du reste) de l'unicité du sujet. En effet, une fois maitrisé -si cela est possible- tout ce qui "déconcentre", tout ce qui "disperse", tous ces dérangements internes et externes, alors ce qui reste est à la fois un, et de l'ordre du pensé.
Je ne reviendrai pas sur la critique qu'on peut réaliser du cogito à la lumière des sciences cognitives, qui ont pour caractéristique de réviser cette antique dichotomie pensée/affects, raison/passions. Mais en revanche, et pour coller au sujet initial, je me suis également rendu compte que cette conception de l'homme coïncidait précisément avec ce que l'Entreprise attend de l'individu.

En effet, l'Entreprise, et singulièrement l'Entreprise évoluant dans ce qu'on appelle l'"économie du savoir", est d'abord intéressée par disons la "matière grise" de l'individu : Ses connaissances, ses compétences, sa faculté d'analyse, de raisonnement, etc. bref, l'ensemble des capacités cognitives et opératoires nécessaires à l'accomplissement de sa fonction. En revanche, il est prié autant que possible de laisser tout ce qui est de l'ordre de l'affect, de l'émotion, au vestiaire.
Et c'est en cela, peut-être, qu'on peut parler d'une "déperdition de soi", comme je le proposais dans le premier post : Cette expérience que font beaucoup de gens aujourd'hui, dans le monde professionnel, de s'être perdus en route, de s'être éloignés d'eux-mêmes. C'est que les organisations envisagent fondamentalement les individus comme des êtres pensants et agissants, mais pas comme des êtres ressentants -or, les être humains, les vrais, les réels, ressentent, expérimentent des affects et des émotions. De là, ce qu'on peut appeler, avec Eugène Enriquez, un syndrome de morcellement du sujet au travail.

Et continuons encore plus loin. Dans le premier post, je demandais : Si l'homme est un projet, de quel projet s'agit-il ? Un projet vers quoi ?
J'en viens maintenant à ce qui doit être le fondement d'une bonne partie de mes questionnements : Il me semble qu'il y a, sur cette question précise, un immense impensé. On peut éventuellement s'en rendre compte de la manière suivante :
A priori, la réponse à la question précédente devrait tourner autour de : Le bonheur, c'est-à-dire (au moins partiellement) la liberté. Je laisse les professionnels de la profession philosophique affiner s'ils le souhaitent, mais on devrait nager dans ces eaux-là.
Or, cette liberté étant donc toujours à conquérir, non seulement sur les déterminations externes mais aussi sur les déterminations internes de l'homme, sur les affects, sur les émotions, etc. alors l'Homme authentique, l'Homme arrivé à la plénitude de son projet ressemble à un être raisonnable, rationnel, mais dénué d'affects. Une pure intelligence, dépourvue d'émotions. Quelque chose comme un ordinateur ?

Ce qui est extraordinaire là-dedans, c'est qu'il y a effectivement une traduction économique de ce raisonnement. A -t-il échappé à quelqu'un que le trend général de l'économie capitaliste tend, à mesure que progresse l'intelligence artificielle, à substituer des ordinateurs et des robots aux hommes ? Que ce qu'on appelle les "gains de productivité" consistent à réduire la masse salariale, principal poste de coûts, et investir, par compensation, dans les systèmes d'information et les réseaux ?

C'est la même représentation anthropologique qui est véhiculée par la tradition philosophique occidentale, la tradition "humaniste", et qui prévaut dans l'économie capitaliste. La même. Voila, peut-être, pourquoi le capitalisme nait et se développe d'abord en Occident. Et pourquoi il est vain de critiquer le capitalisme à partir de la tradition "humaniste" de la philosophie occidentale.

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Re: L'homme, un projet ?

Message par neopilina le Dim 20 Mar 2016 - 17:47

Bergame a écrit:Pourquoi ? Parce que la psychanalyse a une visée thérapeutique. Il s'agit de comprendre les causes et le cheminement menant à une situation présente identifiée comme pathologique. En cela, effectivement, on peut dire que la psychanalyse est déterministe.

C'est moi qui souligne. C'est vrai qu'actuellement on fait appelle à la psychiatrie ( La psychiatrie intègre ce qu'est devenue la psychanalyse devient son avènement. ) quand ça va manifestement mal, que c'est invalidant, très problématique pour soi et/ou la société, quand il y a souffrance. Mais la " normalité " est affaire de conventions sociales, d'état psychique, etc. Mon propos c'est que la démarche introspectrice quant à Soi, l'ontogenèse, concerne absolument tout le monde. Je remplacerais donc " thérapeutique " par " édifiante ", la connaissance de Soi, et " pathologique " par " étant ce que je suis a priori, pourquoi, comment, etc. ".

Bergame a écrit:Or, cette liberté étant donc toujours à conquérir, non seulement sur les déterminations externes mais aussi sur les déterminations internes de l'homme, sur les affects, sur les émotions, etc. alors l'Homme authentique, l'Homme arrivé à la plénitude de son projet ressemble à un être raisonnable, rationnel, mais dénué d'affects. Une pure intelligence, dépourvue d'émotions. Quelque chose comme un ordinateur ?

 . Il n'est pas question d'éliminer la Monture, la " Matière première ", le " Je ", etc., mais de le connaitre et rectifier les choses là où nécessaire, via la connaissance.

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Re: L'homme, un projet ?

Message par Bergame le Dim 20 Mar 2016 - 18:36

1. De quelle "connaissance" parles-tu ? La connaissance de quoi ?

2. "Rectifier" ? Mais au regard de quoi ? Un modèle ? Un idéal ? Lequel ?

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Re: L'homme, un projet ?

Message par neopilina le Dim 20 Mar 2016 - 19:01

Bergame a écrit:1. De quelle "connaissance" parles-tu ? La connaissance de quoi ?

Celle de Soi suite à Ton ontogenèse, c'est proprement dit Ton Destin, et il s'accomplira si tu ne fais rien. Première démarche.

Bergame a écrit:2. "Rectifier" ? Mais au regard de quoi ? Un modèle ? Un idéal ? Lequel ?

A la lumière d'une quête métaphysique, philosophique. Seconde démarche.
Les deux devant être concomitantes, puisque parfaitement complémentaires. Visant un unique But, l'accomplissement, une plénitude comme tu dis, que je nomme Sagesse. Un Sage est toujours d'une façon ou d'une autre un " Colosse ", certainement pas une coquille vide.

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Re: L'homme, un projet ?

Message par Bergame le Lun 21 Mar 2016 - 19:14

Ah oui, merci de me remettre cela en mémoire, néo. Effectivement, le telos, c'est le Sage. C'est donc les yeux rivés sur ce modèle qu'il s'agit de "rectifier" les affects et les émotions des hommes réels. "Voici ce que l'homme est, et voila ce que nous voudrions qu'il soit" -oui oui, j'avais oublié.

Ah je crois que je n'en peux plus, de toutes ces doctrines qui visent à changer l'homme. Que les philosophes se changent déjà eux-mêmes, qu'ils nous montrent un peu ce que c'est que la sagesse, et on verra si ca nous donne envie. Moi, pour l'instant, je reste avec mes frères dans la Caverne. On a déjà assez à comprendre ce qu'il s'y passe et comment y organiser la vie ensemble.

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Re: L'homme, un projet ?

Message par hks le Mar 22 Mar 2016 - 0:05

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