Mélissos de Samos.

Aller en bas

Mélissos de Samos.

Message par neopilina le Mer 15 Oct 2014 - 0:13

"De la nature ou de l'être", fragments. Mélissos de Samos. Traduction de Jean Zafiropulo, " L'école éléate ", " Belles Lettres ", 1950.

I - Ce qui était, était de toute éternité et sera de toute éternité. Car s'il était né il aurait nécessairement, avant de naître, dû être rien. Mais s'il avait été une fois rien, jamais rien n'aurait pu naître de rien.

II - Puisqu'il n'est pas né, il sera donc, a toujours été et sera toujours, il ne possède ni début ni fin, mais est sans limite. S'il était, en effet, né il aurait un début (car étant né il aurait une fois débuté) et un fin (car étant né il aurait une fois fini). Mais puisqu'il n'a ni débuté ni fini, il a toujours été et sera toujours et il n'a ni début ni fin. Il est en effet impossible que soit éternel ce qui n'est pas totalité.

III - ... Mais de même qu'il est éternel, ainsi il doit être éternellement infini spatialement.

IV - Rien de ce qui a un début et une fin n'est éternel ni infini.

V - S'il n'était pas un, il aurait une limite par rapport à un autre.

VI - S'il est en effet infini il doit être un. Car s'il était deux ceux-ci ne pourraient être infinis, mais auraient une limite l'un par rapport à l'autre.

VII - 1 - Ainsi donc il est éternel et infini, un et homogène en totalité.

2 - De plus, il ne saurait disparaître, ni devenir plus grand, ni changer d'aspect, ni souffrir physiquement, ni souffrir moralement. Car s'il admettait quelqu'une de ces choses il ne serait plus un. Si ce qui existe se transforme en effet, il sera nécessairement non-homogène car ce qui était auparavant disparaîtra et ce qui n'existait pas naîtra. Si maintenant il changeait d'un cheveu en dix mille ans, sa totalité se détruirait dans la totalité du temps.

3- Il n'est pas non plus possible que son apparence se modifie car l'univers existant antérieurement ne peut se détruire ni celui n'existant pas naître. Puisque rien ne se gagne, ne se perd, ni change comment, après une modification, compterait-il encore parmi les Êtres ? Si, par contre, il advenait à quelque chose de changer c'est qu'il aurait déjà modifié son aspect.

4 - Il ne souffre pas non plus physiquement. Ce qui souffre physiquement ne saurait être la totalité de ce qui existe. Quelque chose souffrant physiquement ne saurait non plus être éternel. Il ne disposerait pas non plus de la même puissance que ce qui est sain. Il ne serait pas non plus homogène s'il souffrait physiquement. Il souffrirait en effet par la soustraction ou l'addition de quelque chose et ainsi ne serait plus homogène.

5 -D'ailleurs, ce qui est sain ne saurait commencer à souffrir. Il faudrait alors que ce qui est sain et existant disparaisse et que naisse ce qui n'existait pas.

6 - Et au sujet de la souffrance morale on peut tenir le même raisonnement qu'au sujet de la souffrance physique.

7 - Rien non plus n'est vide car le vide n'est rien et ce qui n'est rien ne saurait exister. Il ne bouge pas non plus. Il ne peut en effet se retirer nulle part, mais est plein. S'il existait en effet du vide, il ne pourrait se retirer dans le vide. Le vide n'existant pas, il n'a nulle part où se retirer.

8 - Il ne saurait non plus être dense ou raréfié. Le raréfié ne peut en effet être aussi plein que le dense, mais au contraire le raréfié naît déjà plus vide que le dense.

9 - Il convient de distinguer de la façon suivante ce qui est plein de ce qui n'est pas plein : Si une chose peut, d'une part, trouver place ou absorber une autre chose, elle n'est pas pleine. Si, d'autre part, il n'y a ni place ni absorption, elle est pleine.

10 - Il sera donc nécessairement plein s'il n'est pas vide. Si maintenant il est plein, il ne bouge pas.

VIII - 1 - Ceci est donc la plus grande preuve qu'il est seulement un; mais il existe aussi les preuves suivantes.

2 - S'il y avait, en effet, pluralité, ces choses (dont il y aurait pluralité) devraient être exactement telles que je dis être l'un. Car s'il existe de la terre, de l'eau, de l'air, du feu, du fer, de l'or, d'une part ce qui est vivant, et, d'autre part, ce qui est mort, ce qui est noir et ce qui est blanc, ainsi que que tout le reste que les hommes disent être vrai, si en effet tout cela existe, si nous voyons et entendons avec justesse, alors il faut que chaque chose soit exactement telle qu'elle nous est apparue la première fois, qu'elle ne se transforme pas ni ne devienne différente, mais que chaque chose soit toujours exactement telle qu'elle est.
Maintenant d'une part nous déclarons voir, entendre et sentir avec justesse.

3 - d'autre part il nous semble que le chaud devient froid et le froid chaud, le dur mou et le mou dur, que le vivant meurt et que du non-vivant naît (un vivant), que tout ceci se transforme et que rien de ce qui était ni de ce qui est ne demeure identique à lui-même. Il semble au contraire que le fer, tout dur qu'il soit, s'use au contact du doigt, de même l'or, la pierre et tout le reste qui semble être résistant et que de l'eau proviennent la terre et les pierres. De là il découle que, ni nous ne voyons les êtres, ni nous n'en prenons connaissance.

4 - Ainsi donc nos dires ne concordent pas entre eux. Car après avoir déclaré qu'il existe une pluralité éternelle ayant forme aussi bien que fermeté, il nous semble, d'après ce que nous voyons en toute occasion, que tout devient différent et se transforme.

5 - Il est maintenant clair que nous ne voyons pas avec justesse et que ces choses ne nous apparaissent pas correctement sous forme de pluralité. Elles ne changeraient pas si elles étaient réelles, mais chacune serait exactement semblable à ce qu'elle nous a paru. Car rien ne possède une puissance supérieure à celle de l'Être véritable.

6 - S'il venait à changer ce qui existe périrait et ce qui n'est pas serait né. Ainsi donc, s'il y avait pluralité, ces choses (dont il y aurait pluralité) devraient être exactement telles que l'un.

IX - Donc, s'il existe il doit être une unité. Étant une unité il ne doit pas avoir de corps. S'il avait en effet une épaisseur il aurait des parties et ne serait plus alors une unité.

X - S'il se divise, l'Être bouge. S'il bouge il ne saurait être.

_________________
C'est à pas de colombes que les Déesses s'avancent.
" Tout Étant est à la fois a priori Donné ( C'est, il est, et ça suffit pour commencer. ) et Suspect, parce que Mien ", " Savoir guérit, forge. Et détruit tout ce qui doit l'être ", ou, équivalents, " Tout l'Inadvertancier constitutif doit disparaître ", " Le progrès, c'est la liquidation du Sujet empirique, notoirement névrotique, par la connaissance ". Moi.

neopilina
Digressi(f/ve)
Digressi(f/ve)

Nombre de messages : 4936
Date d'inscription : 31/10/2009

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum