Spinoza, le Conatus : Conatus, Affections, Liberté

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Spinoza, le Conatus : Conatus, Affections, Liberté

Message par Bergame le Lun 17 Sep - 21:21

Par Olaf : Conatus, Affections et Liberté


A - Le Conatus

Le principe fondamental de l'individu, c'est le Conatus, autrement dit, le désir, l'appétit, la puissance d'exister. Il s'agit de quelque chose d'assez particulier d'ailleurs : en général, on pense le désir à partir du manque. Quelque chose me manque, et mon être se tourne entier vers l'objet qui me manque. Bref, c'est d'abord la fin qui fait le désir.

Chez Spinoza, c'est très différent, c'est même l'inverse. Et il s'agira de la grande croisade que Deleuze entreprendra contre Hegel, Freud et Lacan, ceux qui font du désir le corrélat du manque. Pour Spinoza, le désir est premier, et n'a pas de finalité au départ. Il s'agit juste d'une poussée vers un objet. Je suis d'abord une puissance d'exister.

Et je crois que c'est fondamental pour comprendre la théorie des affections. En effet, si mon désir est premier, ce qui est second, c'est l'extériorité. Se dévoile alors un gigantesque champ de conatus en conflit : Le Monde. En d'autre terme, je suis enchaîné à l'autre, à son désir, d'autant plus que la satisfaction de mon désir passe par l'autre. Si je veux un objet, et qu'un autre le veut, qu'autre chose interfère, mon désir peut être insatisfait. Ou à l'inverse, je peux trouver ce que veut mon désir, et celui-ci sera alors satisfait.

Ce renversement est important à plus d'un titre. D'une part, le Conatus fait de moi un sujet fondamentalement jeté dans le monde, un être-au-monde. D'autre part, le désir premier exclue la fin comme première. Il n'y a pas d'idée derrière le désir, il y a d'abord le désir. Bref, l'homme est à l'image de Dieu, Dieu qui est, et ce sans finalité. Dieu n'a pas fait le monde dans un but, il est, et c'est sa nature. Il est pleine affirmation.

Dès lors, s'il n'y a pas de finalité dans Dieu, ni dans l'homme, et que c'est le désir qui fait la valeur de l'objet, alors il n'y a pas de morale en soi. La morale est une construction, il n'y a pas de loi divine.


B - Les Affections


La théorie des affections est fondamentale pour comprendre le salut de l'homme. En effet, comment l'homme dans ce champ de servitude peut-il s'élever? Comment peut-il aspirer à autre chose, et déjà, comment peut-il changer? Ce changement dans l'individu, c'est le propre de la théorie des affections :
- Si mon conatus est satisfait, j'éprouve de la Joie.
- Si mon conatus n'est pas satisfait, j'éprouve de la Tristesse.

Voyez comme c'est simple, et comme pourtant c'est cohérent. Si j'ai ce que je veux, je suis content, sinon je ne le suis pas.

En fait les implications sont un petit peu plus complexes. En effet, le propre du Conatus, de ma puissance d'exister, c'est d'être un pouvoir d'être affecté. Ma puissance d'agir est aussi une puissance de pâtir.Plus je ressens de la joie, plus ma puissance d'agir augmente, et inversement, plus je ressens de la tristesse, plus ma puissance d'agir diminue. La joie me rend plus fort, plus puissant, et donc plus apte à ressentir, à être affecté par le monde. Inversement la tristesse diminue ma puissance, ma perfection, et me ferme au monde. Je ne peux manquer d'établir ici un parrallèle avec le narcissisme psychanalitique : ma puissance m'ouvre au monde et me rend capable d'être affecté par lui.

Mais pour bien saisir la joie et la tristesse, il convient de bien comprendre une chose: La joie ne doit pas se confondre avec le plaisir éphémère. La Joie, elle, est éternelle, puisqu'elle participe à Dieu. Quand je suis joyeux, je participe de Dieu. Je participe à Dieu parce que j'augmente a puissance, je me rapproche de Dieu, de l'être, de mon essence. Je suis une pleine affirmation, tout comme Dieu.

Prendre de la drogue par exemple, c'est ma satisfaire à court terme, mais me détruire à long terme. Bref c'est me nier. La vraie joie, la joie divine, c'est toucher l'être, c'est toucher Dieu, c'est participer à la nature même de Dieu, c'est-à-dire la pleine affirmation. J'ajoute rapidement, mais je ne vais pas rentrer dans le détail, qu'une rencontre négative, une rencontre triste, décompose mon être, car effectivement pour Spinoza, mon individualité est un rapport d'être, rapport qui agit comme une pression, rapport qui m'est propre.


C - La Servitude et la Liberté

si le Conatus me lie au monde, si la nature même de mon être est de me projeter en pleine extériorité, dans ce champ de force, alors je suis l'esclave des autres, je suis l'esclave du monde. Ma nature même est d'être affecté par les autres. Je n'y puis rien, et Spinoza rejette fermement la posiion Stoïcienne du « Même pas mal », rejette fermement ce déni du corps (voisinant plus avec la négation qu'autre chose d'ailleurs).

C'est pourquoi Spinoza propose une voie de Salut, projet que constitue l'Ethique. La liberté réside en une certaine façon de penser sa servitude, et ne voyez nullement là de la résignation. La liberté consiste à accepter le monde, à le penser et à s'affirmer.

« J'appelle libre, quant à moi, une chose qui est et agit par la seule nécessité de sa nature; contrainte, celle qui est déterminée par une autre à exister et à agir d'une certaine façon déterminée. » [Spinoza, lettre à Schuller]

En effet, l'état Adamique (Adam dans le jardin d'Eden sans contrainte) n'est pas l'état premier, car l'état premier est un état de servitude : ma puissance d'agir / pâtir comme principe premier me lie a l'extériorité. Je suis enchaîné au désir des autres, et je subis les affections, je subis passivement les passions, sans pouvoir distinger les causes ni les effets de ce que je subis. L'homme de passion est irraisonnable, et la cité, la loi, viennent le contraindre, viennent le secourir.

L'état Adamique est un état qui doit être retrouvé. C'est l'homme affirmé, qui se déleste du monde, l'homme Nietzschéen en somme. L'homme qui évite les sentiments négatifs, tel la haine, le mépris, la pitié... Je peux être altruiste, je peux aider les hommes, mais non partager leur douleur et diminuer ma perfection.


*** *** ***


En articulant ces trois concepts, on comprend pourquoi Spinoza nous enseigne une éthique et non une morale. C'est l'homme qui détermine les valeurs, et c'est à lui de s'affirmer activement dans le monde. L'homme premier est un esclave, esclave du monde, et des passions. L'homme libre s'affirme, se déleste de poids du monde. Spinoza nous conseil alors de se méfier de ceux, tel les tyrans ou les prêtres, qui asservissent les gens, en répandant la tristesse, en répandant les idées de pêchés, de fautes, d'expiation, cultivant ainsi le négatif. Spinoza nous présente une conduite fascinante, positive, une conduite de joie, une conduite affirmative.

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Re: Spinoza, le Conatus : Conatus, Affections, Liberté

Message par Courtial le Ven 4 Juil - 9:41

« J'appelle libre, quant à moi, une chose qui est et agit par la seule nécessité de sa nature; contrainte, celle qui est déterminée par une autre à exister et à agir d'une certaine façon déterminée. » [Spinoza, lettre à Schuller]

En effet, l'état Adamique (Adam dans le jardin d'Eden sans contrainte) n'est pas l'état premier, car l'état premier est un état de servitude : ma puissance d'agir / pâtir comme principe premier me lie a l'extériorité. Je suis enchaîné au désir des autres, et je subis les affections, je subis passivement les passions, sans pouvoir distinger les causes ni les effets de ce que je subis. L'homme de passion est irraisonnable, et la cité, la loi, viennent le contraindre, viennent le secourir.

L'état Adamique est un état qui doit être retrouvé



Je ne suis pas sûr de bien entendre cela.
Mais d'abord pourrais-tu préciser où tu trouves cela? Je me souviens que Spinoza parle d'Adam dans sa correspondance avec Blyenbergh (avec le problème du Mal), mais sans dire tout à fait ça, mais là tu sembles te référer à l'Ethique et je n'ai aucun souvenir de cette affaire.
Il "y croit" (si j'ose dire) à l'état adamique ? le début de ton propos à l'air de le nier, mais ta dernière phrase alors, je ne la comprends plus.
Spinoza ici en désaccord avec Malebranche (ce qui n'étonnera personne), pour qui l'état en question est celui où Adam jouit de la libre disposition du cours de ses esprits animaux, c'est donc un état d'activité pure, la passivité apparaissant comme la conséquence du péché. Après les choses sont inversées : je pèche parce que je suis affecté. De sorte que je ne peux plus échapper au péché.
Mais bon en résumé, est-ce que j'en reste à l'idée que l'état adamique est une illusion, que le péché n'existe pas, ou alors simplement comme une façon de parler (d'ailleurs impropre), mais alors comment lis-je la dernière phrase?

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Re: Spinoza, le Conatus : Conatus, Affections, Liberté

Message par Bergame le Lun 7 Juil - 11:59

Sois le bienvenu, Courtial, je suis vraiment heureux de te retrouver ici. Smile
En revanche, je suis désolé de ne pouvoir te répondre : je ne suis pas l'auteur de ce texte. C'est un certain Oos ou Olaf qui l'avait rédigé sur le défunt site Philautarchie, que Digression tente de perpétuer (cf ici). Personnellement, je trouve tout cela un peu trop tourné vers Nietzsche, non ? Et je n'adhère pas à la distinction éthique / morale, comme nous en avons déjà discuté ailleurs, de fait.

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Re: Spinoza, le Conatus : Conatus, Affections, Liberté

Message par Courtial le Jeu 24 Juil - 12:01

Merci pour le "bienvenu" et sache que je partage ton plaisir pour ses "retrouvailles"...
Le côté un peu nietzschéen ne me gène pas là, dans la mesure où l'on ne dépasse pas la mesure de l'acceptable en restant spinoziste.
Je ne repère pas, même après relecture, l'opposition éthique/morale que tu évoques, en revanche.
Il y avait un autre aspect qui me génait, mais si j'ai bien compris le rédacteur n'est plus là pour me répondre, c'est qu'après avoir mis en garde contre une interprétation du désir comme manque, comme sujet visant coupé de son "remplissement", si j'ose dire, tout le reste du texte continue de se mouvoir dans le mode de pensée qu'on a d'abord écarté, en particulier par l'insistance sur la notion de "satisfaction" (on va même jusqu'à parler d'un conatus "satisfait", l'exemple de la drogue, etc.). Il me semblait voir là un petit souci sur le plan de la cohérence.

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Re: Spinoza, le Conatus : Conatus, Affections, Liberté

Message par cedric le Jeu 24 Juil - 13:24

....mais où se cache Oos

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