Le touriste est l'autre

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Le touriste est l'autre

Message par Rêveur le Mer 29 Avr 2015 - 12:41

Je ne sais pas si ce sujet a vraiment sa place ici, mais comme je suis toujours tenté d'écrire dans Lignes en marge, quand un sujet peut avoir une place ailleurs, je préfère l'y mettre.

Le touriste, c'est ce gâcheur de paysage qui vient avec son jean, ses lunettes de soleil et sa chemise dépenser son argent dans un pays étranger. Il vient polluer les autres cultures en jurant avec le paysage. Il est incapable de vivre là sans ses guides touristiques. Il soutient une activité qui dénature l'endroit, détruit les cultures, et l'assimile progressivement à l'Occident.
Mais qui nous en fait la description ? Celui qui l'a remarqué en voyage...durant son voyage... Celui-là a tout fait pour n'en être pas un lui-même. Pas de casquette, de bermuda etc., je me costume en habitant local. Mais qui est-il pour se prétendre de là, lui qui vient en avion, repart en avion, en ayant seulement eu le temps de consommer de ce pays (<< J'ai fait le Maroc/le Vietnam/l'Argentine etc., dit-il comme en cochant sur une liste. >>) ? N'est-il pas, somme toute, encore plus ridicule dans ce déguisement qui souvent ne lui sied guère ?
Le touriste est pris dans ce terrible dilemme : venir dans les lieux proposés par son guide touristique, et ainsi assumer son statut de touriste, ou trouver des lieux moins connus, mais s'y rendre visible et peut-être peu légitime parmi ces habitants du pays. Être touriste parmi les touristes, ou touriste parmi les locaux. Finalement, le touriste est contraint de reconnaître son identité et sa raison de se trouver sur cet ailleurs : profiter de quelques semaines de vacances pour découvrir une autre culture, d'autres paysages. Il n'est pas venu pour être l'un de ceux qu'il quittera à l'issue d'un bref séjour.
Le touriste est dans un constant refus de lui-même ; d'abord de l'autre, de celui qu'il nomme touriste, puis de lui-même, quand il se découvre tel également.
Que faire alors ? Chercher une nouvelle légitimité au voyage.
Au voyage... Justement, quel beau mot, à opposer à séjour, par exemple ! Pour se revendiquer voyageur, on pourrait refuser l'avion qui téléporte en un autre lieu, comme si ceux qui séparent son pays du lieu du voyage n'existaient pas, et préférer des moyens de locomotion terrestres, qui ont le mérite de traverser au moins ces autres terres, quoique vite, et qui rendent le trajet plus long, plus << réel >>.
Ensuite, le voyageur doit avoir une véritable motivation. << Partir en vacances à l'étranger, pour y profiter d'un paysage exotique >>, ce n'est pas suffisant. Il faut trouver autre chose. Il faut donner un sens à la découverte d'une autre culture, et accepter d'être qualifié d'étranger tout en refusant de se montrer consommateur d'exotisme. Par exemple, en ne décidant pas vraiment à l'avance du séjour, des lieux précis etc., pour voir sur place, découvrir soi-même ou se faire découvrir par eux.

C'est un peu confus, mais ce dont je rêve est une sorte de reconnaissance officielle du statut de voyageur, qui le considèrerait, non pas comme visitant, mais se déplaçant... Je suis désolé, je ne peux pas être plus clair, je ne sais pas comment le formuler...

_________________
Reprenez garde à ceux qui n'ont rien,
Qu'on a laissés au bord du chemin ;
Rêveurs rêvant le monde meilleur :
Ils voient la colère monter dans leur cœur.
(L'oiseau malin, Alain Souchon & Laurent Voulzy)


Je suis Paix.

Rêveur
Admin
Admin

Nombre de messages : 1315
Localisation : ailleurs
Date d'inscription : 24/03/2014

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le touriste est l'autre

Message par euthyphron le Mer 29 Avr 2015 - 14:07

Je trouve ce sujet intéressant, pour ma part.
On peut effectivement distinguer deux espèces de l'homo touristicus : celui qui recherche un lieu de villégiature à bon rapport qualité-prix et entend bien retrouver le confort de son lieu d'origine (chez nous on l'appelle le Parisien), et celui qui part à la découverte d'une autre culture.
Le second a meilleure réputation, mais il est tout aussi polluant dès lors qu'il est participant d'une industrie. On ne peut pas découvrir en touriste une culture où le tourisme n'existe pas.
On peut donc prolonger la réflexion en se demandant s'il est possible ou non de découvrir une autre culture que la sienne. J'aime les réponses simples. Aussi proposé-je la mienne : oui, si on  y a sa place, c'est-à-dire son rôle social. Concrètement, si on y exerce un travail reconnu par la culture d'arrivée, ou à la rigueur une activité non laborieuse ; ainsi on dit que les croisades, malgré toutes leurs atrocités, ont beaucoup contribué à la connaissance mutuelle de la chrétienté et du monde musulman.

_________________
amicus plato sed magis amica veritas

euthyphron
Digressi(f/ve)
Digressi(f/ve)

Nombre de messages : 1507
Date d'inscription : 01/06/2011

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le touriste est l'autre

Message par Ataraxie le Mer 29 Avr 2015 - 16:22

Rêveur a écrit:Il faut donner un sens à la découverte d'une autre culture, et accepter d'être qualifié d'étranger tout en refusant de se montrer consommateur d'exotisme. Par exemple, en ne décidant pas vraiment à l'avance du séjour, des lieux précis etc., pour voir sur place, découvrir soi-même ou se faire découvrir par eux.
Une sorte de sérendipité appliquée aux voyages... Mais il y a en beaucoup qui aiment les rêves planifiés.

Rêveur a écrit:Finalement, le touriste est contraint de reconnaître son identité et sa raison de se trouver sur cet ailleurs : profiter de quelques semaines de vacances pour découvrir une autre culture, d'autres paysages. Il n'est pas venu pour être l'un de ceux qu'il quittera à l'issue d'un bref séjour.
Non mais d'un autre côté, un court séjour au sein d'une culture éloignée de la sienne permet une défamiliarisation ponctuelle qui je juge très saine pour l'esprit et le comportement. C'est un sentiment assez fugace que j'ai eu quelque fois  en tant qu'étranger dans divers pays. Ce que je ne voyais pas chez moi, eh bien là je l'ai senti exister. J'ai senti exister ma langue, j'ai senti exister mon nom et mon visage, que très loin d'ici quelque chose était pour moi une maison et un pays, avec ce que j'y mange, ce que j'y porte, ce que j'y pense. L'indifférenciation heureuse et facile dans laquelle je baignais chez moi a volé en éclat le temps de quelques secondes. Et je dois dire que c'est un sentiment qui m'a fait du bien. Se déshabiter de temps à autres rend plus vivant et faire des voyages aide beaucoup.

Ataraxie
Digressi(f/ve)
Digressi(f/ve)

Nombre de messages : 489
Date d'inscription : 18/05/2012

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le touriste est l'autre

Message par Rêveur le Mer 29 Avr 2015 - 20:54

euthyphron a écrit:Aussi proposé-je la mienne : oui, si on  y a sa place, c'est-à-dire son rôle social. Concrètement, si on y exerce un travail reconnu par la culture d'arrivée, ou à la rigueur une activité non laborieuse ; ainsi on dit que les croisades, malgré toutes leurs atrocités, ont beaucoup contribué à la connaissance mutuelle de la chrétienté et du monde musulman.

C'est une excellente réponse ; j'avais oublié de la proposer.

_________________
Reprenez garde à ceux qui n'ont rien,
Qu'on a laissés au bord du chemin ;
Rêveurs rêvant le monde meilleur :
Ils voient la colère monter dans leur cœur.
(L'oiseau malin, Alain Souchon & Laurent Voulzy)


Je suis Paix.

Rêveur
Admin
Admin

Nombre de messages : 1315
Localisation : ailleurs
Date d'inscription : 24/03/2014

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le touriste est l'autre

Message par baptiste le Jeu 30 Avr 2015 - 8:27

Le touriste est un polluant (pas pollueur), il suffit d’écouter le touriste au retour d’un pays systématiquement commenter ce qu’il a perçu d’extraordinaire des moeurs des indigènes visités. Modifiant le cours de la vie des habitants du pays qu’il visite il prétend ensuite les juger, le touriste génère une architecture à touriste généralement ignoble, le touriste dans les pays pauvres favorise la déstructuration des sociétés locales au bénéfice de son seul plaisir qui n’est pas nécessairement noble. Quand à l’alibi culturel il ne tient pas une seconde puisque l’on ne peut plus désormais voyager pour découvrir un pays et sa population mais seulement ce que les touristes ont fait de ces pays, de leur populations et de leurs moeurs.

baptiste
Digressi(f/ve)
Digressi(f/ve)

Nombre de messages : 1199
Date d'inscription : 21/03/2012

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le touriste est l'autre

Message par Rêveur le Jeu 7 Mai 2015 - 21:16

Il y a en ce moment sur France 2 un reportage où ils expliquent, entre autres, que seuls 17 des 160 aéroports français sont rentables ; les autres se maintiennent grâce au contribuables.

_________________
Reprenez garde à ceux qui n'ont rien,
Qu'on a laissés au bord du chemin ;
Rêveurs rêvant le monde meilleur :
Ils voient la colère monter dans leur cœur.
(L'oiseau malin, Alain Souchon & Laurent Voulzy)


Je suis Paix.

Rêveur
Admin
Admin

Nombre de messages : 1315
Localisation : ailleurs
Date d'inscription : 24/03/2014

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum