Le baquet de Mesmer

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Le baquet de Mesmer

Message par Vargas le Jeu 6 Sep 2007 - 15:16

Je restitue une discussion faite sur feu Philautarchie :



Le baquet de Messmer

20 Mar 2005, 13:51


Le baquet de Messmer est-il l’ancêtre du divan de Freud ?

J’ai trouvé que Messmer ne manquait pas d’imagination, et cela m’amuse de vous en faire part même si la plupart d’entre vous connaissent son aventure.

Durant l'Antiquité, puis au Moyen Age, les magiciens, les prêtres et les sorciers utilisaient l’hypnose pour convaincre ou soigner. Mais autrefois, elle s’apparentait à la magie, à l’illusion. C’était alors un processus divin, un don des dieux.

1775 c’est l’année du conflit entre le médecin Mesmer et l’exorciste Gasner
Jusqu’à cette époque là, les pratiques thérapeutiques étaient très liées à la religion les pratiques d’exorcisme prenaient en charge les troubles psychologiques.

Donc Mesmer, qui lui est médecin, est le premier à prendre à son compte cette approche pour l’utiliser d’un point de vue médical.

Il y a des points communs entre Mesmer et Gassner
La guérison est toujours précédée par l’induction des troubles
Mesmer provoque les troubles qui surviennent par crises, paroxystiques pour mieux les faire disparaître (comme les exorcistes)
Il va développer sa théorie du magnétisme animal



Partie supérieure du baquet de MESSMER.
Les malades tenaient les tiges métalliques qui transmettaient le "fluide vital"
Influencé par le succès de certains guérisseurs tel Gasner, il commença à Vienne, en Autriche, l'application des aimants pour provoquer des modifications psychiques, d'où le nom de magnétisme. Remplaçant par la suite l'application des métaux par l'imposition des mains sur le corps des patients, il en vint à considérer la notion de fluide passant du thérapeute au malade.

Messmer venait d’apprendre que les médecins anglais utilisaient des aimants pour traiter certaines maladies et il eut l’idée de provoquer « une espèce de marée artificielle » chez sa malade. Après lui avoir fait avaler une mixture qui contenait du fer, il fixa sur son corps 3 aimants, un sur l’estomac et 2 autres sur les jambes. Le malade sentit bientôt d’étrange courant, comme un fluide mystérieux, traverser son corps de haut en bas, et ses maux disparurent en plusieurs heures Mesmer 28 juillet 1774

Mesmer est un médecin autrichien qui a quitté Vienne pour venir à Paris en 1777, il va y acquérir une très grande notoriété,
Le baquet de Messmer permet de traiter ensemble une vingtaine de personnes
On pourrait appeler ça une thérapie de groupe

Médecin anglais, John Grieve, en visite à Paris en 1784 raconte:
« J’étais dans sa maison l’autre jour, et je fus témoin de sa façon de procéder, au milieu de la pièce est placé un récipient d’un pied et demi de haut environ, et que l’on appelle ici un baquet. Il est si grand que vingt personnes peuvent facilement s’asseoir tout au tour. Le bord du couvercle est percé d’un nombre de trous correspondant au nombre de personnes qui doivent l’entourer. Ces trous reçoivent des tiges de fer, recourbées à angle droit vers l’extérieur disposées à différentes hauteurs de façon à correspondre aux différentes parties du corps auxquelles elles doivent s’appliquer ; outre ces tiges, une corde fait communiquer le baquet avec un des malades, puis de proche en proche avec tous ses compagnons, les effets les plus apparents se manifestent à l’approche de Messmer, lequel dirige le fluide,par certains mouvements de ses mains ou de ses yeux , sans avoir besoin de toucher la personne en question . J’ai parlé avec plusieurs personnes qui ont été témoins de ces effets et chez qui Messmer a provoqué des convulsions puis les a fait cesser d’un simple mouvement de la main »

Les malades étaient assis en silence, au bout d’un moment, certains commençaient à éprouver des sensations physiques étranges, ils étaient traités par Messmer dans des chambres à crises.Les plus anciennes familles aristocratiques, les Noailles, les Montesquieu, le marquis de Lafayette, l’ordre de Malte furent des adeptes.

Ellenberger attribue à Messmer la première tentative réelle de rationalisation des thérapies psycho dynamiques « Il eut le mérite de donner un statut scientifique aux méthodes de thérapie par les forces inconscientes »

Ce passage de l’exorcisme au magnétisme constituait un grand pas, puisqu’il substituait à la croyance en une action surnaturelle, une explication « scientifique » sic, plus conforme aux progrès de la physique de l’époque.

La doctrine de Messmer se rapporte aux théories physiques censées expliquer la nature et le mode d’action du magnétisme animal. Messmer avait besoin d’une explication rationnelle et rejeter toutes théories à caractère mystique (la psychologie était inexistante à cette époque.)
Il s’est donc tourné vers la physique et la gravitation universelle de Newton. Dans sa thèse Messmer avait déjà décrit un fluide universel pénétrant le cosmos, plus tard il appela ce fluide « agent général ». Cette obscure théorie fut évidemment rejetée par les physiciens…. ! Sa doctrine ne fut jamais reconnue par les Académies de sciences et de médecine.

Messmer s’appuyait également sur les analogies fournies par les découvertes de l’époque dans le domaine de l’électricité. Messmer attribuait à son fluide des pôles, son baquet censé concentrer le fluide était une imitation de la bouteille de Leyde qui venait d’être inventée
.Messmer pense aussi que la théorie des crises provenait de la façon d’opérer de Gassner (ce en quoi il ne devait pas avoir tort !). Pour Messmer, la crise était la preuve, artificiellement provoquée de la maladie,
Nous sommes tous des psychopathes en puissance !
Mais ….en même temps qu’elle fournissait un moyen de la guérir, à mesure que l’on provoquait des crises chez un malade, elles devenaient de moins en moins violentes et finissaient par disparaître totalement, jusqu’à la guérison.

Messmer a eu des problèmes.Il est très contesté, il doit s’enfuir de Paris.en 1785
On a parfois comparé Mesmer à Christophe Colomb. L’un et l’autre découvrirent un nouveau monde, l’un et l’autre restèrent dans l’erreur jusqu’à la fin de leur vie sur la nature exacte de leur découverte. L’un et l’autre moururent amèrement déçus

La doctrine de Messmer contenait en germe certains éléments fondamentaux de la psychiatrie moderne
Le magnétiseur est l’agent thérapeutique de ses guérisons c’est en lui-même que réside son pouvoir Pour être en mesure de guérir, il faut d’abord établir une relation étroite avec son malade, c'est-à-dire en quelque sorte «se mettre en harmonie avec lui »
Le chemin de la guérison passe par des crises, lesquelles sont des manifestations de maladies latentes, que le magnétiseur provoque artificiellement

Messmer fut-il un précurseur de la psychiatrie moderne ?

Ce genre de personnage est toujours le successeur de l’un et le précurseur de l’autre. C’est une lapalissade, je sais !!!

Il est toujours intéressant de comprendre l’origine d’une idée, en l’occurrence pour Messmer, c’est sans doute l’exorciste Gassner, et pourquoi elles sont restées bloquées à un endroit qui nous fait sourire aujourd’hui.
Messmer comme Charcot constatent, provoquent, mais ils sont incapables d’user leur découverte, il leur manque le plus important,
Pourquoi et comment cela fonctionne ?
Pourquoi faire danser un singe si cela ne sert qu’à amuser le public, le succès ne peut être que de courte durée, il faut attendre quelques année pour qu’un chercheur reprennent l’idée pour l’amener un peut plus loin

Il reste encore beaucoup de travail, entre Messmer et les psychanalystes d’aujourd’hui,
il y a eu des progrès,
avis aux amateurs, ils restent encore de nombreux mystères inhérents à l’inconscient humain.

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Message par Vargas le Jeu 6 Sep 2007 - 15:17

20 Mar 2005, 16:32
Très joli message, merci.

A priori, je dirai que la principale ressemblance entre le baquet de Messmer et le divan... et bien c'est l'effet "Baquet".

Pour Freud en effet, l'alpha et l'oméga de la psychanalyse, c'est le transfert. Le transfert est effectivement un déplacement massif des "particules" psychique, tout ça orienté vers quelqu'un, vers quelque chose, vers une situation. Bref, le transfert ça arrive tous les jours, tout le temps.

Mais la spécificité du divan, c'est que c'est une situation folle. C'est un véritable baquet, un lieu étrange, contenant, radicale césure avec le monde extérieur, lieu où on peut tout dire, sans jugement. D'autant plus que la scène analytique par l'arrêt de la motricité (on est allongé), et par l'absence du regard de l'autre (le psy est derrière), c'est un formidable catalyseur de particule (expression de Laplanche). On peut fantasmer, que faites vous derrière mon dos, vous dormez... vous vous en foutez... vous devez vous dire que...

Bref, la scène analytique est un baquet, créant une maladie expérimentale, nommée, Névrose de Transfert.

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