Foucault, les sciences humaines

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Foucault, les sciences humaines

Message par Bergame le Dim 14 Oct 2007 - 17:38

Comme on a des foucaldiens sur Digression, j'aimerais bien confronter ma compréhension de la position de Foucault sur les sciences humaines avec eux.

Voici comment je la comprends :

D'abord, les sciences humaines (càd précisément psychologie, sociologie, philologie) sont un danger pour les autres sciences et pour la philosophie. Pourquoi ? Parce que leur position épistémologique particulière les conduit à prétendre étudier un homme qui n'existe pas, ou pour mieux dire, un objet "homme" qui n'est jamais qu'un construit du discours moderne (épistémè).
Quelle est cette position ? Et bien elles sont en quelque sorte à la frontière des autres sciences : Il y a constamment pour ces dernières le risque de tomber dans le "psychologisme" ou le "sociologisme", dont elles se défendent d'ailleurs avec tellement de constance.
Les sciences humaines sont donc un danger en ce sens précis que les autres sciences, ainsi que la philosophie, menacent constamment d'y tomber pour peu qu'elles soient mal pensées ou mal articulées.

Mais de quel danger, exactement, parle-t-on ? Et bien, le discours moderne, dit Foucault, s'est constitué sur un double principe :
D'une part, le principe d'une mise à distance / objectivation rationalisatrice qui, concrètement, fait des sciences humaines des auxiliaires théorétiques de l'entreprise de mise sous tutelle institutionnelle. En fait, les sciences humaines seraient des techniques sociales.
D'autre part, un phénomène de réaction -en quelque sorte- à la sollicitation excessive du sujet par ces contraintes structurelles qui conduit à un anthropocentrisme du savoir. Les sciences humaines occupent l'espace de l'autothématisation -nécessairement aporétique- de l'homme qui se constitue en quête perpétuellement inassouvie de savoir vrai. Et cette quête sans fin et même, sans finalité, n'est jamais, après tout, qu'un masque à la constitution des sciences humaines en instruments du Pouvoir.

Pour marquer le contraste, psychanalyse, ethnologie et linguistique sont des "contre-sciences humaines" qui "dissolvent" l'homme -allez, disons l'individu. En adressant l'homme là où il faut et là où il est, elles sont véritablement sciences humaines, càd disciplines critiques.

Bref, pour Foucault, le scientifique (des sciences humaines) est cet homme qui regarde, sans être vu, un objet qui n'est pas à proprement parler un homme, mais disons un simulacre d'homme. Jürgen Habermas fait, me semble-t-il, un rapprochement tout-à-fait parlant à ce sujet : Il montre que le scientifique, pour Foucault, c'est le gardien de prison au centre du panoptique, celui qui scrute à distance les silhouettes encadrées dans leurs minuscules cellules. Il me semble qu'avec cette idée, Habermas a tout dit, en tous cas, c'est tout-à-fait ainsi que je me représente la position de Foucault sur les sciences humaines.

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Re: Foucault, les sciences humaines

Message par Vargas le Lun 15 Oct 2007 - 18:50

Je te suis en général, sauf pour le dernier paragraphe (où c'est surtout Habermas que je ne suis pas).

Sauf qu'il faut préciser que c'est :

- lorsque que les sciences humaines en plein essor au XXème siècle en viennent à reconfigurer le savoir en fonction d'un principe structural nouveau (en tout cas l'énoncé qui en est fourni), c''est-à-dire l'homme,

- et lorsque qu'il s'agit dans ces études des sciences humaines d'étudier en vérité des singularités, des hommes dans des cas singuliers (mouvement de singularisation et de segmentation, donc). Or, ceci relève d'espistémès à saisir, de dsicontinuités faisant que l'idée de "nature humaine" et même d'homme porte à caution. Ce que tu relèves en proposant à la place le terme d'individu.

- lorsque ces études fournissent des techniques (de surveillance, de contrôle, de répression) qui deviennent dispositif une fois qu'elles sont relayée par ce qui n'est plus simplement Etat mais biopouvoir (comme le panoptique de Bentham)

- que Foucault exprime cette dangerosité des sciences humaines.



Mais enfin, c'est, par extension et en généralisant, le cas de toute avancée technique ou sicentifique.
Bachelard (psycholgie de l'esprit scientifique) ou Feyerabeund (théorie anarchiste de la connaissance) en épistémologie me semblent posséder une sensibilité assez proche de lui par certains côtés.

Einstein a affirmé que s'il pouvait refaire sa vie il deviendrait plombier (sous-entendu ne pas aider indirectement à la conception de la bombe atomique).
Ce n'est pas pour autant que les inventeurs, que les domaines scientifiques portent l'entière responsabilité de l'utilisation de leur découverte par le pouvoir.


En revanche, la compréhension de ce qui se joue dans ce schéma est fondamentale. D'autre part, ce sont surtout des sciences humaines institutionnalisée qui sont concernées. Il ne s'agit pas d'afffirmer que les sciences humaines sont corrumpues dans l'oeuf.
Les mots et les choses sont aux sciences humaines ce que Généalogie de la morale de Nietzsche est à la morale : pas une simple condamnation.

Le sociologue, le psychologue peut effectivement être le gardien dans le panoptique par le biais de son domaine. Mais c'est parce qu'il l'aura décidé ou bien parce qu'il ne se sera pas remis en question.
Et bien cette remise en question, Foucault y participe.

Car si tout pouvoir apprend des conflits sociaux afin d'améliorer son système de répression (cf l'avant et l'après mai 68, cf les oeuvres d'herbert Marcuse), le contraire est tout aussi important.
Il y a des savoirs assujettis, des savoirs consciemment au service du pouvoir et des savoirs qui contestent le pouvoir disciplinaire.
Il y a aussi lutte des savoirs entre eux.
Pour Foucault, une société n'avance que parce qu'il y a résistance (CF son cours de 1976, "il faut défendre la société").
C'est son côté héraclitéen, comme le souligne Deleuze.

D'ailleurs si ne ne me trompe pas, Foucault est plus employé dans les sciences humaines qu'en philosophie désormais.

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Re: Foucault, les sciences humaines

Message par Bergame le Mar 16 Oct 2007 - 9:46

Je fais une hypothèse : Tu te fondes essentiellement sur le Foucault récent, dans tes objections, disons pour faire simple le Foucault des années 80. Je me trompe ?

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Re: Foucault, les sciences humaines

Message par Vargas le Mar 16 Oct 2007 - 18:57

Ca a plus tendance à être vrai pour le Foucault de la fin, oui, avec celui qui s'est relu et corrigé.
De même le rapport qui tu relèves est surtout valable, à mon avis, pour celui des mots et des choses.

Mais je ne changerais pas une ligne de ce que j'ai écrit même si ce n'était pas le cas.
(sous-entendu ce n'est pas super déterminant dans ses rapports certes ambigus avec les sciences humaines).

Car il ne s'agit pas tant d'objections que de précisions pour désenfler le mammouth.


(Par exemple - mais là j'ai moins de certitude car ca souligne quelque chose d'important - je ne suis pas convaincu par cette opposition entre sciences humaines et contre-sciences humaines.
Ainsi, pour la philologie c'est justement le Nietzsche philologue-généalogue qui l'a marqué dans son développement philosophique (Nietzsche, la généalogie, l'histoire).

Pour la linguistique, et indirectement pour l'ethnologie, c'est surtout une question de méthode et de connaissances.
Son structuralisme est parti de celui de Saussure pendant que Levi-Strauss l'appliquait en anthropologie.)

En gros, ce qui me dérange dans cette opposition c'est à la fois le fait que les domaines cités ne me semblent pas tous convenir ici, qu'il y a pour certaines des explications autres à ajouter, mais aussi le fait qu'elle fortifie la récit péjoratif d'un Foucault annonçant/précipitant la mort de l'homme (ce dont j'avais parlé ici : Foucault, pouvoir et savoir)

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Re: Foucault, les sciences humaines

Message par Bergame le Mar 16 Oct 2007 - 22:55

Oui, je comprends bien qu'ici, tu te fais l'avocat de Foucault. Alors permets-moi d'être le procureur Wink

Parce que nous sommes donc d'accord que la pensée de Foucault, comme toutes les pensées, a évoluée. Mais puisque tu dis : "je ne retirerais rien, même pour le Foucault des Mots et des Choses", permets-moi de vérifier que ta plaidoirie colle avec le texte.

Elle consiste à dire, si je la comprends bien, que Foucault n'a pas mis toutes les sciences humaines dans le même sac, pour parler prosaïquement -étant entendu qu'on parle néanmoins toujours de psychologie, sociologie et philologie et non des "contre-sciences" sur lesquelles je reviendrai- et que, pour faire simple, il existe, au sein de ces disciplines des "versions" en quelque sorte justifiables à partir du moment où elles sont non-dogmatiques, disons : des théories critiques.
Or, pourquoi je te demandais si tu ne parlais pas surtout du dernier Foucault, parce que j'ai toujours gardé en mémoire une déclaration proférée à la fin de sa vie, ou peu s'en faut, et qui disait à peu près : "Dommage que je n'ai pas connu la Théorie Critique plus tôt, j'aurais sans doute dit moins de conneries" :D -je ne suis même pas sûr que ce ne soit pas les bons termes. Et la Théorie Critique dont il s'agit ici, c'est bien entendu celle de l'Ecole de Francfort, dont Habermas est considéré comme un éminent représentant -de la seconde génération.

C'est le travail de Stéphane Haber que d'avoir mis en lumière ce qui est en jeu dans le débat Foucault-Habermas. Je ne vais pas le reprendre en détails, mais en gros, l'un des points majeurs d'achoppement est précisément celui dont nous discutons ici : Toutes les sciences humaines, ou une version seulement ? Je vais tenter de refaire la démonstration en me fondant sur tes propos.

D'abord, la technique. Implicitement, tu distingues savoir et technique, et tu proposes : Il y a des savoirs (des sciences humaines) qui deviennent technique, et il y en a d'autres qui ne le deviennent pas. C'est une thèse, et tu cites des exemples à l'appui, d'accord. Mais est-ce la thèse de Foucault ? Je ne le crois pas. Car pour Foucault, les sciences humaines ne sont pas un savoir ; elles sont un discours. La différence a l'air infime, elle est d'importance, et c'est l'objet du chap.X,2 des Mots, "La Forme des Sciences Humaines", que de le préciser.

Foucault prend l'exemple de l'économie. L'objet des sciences humaines, dit-il, ce n'est pas l'homme, l'homme physiologique, l'homme qui travaille, qui est pris dans des relations de production, d'échange, etc. Ainsi, l'économie, et à moins qu'elle ne s'intéresse aux représentations, n'est pas une science humaine. Car

    "il n'y aura science de l'homme que si on s'adresse à la manière dont les individus ou les groupes se représentent leurs partenaires, dans la production ou dans l'échange, le mode sur lequel ils éclairent ou ignorent ou masquent ce fonctionnement et la position qu'ils y occupent, la façon dont ils se représentent la société où il a lieu, la manière dont ils se sentent intégrés à elle ou isolés, dépendants, soumis, ou libres."
    Les Mots et les Choses, coll.Tel, p.364 (c'est moi qui souligne)

Selon moi, ce qui est en jeu dans la déclaration d'Einstein que tu cites, c'est le rapport du savoir à la pratique. Or, la question de la technique est très différente, et à mon sens, Foucault en hérite depuis Heidegger : Il s'agit justement de combattre l'opinion courante selon laquelle la technique est simple application de la science. "Simple", car alors, tout cela ne serait plus qu'un problème éthique. Mais il s'agit au contraire de montrer, d'une part que depuis les Temps Modernes, science et technique ne sont pas distinctes et que l'essence de la science, c'est l'essence de la technique, et d'autre part, de faire voir l'autonomisation progressive de la sphère de la technique comme le projet fondamental sous-jacent à la science elle-même, comprise comme attitude à l'égard de l'étant -et non comme instrument ou activité humaine.

Par conséquent, chez Foucault comme chez Heidegger, il n'est pas question de "savoirs", il n'est pas, surtout, question de différentes formes de savoirs qui se confronteraient, s'affronteraient, par exemple les uns institutionalisés, et les autres critiques. Non, il est question d'une attitude à l'égard de l'étant, caractéristique de l'ère moderne, et qui se traduit, chez Foucault, par un discours, qui plonge ses racines dans un épistémè.
Et certes, "là où il y a danger, là aussi croît ce qui sauve". Mais chez Foucault, comme chez Heidegger, le salut n'est pas, de toutes façons, à trouver dans la technique -donc dans la science. Ou bien plutôt, si ! :) Mais alors soyons très précis : dans la tekhnè, et c'est tout le propos de Heidegger de montrer que c'est bien autre chose que la technique.

Maintenant, le pouvoir. Car effectivement, savoir (que, à partir de maintenant, je prends donc comme synonyme de technique, comprenons-nous bien) et pouvoir sont liés, chez Foucault. Retrouve-t-on dans la description du pouvoir que propose Foucault cette forme totalisante qui caractérise la technique ? Clairement. Car Foucault met suffisamment l'accent à l'époque de Surveiller et Punir sur une homologie de toutes les formes de pouvoir. Et là encore, la raison de ma question préalable. Car effectivement, cette idée, il y renoncera par la suite. Mais on est d'accord que sur la période des années 60-70, la position de Foucault ne propose pas les nuances qui sont celles que tu proposes.

Ou plutôt, elle ne les permet pas ; mais elle en propose d'autres. Par exemple, le pouvoir n'est pas un mal en soi, dit souvent Foucault, il est aussi à comprendre comme la force qui circule entre différents champs d'action, qui se définissent et se redéfinissent en permanence les uns par rapport aux autres. Il est donc créateur, et ceux qui le subissent sont à comprendre comme ses coauteurs. C'est ainsi, je pense, que l'on peut retrouver ton idée du conflit. Mais, le pouvoir n'en reste pas moins structurel. Et par conséquent, Foucault ne peut sortir d'une position qui réduit son appréhension du phènomène à la présentation des différentes configurations du pouvoir dans l'histoire, toutes formées sur le modèle du panoptique.

Pour revenir maintenant à Habermas, ici se dessine une première critique, évidente : Certes, "là aussi croit ce qui sauve". Mais il y a quelque chose de l'ordre de l'acceptation chez Foucault. Ce que critique Habermas, c'est justement le manque de projet critique de Foucault, son "positivisme heureux" comme il disait lui-même. Et de fait, comment concevoir un projet critique au sein d'un schéma structuraliste ? Pourquoi /comment résister aux techniques de l'assujetissement puisque le pouvoir est structurel, que tous en sont les auteurs, et qu'il n'existe pas d'Autre ? -d'ailleurs, il me semble qu'une bonne question serait de se demander si Foucault ne prétend pas résoudre ce problème en préférant penser un Ailleurs, mais bref...

Mais surtout, là où tu ne suivais pas Habermas était dans le rapprochement qu'il opérait entre science humaine et panoptique. Pourtant, tu es d'accord qu'il existe un lien clair entre savoir et pouvoir chez Foucault. Or, à partir du moment où la science est technique, que la technique est instrument du pouvoir, et que tout pouvoir est homologue au panoptique, et bien l'illustration de Habermas n'est plus si étonnante.
Mais de plus, elle ne fait qu'introduire sa critique la plus forte. En effet, dit Habermas, le savoir exige un sujet connaissant. Comment dès lors penser un pouvoir structurel, sans volonté de soumettre, un pouvoir sans sujet, qui s'origine dans un savoir, une technique ? Que la technique consiste en un projet de la modernité, d'accord, mais comment pourrait-elle devenir pouvoir sans s'actualiser dans un sujet ? Par conséquent, il ne peut y avoir de pouvoir "structurel", il n'y a que des relations de pouvoir, et un vrai projet critique peut trouver sa place.

D'où : "Si j'avais connu la Théorie Critique plus tôt, j'aurais dit moins de conneries." Wink

Maintenant, pour répondre à ta toute dernière proposition, et bien, je pensais que c'était plutôt l'inverse, à vrai dire : En sociologie, j'ai très peu lu de références à Foucault. Outre quelques articles par-ci par-là -dans certaines revues américaines, en particulier, et encore : Je pense que Derrida y a plus la côte, mais bref- je n'ai jamais lu mention de Foucault que chez Habermas et Giddens (qui discute d'ailleurs lui aussi l'ambiguité de la notion de pouvoir). Je suppose que Bourdieu y a puisé pas mal aussi sur cette même manière de concevoir le pouvoir comme force sociale créatrice.
Quant aux historiens, ils ont longtemps été bluffés par l'érudition des travaux archéologiques, mais j'ai le sentiment qu'ils se sont, depuis, efforcés de s'en remettre.
En revanche, je pensais justement que Foucault était encore très utilisé en philo. C'est pas le cas ?

Zut, à la relecture, je ne suis pas revenu sur les "contre-sciences". Bon, peut-être ultérieurement, pour l'heure, disons que la parole est à la défense Wink

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Re: Foucault, les sciences humaines

Message par Vargas le Mer 17 Oct 2007 - 12:02

La défense acquiesce ^^.

Plus que me faire l'avocat, je voulais jouer le rôle de la voix discordante.
J'aurai agi en sens contraire si quelqu'un avait défendu Foucault becs et ongles .

Je n'irai pas plus en avant dans ce sens étant donné que l'école de Francfort ne m'intéresse pas vraiment. Mais je le garde en tête comme piste supplémentaire pour ce qui est du retour critique qu'il effectue sur son oeuvre.
Le Foucault lecteur d'Heidegger (du second surtout) et de Blanchot(l'extérieur, l'irréductibilité et le rapport entre voir et parler, le dehors), oui en revanche.


Juste un point :

Je n'ai pas proposé une thèse avec des sciences qui offriraient des techniques et d'autres pas.
Au contraire, j'ai posé la question, est-ce la lecture que fait Foucault en répondant plutôt "pas autant que ça, encore faut-il chercher comment dans tel domaine il y a des savoirs traversés par, participant à, rendant énonçables en contestant ou en instituant le pouvoir."
Ce ne pas simplement une lutte entre savoirs-méchants collaborateurs, -gentils résistants et -neutres qui voient rien, mais aussi une lutte au sein de ces savoirs.


Ce qui est dérangeant dans tout ça, c'est qu'au fond on ne sort pas de l'épistémé ; que le pouvoir traversant dominants et dominés, on participe forcément de l'ensemble.
Et de ce constat sur le mode impuissance on risque aussi d'en venir à interpréter un Foucault justifiant le tout, en souhaitant l'expansion, voire justifiant les totalitarismes.

Mais au contraire, une société se développe dans ces résistances, prend conscience d'elle-même dans sa volonté de savoir et d'appréhender les discours, et l'épistémé à venir aussi se construit à partir de l'attitude que la technique tient à l'égard de l'étant.
C'est le gardien du panoptique qui subit la vue qu'il se propose par son dispositif. Pas celui qui l'étudie pour proposer d'autres médiations.


De même, pour l'exemple d'Einstein, le "mais" que j'ai fait suivre n'est-il pas orienté comme ce que tu relèves à ce sujet ?
Il manquait peut-être une distinction :

Qu'une science,(depuis les revolutions industrielles, définitivement technoscience, c'est le terme qui me manquait) quelle qu'elle soit, soit visible par les techniques, par les machines sociales qu'elle développe n'empêche pas que ces "savoirs" soient des discours.
Et qu'ils relèvent d'une généalogie (comme tu le dis, un discours qui plonge ses racines dans un épistémé).
Mais il n'y a effectivement pas une chronologie de la science (qu'on nommait pure) vers la technique (science appliquée).


Sur ce point ses couples énoncé/visibilité, formation discursive/non discursive (que sont justement les institutions, les processus et les pratiques économiques) sont exactement ceux dans lesquels ce joue cette irréductibilité.
Et c'est justement ce Foucault que, pour l'instant, je trouve le plus intéressant.
L'analyse contextuelle prend une dimension toute autre avec lui. On passe du plan à l'espace, du linéaire au transversal.

Mais alors il y a l'essence et la technique.
La technique précède l'essence ?
L'étant obstrue-t-il l'être, pour poursuivre avec Heidegger ?
Clairière chez Heidegger, traversée chez Foucault ?

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Re: Foucault, les sciences humaines

Message par Bergame le Mer 17 Oct 2007 - 14:22

Mmmh. Je crois qu'on bute un peu sur un point. Lorsque tu dis :

Vargas a écrit:
Je n'ai pas proposé une thèse avec des sciences qui offriraient des techniques et d'autres pas.
Au contraire, j'ai posé la question, est-ce la lecture que fait Foucault en répondant plutôt "pas autant que ça, encore faut-il chercher comment dans tel domaine il y a des savoirs traversés par, participant à, rendant énonçables en contestant ou en instituant le pouvoir."
Ce ne pas simplement une lutte entre savoirs-méchants collaborateurs, -gentils résistants et -neutres qui voient rien, mais aussi une lutte au sein de ces savoirs.

je comprends bien que ce n'est pas ce que toi, tu proposes. Mais en revanche, d'après ce que j'en comprends en tous cas, c'est bien ce que Foucault propose ! Et je suis bien d'accord que cela est une position difficilement défendable. Mais il me semble que c'est quand même celle de Foucault. C'est du moins bien ce que Habermas fait ressortir, et je suis frappé de voir que Foucault avait plutôt tendance à accepter les critiques de Habermas ("je crois qu'il n'aime pas beaucoup ce que je dis, mais moi, j'aime bien ce qu'il dit").

Prenons un exemple concret, ce sera plus simple : la sociologie.
Foucault dit, en gros : "Il y a un discours sociologique, et c'est celui de l'assujetissement de l'homme."
Habermas répond : "Sorry, tu n'as jamais entendu parler d'Adorno, Horkheimer, Marcuse, etc. ?"
Ce à quoi Foucault, dans un dialogue imaginaire, répond : "Ah ben non, tiens, je connaissais pas. Ah zut, c'est vrai que ça a pourtant l'air intéressant." :)

Car admettons qu'il existe effet une sociologie institutionnelle et disons, conservatrice (tiens, au hasard : Boudon) ; il est vrai qu'il existe aussi une sociologie critique (par exemple, Bourdieu).
Mais c'est précisément cette distinction que Foucault ne fait pas, et c'est précisément là où frappe Habermas. Dit comme ça, c'est évident, n'est-ce pas ? Mais replacé au sein de l'appareil conceptuel de Foucault, ça l'est beaucoup moins. Parce que Foucault, comme j'ai essayé de le montrer, et à mon avis, part d'une conception heidegerienne de la science/technique, qui ne lui permet pas de penser l'Autre : Pour ainsi dire, il n'y a pas d'espace, chez Foucault, qui échappe au pouvoir, pour la bonne raison que le pouvoir s'origine dans une technique totalisante, et qu'il est structurel. Si le pouvoir est "partout", si chacun en est le coauteur, comment penser un espace de résistance au pouvoir ? Et bien, on peut dire, en tous cas Habermas dit, que Foucault n'y parvient pas.

Alors ça ne veut pas complètement dire que, Foucault, à son tour, produit un discours qui devient instrument du pouvoir -quoique... l'horizon de la critique de Habermas, c'est quand même presque cela. Il y a quand même un caractère dénonciateur dans le discours de Foucault. Et il y a des portes de sortie.
Mais quelles sont-elles ? Et bien, là où Heidegger proposait pour faire vite de revenir à, Foucault pense sur fond d'historisme, par quelque bout qu'on le prenne, et envisage la venue de temps nouveaux qu'il faut espérer émancipateurs : Après le moderne viendra ce que faute de mieux, on appelle le post-moderne.
Mais enfin, on en revient toujours à la critique de Habermas, et, je crois, si je la comprends bien, à ta propre position : C'est bien gentil d'espérer, mais ne peut-on pas aussi tenter de penser la résistance, ici et maintenant ?

Oui, mais pour cela, il faudrait un point d'appui, il faudrait pouvoir concevoir un espace qui échappe au pouvoir, duquel puisse s'originer un autre discours, et une autre Weltanschauung. C'est exactement ainsi que Habermas envisage la chose, et ce qu'il répondrait dans la suite de notre petit dialogue imaginaire : "Allons Michel, tout n'est pas pouvoir, tout n'est pas administration de l'homme. Il existe aussi des espaces où peuvent fleurir l'amitié, le dialogue, le lien social, le désintéressement, la connaissance [càd un vrai savoir, qui ne soit pas que discours, je vais y revenir], etc. Fragiles, certes, et toute la problématique de l'homme à l'ère moderne consiste à les protéger de l'empiètement des systèmes d'action fondés sur la rationalité stratégique [pouvoir, économie, etc. qui sont, eux, conçus structurellement]. Mais ce monde vécu, ce monde social, habité par des hommes, de vrais hommes, ce monde du quotidien existe aussi, néanmoins, et c'est à partir de cet espace que peut naitre un projet critique, ici et maintenant."
Tu vois l'idée de Habermas : Certes, il existe des structures, des systèmes d'actions, déshumanisés, technicisés, fondés sur une rationalité stratégico-instrumentale, d'accord ; mais il existe aussi, à côté, un monde vécu, humain, un monde du lien social. Et de la même manière, à côté des savoirs techniques, il existe des savoirs critiques.
A vrai dire, il me semblerait presque qu'au fond, tu serais presque plus proche de Habermas que de Foucault dans ta compréhension des sciences humaines, non ?


Je reviens maintenant rapidement sur la question de ce qu'est le savoir selon Foucault :

Vargas a écrit:
Qu'une science,(depuis les revolutions industrielles, définitivement technoscience, c'est le terme qui me manquait) quelle qu'elle soit, soit visible par les techniques, par les machines sociales qu'elle développe n'empêche pas que ces "savoirs" soient des discours.

Très en amont, le pari de Foucault vis-à-vis des sciences de l'homme, pour faire simple, c'est de penser qu'en passant de l'étude de l'action humaine (typiquement, dans une tradition marxiste de l'époque : le travail) à l'analyse du discours, on gagne en objectivité. Bon, je pense que je n'ai pas besoin d'expliciter, c'est globalement le pari du structuralisme. Mais un savoir qui s'érige sur l'analyse du discours est lui-même un discours. Dès lors, il y a un parti-pris chez Foucault, comme dans le structuralisme d'une manière plus large, qui est celui de la neutralité axiologique : Un discours n'est pas plus valide qu'un autre discours ; ce n'est qu'un discours, parmi d'autres, qui lui sont irréductibles. Typiquement : Un mythe n'est pas plus valide qu'un autre mythe. Mais éventuellement, tous deux s'articulent sur les mêmes structures non-conscientes et ont la même fonction sociale -par exemple.
L'apport spécifique de Foucault, c'est d'avoir tenté de montrer qu'il existait une sorte d'infra-discours, qui s'ancre dans un environnement culturel et idéique qu'il est lui-même possible de rattacher à une période historique donnée. C'est ainsi que Foucault pense échapper au relativisme cognitif absolu.

Comment questionner la validité d'un savoir ? Plusieurs réponses sont possibles, mais l'une d'elles (rationaliste) consiste à dire que le savoir est préparation à l'action, et qu'on peut évaluer la validité du savoir en jugeant de l'action. C'est à mon sens ce que tu entends par "visibilité du savoir par les techniques". Mais pour Foucault, il n'y a pas de savoir valide ou non, et il n'y a même pas d'intention -puisqu'il n'y a pas de sujet connaissant. Il n'est donc pas question de juger de la validité d'un discours (savoir) par les techniques qu'il "produit" : Le savoir ne produit rien du tout, il n'y a personne pour décider "tiens, d'après ce que je sais, je vais construire une prison disposée en cercle autour d'une tour, cela me permettra de etc." Non. Pas de sujet connaissant, pas d'intention, et donc, pas de pratique, pas de réalisation concrète s'originant dans un savoir (ce que tu appelles technique, donc) et donc, pas de possibilité de juger de la validité du savoir.
Et de la même manière, pas de volonté de pouvoir non plus, pas d'intention de domination, un pouvoir structurel dont tous et chacun sont les coauteurs. Rien qu'une sorte de mouvement de l'histoire qui se développe à travers la vie des structures. Pour être encore plus clair, Heidegger, lui, parlait, à propos de l'autonomisation de la sphère de la technique, d'une forme de "destin".

Toujours et simplement pour marquer le contraste, le monde vécu de Habermas est également cet espace au sein duquel vont être interrogées les prétentions à la validité des discours (dont les discours scientifiques). Interrogation dans le cadre d'un processus de discussion entre deux ou plusieurs individus conçus comme égaux, et étant dans la capacité de se concevoir comme tels puisque situés dans cet espace du Lebenswelt. Le pari propre de Habermas est qu'il existe des situations tout à fait quotidiennes dans la vie sociale, où les individus discutent entre eux, sur la base d'arguments rationnels qui ont une prétention à la validité. Et que ces discussions tendent vers un accord, qui est asymptotique à la vérité. Pour Habermas, la possibilité de validité des discours scientifiques est ainsi sauvée, mais au prix -léger aujourd'hui- d'une thèse continuiste entre le discours commun et le discours scientifique.

Mais voila pourquoi il me semble important de comprendre ce qu'implique la définition foucaldienne du savoir comme "discours". Parce qu'en ancrant ce discours dans un épistémè, Foucault retrouve la problématique du projet de la modernité, et singulièrement, dans les termes de Heidegger, cad liée à la question de la technique. Je répète : Il n'y a alors plus savoir d'un côté, technique de l'autre, toutes deux conçues comme activité d'un sujet pensant et connaissant. Il y a un savoir qui est technique, qui constitue le projet même de la modernité, et dans lequel s'originent ces discours particuliers qu'on appelle sciences humaines. Il y a alors deux implications :
- Les sciences humaines, à l'ère moderne, ne peuvent pas être pensées en-dehors de la technique.
- Il n'est pas possible de questionner la prétention à la validité d'un savoir, tel que celui des sciences humaines. Au vrai, elles n'ont même tout simplement aucune prétention à la validité.

Ouf. Que tout cela est difficile à synthétiser tout de même... :| Enfin, ce n'est bien sûr que ma compréhension, mais j'ai le sentiment de peut-être bcp charger la barque de Foucault, je ne sais pas. Ma reconstruction me semble à la fois cohérente, et en même temps dûre à son égard. A toi de me dire.

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Re: Foucault, les sciences humaines

Message par Pierre Rivière le Mer 17 Oct 2007 - 23:10

Sans vouloir prendre parti dans votre débat, je voulais seulement clarifier certains points qui me semblaient mériter d'être mis à jour.

Bergame dit:

"Et de fait, comment concevoir un projet critique au sein d'un schéma structuraliste ? Pourquoi /comment résister aux techniques de l'assujetissement puisque le pouvoir est structurel, que tous en sont les auteurs, et qu'il n'existe pas d'Autre ? -d'ailleurs, il me semble qu'une bonne question serait de se demander si Foucault ne prétend pas résoudre ce problème en préférant penser un Ailleurs, mais bref..." (Je souligne)

Foucault répond:

"S'attaquer au fonctionnement idéologique d'une science pour le faire apparaître et le modifier, ce n'est pas mettre au jour les présupposés philosophiques qui peuvent l'habiter; ce n'est pas revenir aux fondements qui la rendue possible et la légitime: c'est la remettre en question comme formation discurcive; c'est s'attaquer non aux contradictions formelles de ses propositions, mais au système de formation de ses objets, de ses types d'énonciation, de ses concepts, de ses choix théoriques. C'est la reprendre comme pratique parmi d'autres pratiques" (Foucault, L'archéologie du savoir, p.243 (dans sous-chap. Science et Idéologie) (Je souligne))

Reprendre ces pratiques simplement comme pratique (et non comme vérité), c'est se donner la possibilité de s'écarter de ces pratiques (s'exclure) en produisant un discours qui, par une interprétation autre des, ceci est seulement lingusitiquement nécessaire à poser, mêmes faits (ces faits, bien qu'ils soient inexistant comme telles, sont comme la substance qu'il nous faut postuler pour expliquer la variation prédicative (ou, ici, interprétative) de ce qui est à expliquer ou, autrement dit, rendre compte). C'est-à-dire qu'une forme de savoir apte à critiquer le savoir institutionnalisée doit être un savoir qui se pratique différemment (i.e. qui a un système de formations de ses objets différents, des types d'énonciations différents, des concepts différents, des choix théoriques différents, etc.).

- La psychanalyse, à sa naissance, a pu être un tel savoir critique (il me semble, mais Foucault n'a jamais dis ça); il suffit de penser la résistance institutionnelle qui fut faite au savoir psychanalytique des premières années. Elle venait perturber ce qui était pris pour acquis, c'est-à-dire une conscience en parfait contrôle de ses propres facultés. Toutefois, avec le temps, ses acquis se sont institutionnalisés et se qui pouvait être nouveau et révolutionnaire dans ce savoir s'est réifiée pour devenir, de nos jours, une complète évidence qui ne mérite pas d'être contre-pensée (i.e. penser autrement et non pas seulement développer ses acquis).
Pour ce qui est du pouvoir, c'est la même chose. Une pouvoir qui serait critique et Autre (ou ailleurs) serait un pouvoir qui se pratique différemment et se pose comme substitut possible pour une pratique effective.
De même pour le marxisme qui avait une portée critique au 19e siècle, mais dont la théorie doit sérieusement se réadapter si elle veut garder son actualité au 20e (21e maintenant) siècle (si même on veut la conserver...); par exemple la dénonciation de la répression sexuelle qui finit par faire le jeu du pouvoir tant le sujet s'inclut dans la multiciplicité des discours sociaux sur la sexualité et y installe son identité ou bien la croyance que le marxisme-léninisme (on se replace à l'époque s.v.p.) est véritablement un contre-pouvoir au capitalisme (voir la critique de Debord sur l'illusion révolutionnaire du capitalisme-bureaucratique).

Il est vrai qu'on ne quitte jamais le champ du savoir, mais il y a un mouvement et une évolution par la dialectique du savoir et du contre-savoir. Foucault veut mettre en lumière et encouragée cette possibilité pour évider que l'espèce humaine abandonne sa propre puissance de développement et plafonne dans un conformisme bête.
La Volonté de vérité (i.e. installer sa subjectivité dans les formes de savoir présente ou bien la recherche du Vrai moi) doit être contre-balancée par la Volonté créatrice (la recherche d'une pensée autre ou bien le Grand style) pour permettre une éthique du dépassement. ("L'art a plus de valeur que la vérité...")

Ainsi, il y a bien un sujet à la base des savoirs et des pouvoirs (même si ce sujet était lui-même, à l'origine, dans des formes de pouvoir et de savoir autre), mais l'institutionnalisation de son mode de savoir et de pouvoir le rend autonome au sujet l'ayant instauré et il se pérpétue, par la suite, indifféremment de celui ou celle qui occupe les fonctions permettant le bon fonctionnement de l'institution. Une métaphore adéquate serait de dire qu'un être humain se construit une maison (donc elle n'existait pas avant) et l'utilise pour se protéger de la pluie et du froid, dans cette maison il place les plans de construction et de rénovations de même que les plans d'un projet d'extension d'une aile ouest; à la mort de cet homme, il est indifférent pour la maison de savoir qui de ses fils devient le propriétaire de la maison puisqu'elle est déjà construite et à en elle-même les plans de sa conservation-expansion.
Pour le dire avec les mots de Nietzsche: "Ce n'est pas le bonheur, mais la conservation la plus longue possible qui jusqu'alors a constitué le contenu de toute morale de la communauté et de la société (cela au prix de tout bonheur particulier). Donc pas non plus le profit. Qui a intérêt à la conservation? Les paterfamilias, les chefs de clans, d'État, etc., lesquels veulent survivre eux-mêmes dans la survie de leurs institutions, et poussent jusque dans le lointain (avenir) leur sentiment de puissance. Tout ceux de la vieille génération: quiconque éprouve fortement la brieveté de sa vie personnelle cherche à marquer de son empreinte l'âme et les moeurs de la génération nouvelle et ainsi à survivre et poursuivre sa domination. C'est de la vanité. - L'individu contre la morale sociale et à l'écart de celle-ci - lorsque le plus grand danger est passé pour tous, les arbres isolés peuvent croître avec leurs propres conditions d'existence." (Nietzsche, Fragments posthume 1881-1882, p.331 (Je souligne).)

J'ai l'impressionant que le problème que tu (Bergame) rencontres avec Foucault est de prendre les formations discurcives comme des structures, ou du moins à quelque chose qui s'y apparente de trop près, et ainsi le pouvoir critique serait impossible car le champ du pouvoir-savoir totalise le champ de la pratique sociale.

À cela, Foucault répond:

"Ainsi doivent alterner, prendre appuie les unes sur les autres et se compléter les descriptions critiques et les descriptions généalogiques. La part critique de l'analyse s'attache aux systèmes d'enveloppements du discours; elle essaie de repérer, de cerner ces principes d'ordonnance, d'exclusion, de rareté du discours. Disons, pour jouer sur les mots qu'elle pratique une désinvolture appliquée. La part généalogique de l'analyse s'attache en revanche aux séries de la formation effective du discours : elle essait de le saisir dans son pouvoir d'affirmation, et j'entends par là non pas un pouvoir qui s'opposerait à celui de nier, mais le pouvoir de constituer des domaines d'objets, à propos desquels on pourra affirmer ou nier des propostions vraies ou fausses. Appelons positivités ces domaines d'objets; et disons, pour jouer une seconde fois sur les mots, que si le style critique, c'est celui de la désinvolture studieuse, l'humeur généalogique sera celui d'un positivisme heureux.
En tout cas, une chose au moins doit être soulignée : l'analyse du discours ne dévoile pas l'universalité d'un sens, elle met au jour le jeu de la rareté imposée, avec un pouvoir fondamental d'affirmation. Rareté et affirmation, rareté, finalement, de l'affirmation et non point générosité continue du sens, et non point monarchie du signifiant.
Et maintenant que ceux qui ont des lacunes de vocabulaire disent - si ça leur chante mieux que ça ne leur parle - que c'est là du strucutralisme." (Foucault, L'ordre du discours, p.71-72)


Par ailleurs, la déclaration de Foucault sur l'École de Frankfurt est précisément la suivante:
"Si j'avais connu à temps l'École de Francfort, beaucoup de travail m'aurait été épargné. Je n'aurais pas dit maintes sottises, j'aurais évité maints détours en essayant de ne pas me laisser abuser, tandis que l'École de Francfort avait déjà ouvert la route."

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Re: Foucault, les sciences humaines

Message par Dany le Jeu 18 Oct 2007 - 18:51

Bonjour à tous, :flower:

Position : Candide

Néanmoins, la philosophie fait partie intégrante des sciences humaines !

Bien à vous,

Dany sunny

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Re: Foucault, les sciences humaines

Message par Bergame le Jeu 18 Oct 2007 - 19:29

Ca dépend de la définition qu'on leur donne, Dany. Pour Foucault, en tous cas, non, elle n'en fait pas partie.

Pierre Rivière, bon, je ne suis pas forcément en désaccord avec ta première partie. Tout comme d'ailleurs, je ne suis pas en désaccord avec ce que dit Vargas. La question que je pose est : "Est-ce une position foucaldienne ?" Etant entendu, de plus, que je distingue bien -mais comme Vargas- au moins deux Foucault, et que je parle, moi, du premier, cad du Foucault des Mots et des Choses et de Surveiller et Punir. Je connais moins le "second" Foucault, mais Vargas en est aussi plus ou moins d'accord, je crois, c'est un Foucault qui a tendance à réviser ce qu'il a dit préalablement. Et si tu veux, l'une des lignes directrices de S.Haber, c'est de montrer que cette révision s'opère dans le sens de certaines critiques que Foucault a pu recevoir -pas seulement celles de Habermas, d'ailleurs, loin s'en faut, mais peut-être un peu quand même.

Bon, et sur la question de la pratique... ce serait long, mais je ne vois pas de contradiction entre ce que j'ai écrit et ce que tu cites de Foucault. Je ne dis pas qu'il n'y a pas de pratique chez Foucault. Il appelle ce qu'il veut comme il veut. Je dis que la pratique chez Foucault n'est pas à comprendre comme l'expose implicitement Vargas, en distinguant théorie et pratique, savoir et technique. Et dès lors, il me semble effectivement que ce n'est pas en contradiction avec ce qu'écrit Foucault ici : Avec lui, il n'y a pas de possibilité de remonter de l'action (de la pratique) au savoir (science), et par conséquent, aux propositions qui constituent ce savoir, et aux principes qui le fondent.

Alors en revanche, je subodore que ta seconde partie pointe quelque chose. Il est vrai que je comprends les formations discursives comme des structures. Ou plutôt : Je comprends que Foucault conçoit les discours (des sciences humaines par exemple) comme articulés sur une structure sous-jacente, un infra-discours, qui est pour faire simple celui de l'épistémè. Voila effectivement ce que je comprends.

Mais il est vrai qu'il y a aussi chez Foucault des embryons de discours, des départs de discours qui ne portent pas encore, qui sont à peine audibles. J'ai parfois le sentiment de petites pousses, comme ça, perdues dans la mauvaise herbe, que Foucault prétend recueillir, et soigner, et faire croître. Oui, la "rareté de l'affirmation", j'entends bien. Mais comment cela s'articule-t-il dans la théorie générale, si je puis dire, car il ne suffit pas de dire "je prône un structuralisme light". :)
Je ne sais pas, qu'est-ce que tu entends, toi, Pierre Rivière, quant tu proposes une distinction entre formations discursives et structures ?

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Re: Foucault, les sciences humaines

Message par lanK le Jeu 18 Oct 2007 - 20:19

miam miam,ce post a un très bon goût.
petite question modeste :si Foucault ne pense pas l'Autre et se défausse sur l'ailleurs,ne pense-t-il pas la responsabilité ,l'éthique,...toussa ?

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Re: Foucault, les sciences humaines

Message par Bergame le Jeu 18 Oct 2007 - 21:57

Et bien non. Pile-poil. Enfin, selon l'acte d'accusation :) Car tu vois clair, lanK, c'est bien ce qui est en jeu, au fond, dans les critiques adressées à Foucault.

Par exemple, précisément : Si Vargas a raison, et que Foucault conçoit une articulation savoir/ technique sur le modèle de l'articulation classique théorie / pratique ; alors l'éthique est sauvée. Du moins, il reste un espace pour penser la responsabilité individuelle, justement au coeur de cette articulation entre le savoir et la technique. Implicitement, c'est exactement ce que veut dire Vargas lorsqu'il cite Einstein : "Si j'avais su, j'aurais pas participé à l'élaboration de l'arme nucléaire".

En revanche, si j'ai raison, et bien effectivement, il n'est pas possible de penser la responsabilité individuelle, puisque la manière particulière dont Heidegger envisage la question de la technique escamote l'articulation théorie / pratique. Et c'est tout à fait volontaire et assumé chez Heidegger : Justement, pour lui, le problème de la technique est très au-delà d'une "petite" question de responsabilité individuelle, c'est quasiment, pour parler simple, un mouvement de l'histoire. Et l'on s'illusionne et rien de plus, dit-il en substance, lorsqu'on essaie de ramener ce phénomène à une question éthique, qu'il serait possible à l'homme de prendre en charge.

Maintenant, sans doute que personne, au fond, n'a raison. Voila simplement deux compréhensions distinctes de Foucault, et en fait, je pense surtout que Foucault lui-même a essayé de naviguer entre ces deux positions.
Mais quand même, j'ai tendance à penser / comprendre que les critiques ont portées, et qu'il a eu tendance à évoluer peu à peu justement dans le sens d'une réintroduction du sujet.

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Re: Foucault, les sciences humaines

Message par Pierre Rivière le Ven 19 Oct 2007 - 4:07

Position: philosophiquement radical (philo forever).

La philosophie botte l'arrière-train des sciences humaines. (non, mais je blague là...)

Premièrement, moi aussi je parle du "premier" Foucault, simplement parce que je commence seulement à lire le "deuxième" et que je ne le connais pas vraiment. Même si je doute que différencier deux Foucault soit vraiment pertinant...
En fait, ce que j'essayais de faire dans mon message était de différencier le terrorisme intellectuel du structuralisme, d'avec la pensée de Foucault.

J'ai dis, entre autres choses :

"Ainsi, il y a bien un sujet à la base des savoirs et des pouvoirs (même si ce sujet était lui-même, à l'origine, dans des formes de pouvoir et de savoir autre), mais l'institutionnalisation de son mode de savoir et de pouvoir le rend autonome au sujet l'ayant instauré et il se pérpétue, par la suite, indifféremment de celui ou celle qui occupe les fonctions permettant le bon fonctionnement de l'institution."

Ceci était seulement un élément de la différence et il est vrai que je n'ai pas explicitement fais la différence entre les structuralistes et Foucault; ce que je ferai explicitement dans ce message.

Tout d'abord, je connais très peu le structuralisme, mais j'en sais suffisemment pour comprendre quel était leur projet de recherche dans les grandes lignes.

Donc, le structuralisme est un avatar de la métaphysique classique; ce que la pensée de ce qui est, à mon sens, la seule voie digne d'avenir dans la philosophie tente justement de dépasser, c'est-à-dire des auteurs comme l'École de Frankfurt (principalement Adorno) ainsi que le post-modernisme en France. Bon... ok... je l'admet la phénoménologie est aussi très digne, mais disons du moins que je ne porte pas Heidegger dans mon coeur (à par pour ce qui est de la description de la temporalité authentique).

Quoi qu'il en soit, le structuralisme reproduit (principalement dans le champ des sciences humaines) le vieil idéal de connaissance (vu, en général, comme celui de scientifité, mais c'est celui de la métaphysique classique - Platon et Aristote) qui est la recherche de l'invariant qui préside au divers phénoménal, c'est-à-dire de l'ordre conceptuel intemporel et nécessaire qui permet de s'assurer une prise sur la confusion et le chaos du divers sensible.
Ainsi, les structuralistes construisent un schéma sous-jacent à toutes nos pratiques et qui déterminent (a priori oserais-je dire) les sujets; nous sommes simplement le résultat des structures sociales et le sujet mérite d'être ignoré si on veut véritablement comprendre les pratique sociales, culturelles, anthropologiques, etc.

Toutefois, les structures ont le désavantages d'être un truc assez mystérieux; c'est quoi ça une structure? ça marche comment? et surtout comment ça change et évolue? quel est le principe du mouvement des structures?

Peut-être les structuralistes pures et dures aurait quelque chose à me répondre, mais de ce que je connais du structuralisme ça semble être un problème de méthode plutôt qu'un problèment purement contingent ou temporaire. C'est-à-dire que de réduire toute l'expérience sociale à une cohérence conceptuelle qui serait sa condition de possibilité, c'est trop facile depuis Kant.

Au contraire, Foucault voit (après Nietzsche) que dans la transmission du langage de génération en génération, on transmet aussi les modes de pensées qui viennent avec. Donc, Foucault voit l'influence sociale, culturelle, philosophique etc. dans la transmission du langage dans une société. Et là où Foucault se différencie encore des structuraliste, c'est que le sujet n'est pas déterminé par son langage ou par des structure, mais le sujet est dans le langage. De sorte que, s'il n'y prends pas garde, il se laissera avalé par lui et n'occupera que les positions dans lesquels il fait le jeu ("jeu de langage"...) du pouvoir.

Foucault a dit:
" j'ai voulu non pas exclure le problème du sujet, j'ai voulu définir les positions et les fonctions que le sujet pouvait occuper dans la diversité des discours." (Archéologie du savoir, p.261)

Le concept clée pour comprendre la notion de sujet chez Foucault, c'est celle de position; qui est une notion spatiale.

Le sujet occupe certains espaces dans la totalité des pratiques discurcives d'une société de telle sorte que lorsqu'il occupe certains espaces il profite au pouvoir (position de l'économiste clamant la grandeur du marché, ou du politicien déclarant que l'Union Européenne est un grand pas en avant pour la France, etc.). Toutefois, le sujet, en prenant conscience qu'il n'est pas une subjectivité transcendantale qui possède son discours, peut réagir en construisant son propre espace discurcif à l'intérieur duquel il est possible de critiquer la société et ses pratiques.
De cette façon, le langage n'est pas hors du controle du sujet, le sujet est plutôt aliéné dans ce langage et c'est tout l'effort de Foucault (mais aussi de Bourdieu et d'autres...) que de lui faire prendre conscience de cette dépossession pour qu'il puisse entreprendre d'en reprendre possession en en forgeant lui-même la teneur (c'est-à-dire ses concepts, ses objets, ses types d'énonciations, ses choix théorique, etc.). Ce que Foucault tente de faire est de priver le discours socialement dominant de son monopole de la parole et de permettre l'apparition de résistance au sein de ce langage même: en donnant la parole aux prisonniers et à leur famille par exemple (avec son Groupe d'Information sur les Prisons - GIP).
De même, l'homme n'est pas fait d'une essence simple que la psychanalyse aurait mis à jour, le sujet n'est pas obligé de penser sa propre réalité psychique selon les catégories de la psychanalyse: il a le droit de faire dans sa différence.

Le Souci de soi (et le dit retour du sujet chez le "deuxième" Foucault; l'herméneutique du sujet, etc.) me semble justement le développement de ce qui est encore embryonnaire (et irréfutablement présent) chez le "premier" Foucault, c'est-à-dire la position subjective occupée par le moi dans les formations discurcives (dans lesquels il est englué comme dans une toile d'araigné et ne sachant pas comment s'en déprendre, il ne fait que renforcer ses liens en bougeant de n'importe quel façon). Le Souci de soi est un encouragement à construire son propre espace discurcif qui exprime sa vérité individuelle, l'espace dans lequel le sujet correspond à son univers et s'y sent chez soi, et non pas étranger (i.e. chez autrui). Mais, préalablement à cela, il faut tout de même avoir une vision d'ensemble des formations discurcives présentes dans la société et de quelles institutions font-elles le jeu, et ce pour éviter de tomber par erreur dans leur joug. Cette dernière partie serait plutôt le versant généalogique de sa méthode. Le versant critique serait justement, tout en explorant les limites des formations discurcives présentes par la généalogie, de construire son nid discurcif hors d'elles pour pouvoir les critiquer à l'extérieur de leur zone d'influence.
Par exemple, les prétendus critiques des alter-mondialistes qui, tout en croyant dénoncer le pouvoir, ne font que faire son jeu en occupant des espaces réservé par le pouvoir pour sa propre critique; espaces réservé à cela précisément parce que, selon ces espaces, les critiques n'ont aucun effet, elles sont sans impact et inutiles. Elles permettent seulement de calmer les humeurs d'opposition de certains groupes sociaux et d'individus et de rassurer un peu le citoyen en lui montrant qu'il existe bel et bien une critique du pouvoir et que certains citoyen soient rassurés parce qu'ils sont défendus par cette critique. Toutefois, cette critique est ineffective parce qu'elle porte sur des sujets sans importance et c'est précisément parce que ces sujets sont sans importances que le pouvoir réserve ces positions subjectives pour qu'il y ait critique.


En résumé, chez Foucault, contrairement aux structuraliste, il n'y a pas deux plans: un de la structure et un des sujets. Pour Foucault, le sujet et les multiplicités discurcives sont sur le même plan; toutefois le sujet peut être joués par ces discours de telle sorte qu'il est, à toute fin pratique, déterminé par elle, mais il peut aussi prendre conscience des règles de formations de ces formations discurcives ainsi que des ses objets, concepts, et autres, de même que des instances de pouvoir pour lesquels ces savoirs discurcifs sont déployés; par cette conscience des savoirs en place, le sujet peut devenir maître de son discours et l'employer à des fins critiques qui permettent une remise en question des savoirs-pouvoirs en place, faisant ainsi évoluer la société et la pensée.



Édit: mmmmmhhh... oui.... c'est juste.... il y a Heidegger et le problème de la technique dans tout ça... Foucault a beaucoup lu Heidegger, mais j'ai sérieusement du mal a voir en quoi le problème de la technique a beaucoup influencé Foucault dans ses recherches et sa démarche. Ça me semble plutôt étranger à Foucault.
Mais, c'est vrai que le problème de la technique, c'est un gros problème... Toutefois, il faut vraiment assumer à fond la vision heideggerienne de l'onto-théo-logie pour voir dans la technocratie contemporaine ce qu'il entend par le problème de la technique. Ce qui est beaucoup me demander..., mais j'avoue que ses conclusions sont très bien pensées... Pour terminer, encore plus de mmmhhh... et de points de suspension...

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Re: Foucault, les sciences humaines

Message par lanK le Sam 20 Oct 2007 - 21:19

Ce qui m'intéresse chez Foucault,c'est l'aspect déterminant du discours,en ce qu'il nous travaille.Comment nous le modifions en retour,dans des affrontements de perspectives ou résistances (au choix) au sein de jeux,de tolérances(dans le sens de marge de possible) ou d'ailleurs.
Quelle nécessité insère la question cruciale de l'altérité,qui,nul ne peut en douter,n' a pu échappé à Foucault.

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Re: Foucault, les sciences humaines

Message par Vargas le Sam 27 Oct 2007 - 16:47

Je suis assez d'accord avec Pierre Rivière (alors comme ça on égorge sa famille ^^) pour une certaine prudence au sujet de l'importance de la question technique pour Foucault.

Je veux dire on l'a posé ici car c'est quelque chose qui fait effectivement problème.
On pourrait même dire que la façon dont il élabore les 3 seuils de ses épistémès (augmenté à 3 siècles pour celui qui correspondrait à la période classique) tend à justifier ce qui chez Heidegger correspond à l'autonomisation historique de la sphère de la technique.


Mais il me semble aussi que ce n'est pas en ces termes que Foucault se pose la question, s'il la pose explicitement.
Son intérêt pour Heidegger pourrait le laisser entendre, et c'est sur cette base présumée qu'on est venu à en parler.

De mon côté, je nuançais cette question avec l'exemple d'Einstein à ne pas considérer dans l'absolu, mais suivait la question jusqu'au bout pour en souligner la possibilité résistante (détection des raretés, élaboration d'un discours conscient de ses luttes, compréhension de diagramme sans dominant unique mais fonctionnant dans la pratique en favorisant répression, contrôle, etc).
De ton côté, Bergame, selon l'acte d'accusation il n'y a posé aucune imputabilité, l'autonomie de la technique étant pensé sur le ton heideggerien.

Cependant, Foucault l'a exprimé à la fin de son oeuvre ; il a regretté de ne pas s'être intéressé plus tôt au second Heidegger.
En fait, c'est justement le Foucault de la fin (celui d'après 1976) plutôt que celui des Mots et des choses qui est proche de considérations heideggériennes (Ses cours de 1981-82 sur L'herméneutique du sujet, Le souci de soi en 1984).

Or dans les deux cas, il n'est pas tant question de technique mais du sujet.
Passant nécessairement par des moyens de médiations pour se dire, se voir, pour dominer (se gouverner soi-même comme condition pour gouverner les autres, etc...).

Retour du sujet ? Pas si net.
C'est un sujet passant par une maitrise, par une technique du sujet. (les plissements, le dedans de la pensée, commente Deleuze) Et ceci depuis les Grecs.


En somme, ce ne serait pas tant une rupture qu'un approfondissement de l'étude que Foucault se donne depuis le début.
S'il y a mort de l'homme c'est plus essentiellement en rapport aux techniques du sujet qu'aux relations entre technique au sens strict et sujet.


Dernière édition par le Sam 10 Nov 2007 - 15:10, édité 1 fois

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Paul Valéry, Poésie et pensées abstraites
(cité par Herbert Marcuse, in L'homme unidimensionnel)

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