Marx & Engels, L'Idéologie Allemande

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Marx & Engels, L'Idéologie Allemande

Message par Bergame le Sam 6 Oct - 13:24

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Marx et Engels, L’Idéologie Allemande


L’idéologie allemande a été écrit entre 1845 et 1846 par Marx et Engels, et constitue une critique de la philosophie et du socialisme allemands. La première partie porte sur Feuerbach, et c’est aussi l’occasion pour les deux auteurs de penser leur propre matérialisme, de préciser leur rapport à l’histoire, à l’économie, et au communisme.


I – Société et idéologie

Marx admire et s’inspire du matérialisme de Feuerbach, qui ne considère plus seulement le mouvement de l’Esprit, comme Hegel. Mais il s’en prend toutefois à lui. Car Feuerbach pense l’Homme, et même s’il parle du sensible, il reste encore, sur ce point, dans l’abstraction idéaliste. Ce n’est pas l’Homme qu’il faut penser, mais l’histoire de la société et des hommes réels, « en chair et en os », les individus vivants, ceux qui la font.

Les individus vivants sont toujours en rapport avec la nature. Mais ce qui les distingue des animaux, c’est avant tout leur capacité à produire leurs propres moyens d’existence. Tout nouveau besoin engendre une nouvelle production, et le développement de la production ne va pas sans un développement du commerce et des rapports sociaux, qui lui sont réciproques. Cette production est en fait production de la vie matérielle elle-même, elle est manifestation de la vie, mode de vie.
A un certain stade du développement d’une société correspond un certain état des forces productives, et corrélativement un certain état des rapports sociaux, ce que Marx appellera plus tard les rapports de production.

Le travail est production, production de la vie matérielle. Par le travail, l’homme entre en rapport avec la nature. Mais le travail ne produit pas sans qu’une division du travail ne l’organise. La première division du travail consiste en la séparation de l’industrie et du commerce d’avec le monde agricole, c’est-à-dire la séparation de la campagne et de la ville.
Mais la division du travail est aussi à l’origine de la séparation de la société en classes : si dans l’industrie du XIXe, le bourgeois s’occupe des capitaux ou d’un travail intellectuel, l’ouvrier, lui, écope du travail manuel.

Et selon la classe, selon le travail, selon la vie matérielle des hommes, ceux-ci produiront aussi les idées, les représentations qu’ils se font de leur vie :

    « La production des idées, des représentations, de la conscience est d’abord mêlée à l’activité et au commerce matériel des hommes : elle est le langage de la vie réelle. »
Dans une société, il y a toujours une idéologie dominante, celle de la classe dominante ; car ayant le temps de penser, les individus de la classe dominante produisent des idées susceptibles de s’imposer à toutes les classes, en même temps que s’exerce leur domination.

Et ce que Marx reproche à toute la philosophie allemande, depuis Hegel, c’est de se perdre dans la pensée pure et détachée de toute base matérielle (une « phraséologie »), et ainsi de perpétuer l’idéologie de la classe dominante au sein de la société allemande : « les hommes et leur condition apparaissent la tête en bas ».


II – Le matérialisme historique

    « Nous ne connaissons qu’une seule science, celle de l’histoire. »
Plutôt donc que de se perdre dans une bataille d’idées détachées de tout fait matériel, de tenter de déduire le matériel à partir de l’idéal, Marx se situe dans une optique inverse : il s’agit, à partir de faits réels et historiques concernant les individus vivants, de penser la société, les forces productives et les rapports sociaux à chaque époque donnée : « cette société civile est le véritable foyer et le véritable théâtre de toute histoire ».
Non pas penser « la substance », « l’Homme » ou la « conscience de soi », mais le mouvement réel de l’histoire qui ne revient pas à soi et s’ouvre à quelque chose d’autre. Et ce mouvement réel, Marx l’appelle communisme :

    « Nous appelons communisme le mouvement réel qui dépasse l’état actuel des choses. »
Ce mouvement est celui de l’évolution de la société dans l’histoire : évolution des forces productives, et évolution des échanges, des rapports sociaux. Pour Marx, un des résultats de la division du travail, c’est la propriété. La propriété, c’est aussi les rapports sociaux, mais envisagés sous l’angle juridique.

Marx distingue alors quatre stades de l’histoire :

    1- La propriété tribale. La division du travail est encore très élémentaire : l’organisation sociale est celle de la famille, et l’échange se fait principalement par la guerre et le troc. Les forces productives sont celles de la pêche, de l’élevage, à la limite de l’agriculture.

    2- La propriété communale et publique apparaît à l’Antiquité (à Rome et en Grèce). La propriété privée y est subordonnée à la propriété publique. Par regroupement des familles naît l’opposition entre la ville et la campagne, la préférence étant donnée à la ville. Le citoyen fait partie de la classe dominante, et exploite les travailleurs-esclaves.

    3- La propriété féodale ou corporative (au Moyen-Age). A la campagne, la classe asservie est celle des paysans, enchaînée à la propriété foncière. En ville la division du travail est corporative, sépare l’artisanat en métiers hiérarchisés. La noblesse domine.

    4- La propriété privée (dès le XVIe siècle). La petite bourgeoisie se rassemble autour des corporations, la grande bourgeoisie naît des manufactures. Le commerce s’étend pour acquérir une extension mondiale, aidé de la colonisation. La grande industrie apparaît, qui rend la concurrence universelle. Le capital devient industriel ; la classe exploitée : les ouvriers.

Nous avons ainsi mentionné les différents stades de l’histoire. L’histoire, pour Marx, est continue ; ces différents stades sont autant de moments qui peuvent coexister à la même époque (par exemple, l’organisation familiale de certaines entreprises). Le passage historique d’un stade à l’autre sera examiné plus loin.

On le voit, si dans le matérialisme historique, la considération des rapports sociaux, des forces productives, de l’idéologie contribuent à l’analyse, le facteur économique est toujours présent -même s’il ne suffit pas à déterminer le développement de la production à une époque donnée.


III – La révolution

Comment, à un certain degré de développement, passe-t-on d’un stade historique à un autre ? Il arrive en fait qu’à un certain moment, les forces de production entrent en contradiction avec les modes d’échange. De nouveaux besoins se créent qui ne peuvent être satisfaits par le développement actuel des forces de production. Alors le passage au stade suivant de développement ne peut advenir que dans une révolution.
Mais toutes les révolutions jusqu’à ce jour, dit Marx, n’ont fait que redistribuer le travail, laissant intacte l’activité et le principe de la division du travail. Il faut donc une nouvelle révolution, un changement massif des hommes et de la société, et l’avènement d’une société communiste.

Pour Marx et Engels, au milieu du XIXe siècle, le « machinisme et l’argent » sont devenues des forces destructives ; ce ne sont plus des forces productives, parce qu’ils nuisent aux rapports sociaux. Le prolétariat supporte la domination de la bourgeoisie, qui amasse les richesses alors qu’elle ne constitue qu’une minorité de la population. La lutte révolutionnaire doit donc se porter contre la bourgeoisie, et à terme, éliminer le travail (en tant que divisé, réparti et imposé), abolir toutes les classes, et jeter ainsi les bases d’une société nouvelle, non plus individualiste, mais où « les individus acquièrent leur liberté à la fois dans et par leur association ». Pour Marx, l’histoire est en marche ; la société communiste n'est pas une utopie à réaliser, mais un moment du mouvement même de l’histoire.

Pour mener à bien la révolution, les prolétaires ont à se constituer une conscience communiste qui tienne compte de leur situation réelle. Seule l’appropriation universelle des forces productives, c’est-à-dire internationale, peut amener au déploiement d’une « totalité d’aptitudes » qui échappe à la division du travail. C’est par l’union que « l’énergie nécessaire à l’accomplissement de l’appropriation » deviendra possible et que la propriété privée sera éliminée.

*


L’Idéologie Allemande donne déjà les positions fondamentales de Marx quant à sa vision de l’histoire, son rapport à l’économie et à la société, au travail. Le matérialisme de Marx porte son attention sur les individus vivants et sur l’organisation de la société. Bien qu’opposé à l’idéalisme hégélien, ce matérialisme reste historique.
Pourtant il y a quelque chose chez Marx qui échappe à l’histoire sans pour autant l’abolir : La révolution communiste n’est pas la fin de l’histoire, mais elle met en jeu toute une irruption de forces qui s’étaient tues jusque là, comme un renversement de l’histoire, pour qu’autre chose soit possible. Ce que ne concevait pas Hegel, puisque chez lui, la fin de l’histoire consistait en ce que l’Esprit se reconnaisse lui-même, l’Allemagne comme Etat de perfection de l’Esprit. Marx a brisé la clôture hégélienne, s’est impliqué pratiquement en son temps et a affirmé la voie du matérialisme, ou tout du moins l’a raffermi après Feuerbach.

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