Descartes, Discours de la Méthode

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Descartes, Discours de la Méthode

Message par Bergame le Lun 17 Sep - 20:51

Par Olaf



Le Discours de la Méthode




Le Discours de la Méthode est un tout petit livre, qui se veut plus une mise en bouche qu'autre chose. Si l'on trouve déjà quelques grands thèmes Cartésiens, il faudra attendre les Méditations Métaphysiques pour trouver du plus consistant.


A - Douter

Il y a une éthique sympathique chez Descartes : Il faut chercher par soi-même. C'est peut-être ça la grande leçon du Discours, rédigé en langue romane pour permettre à tous de penser. Car loin de se montrer définitif sur sa philosophie, Descartes préfère nous montrer son cheminement, afin que, nous mêmes, nous puissions chercher. Chercher par soi-même forge le processus de pensée.

Mais pourquoi faudrait-il chercher d'ailleurs, alors que l'on m'enseigne des vérités, des théories, des manières de voir le monde ? Parce que ces préjugés sont peuplés d'erreur, et qu'il faut apprendre à les analyser, les travailler, ainsi que toute chose qui s'offre à moi.
Si je plonge mon doigt dans un verre d'eau, je vais voir un gros doigt, qui n'est pourtant pas tel que je le vois. En effet, mes sens me trompent... c'est l'une des choses qui me forcent à douter. Je dois douter de ce que l'on m'enseigne, douter de ce que je pense naturellement.

Ainsi, Descartes doute, doute, doute... Ruiner un fondement de penser ruine tout le reste. Sur quoi, alors, s'appuyer ?


B - Le Cogito

Mais à force de douter... on doute de tout, sauf d'une chose, que l'on doute. Je suis bien l'auteur de ce doute qui m'anime, et si il y a une vérité sur laquelle je peux bâtir une pensée toute neuve, une pensée solide, c'est bien celle du Cogito : Je pense donc je suis, je suis une substance pensante. Cette substance pensante est mon âme. Descartes dire plus tard : « Je suis, j'existe ».

Le Cogito est une évidence. A propos du Cogito Ergo Sum, Gassendi répondit la chose suivante à Descartes : Le Je pense donc je suis est un faux syllogisme car il y manque l'élément majeur. Le Cogito juste serait:
- Pour penser il faut être.
- Or je pense
- Donc je suis.
Ainsi le Cogito ne serait pas cette vérité première sur laquelle bâtir un édifice métaphysique.

Mais Descartes lui répond malicieusement : « Mon pauvre Gassendi tu as complètement tort (ou tu es complétement con). Là où moi, je pars de l'intuition première et fondamentale de moi en tant que sujet pensant, toi, tu es déjà dans des constructions universalisantes. Tu vois bien, Bougre d'idiot, que mon Cogito sent la vérité première... » (Citation approximative).

Bref, je suis une chose pensante, ça c'est sûr. Dès lors, Descartes découpe le corps de l'esprit. Le corps est une merveille de rouage, de mécanique, telle la mécanique des animaux, merveille de rouage et d'automatisme, mais l'esprit possède en lui des attributs déposés par Dieu. Car le doute révèle mon imperfection, révèle le chaos de ma pensée. Je peux penser du vrai, ou du faux. Le Faux participe du Néant, et le Vrai de l'Être, mais n'allons pas plus loin dans ces considérations.

D'ailleurs, j'ai 3 types d'idées (à entendre au sens de représentations) :

    - Les idées parfaites, qui naissent avec moi, de source divine.
    - Les idées sensorielles, qui viennent du monde.
    - Les idées créées par moi, comme Babar, ou les chimères dit Descartes... des choses qui n'existent pas mais auxquelles je pense.

Mais on peut s'étonner d'une telle distinction, pour quelqu'un qui doute. Les considérations sur ces questions viendront avec les Méditations. Toutefois, on peut brièvement dire que je peux imaginer un dé à 1000 faces, et un dé à 10.000 faces. Cependant, ces deux dés seront, dans ma représentation, finalement assez semblables. Rien ne m'atteste que ces deux dés possèdent le nombre de faces que je voudrai leur assigner. Cependant, si je vois l'un de ces dés, il ne bougera plus dans ma perception. Il restera tel qu'il est.
Il y a ainsi une dissociation nette entre l'imagination, et la perception. La perception possède une véracité que ne possède pas l'imagination. Mais, l'esprit possède une unicité foncière, il reste un, indivisible, malgré les différents mode de fonctionnement qu'on lui attribue. Notre perception de l'espace, elle, est divisible.

Cependant, est-ce que cela atteste réellement d'une quelconque extériorité ? Je peux très bien dissocier en moi des idées, que je produis entièrement. Je peux très bien être la cause de toutes ces idées, les charger de ma propre substance.


*** *** ***


Commentaires

Je trouvais bonne la remarque de Gassendi, parce qu'elle soulevait le problème de la prétention du lien évident entre le penser et l'être (substantialisation du penser par le doute). Et j'ai l'impression qu'en fait c'est dû à une confusion entre l'être et le vrai.

C'est peut-être aussi la différence avec Husserl. Descartes dit que le cogito est une vérité première, Husserl une intuition, une saisie (je pense que je pense). A cet égard, cela me semble bien différent.

Pour Descartes, l'âme est une substance, et le je a une vie toute indépendante du corps. Il découvre soi-disant cela avec le cogito, je pense donc je suis. Je suis une substance pensante. PENSER = ETRE.

Cette identité te paraît évidente ? A moi pas. Ne peut-on pas tirer le doute optimiste de Descartes vers un doute nihiliste ? Rien n'est (le penser devient un détruire et le moi une mort, c'est une autre illusion, mais tout aussi logique). Le douter perd cette supériorité sur ce dont il doute, et tout s'effondre.

*


Pourquoi / dans quel cas donc penser est-il être ? Là, Descartes nous dit : pour penser, il faut être, car penser est douter de l'être, et que pour douter de l'être, il faut être. ETRE = DOUTER. Autrement dit, qu'est-ce qui n'est pas ? Ce qui est, mais dans le faux.

Etre, c'est être-dans-le-vrai . Ne pas être, c'est être-dans-le-faux. Le vrai est un "surplus d'être". Ou plutôt l'être n'est qu'un surplus, celui du vrai (non pas : est vrai ce qui est ; mais : est ce qui est vrai).

En disant cela Descartes avoue qu'en fait, il n'a jamais douté de rien. S'il remettait véritablement en question l'être de ce dont il doute, alors le doute ne serait plus.

Mais il mélange les deux questions, celle de la vérité des idées qui proviennent de ses sens, et celle de l'être de son sentir. Ce qui fait que l'être devient le vrai, et le non-être le faux.
C'est ce dont j'ai l'impression.

Bergame
Persona
Persona

Messages : 343
Inscrit le : 03 Sep 2007

Revenir en haut Aller en bas

Re: Descartes, Discours de la Méthode

Message par Dany le Sam 13 Oct - 16:14

Bonjour Bergame et tous les participants, :flower:

Question générale :

Qu'est-ce qui justifie, d'après vous, l'importance accordée par l'Education Nationale, au "Discours de la Méthode" de René Descartes ?

Question subsidiaire :

Qui est Olaf ?

Bien à vous, :heart:

Dany sunny

Dany
?????
?????

Messages : 5
Inscrit le : 06 Oct 2007
Localisation : France

Revenir en haut Aller en bas

Re: Descartes, Discours de la Méthode

Message par Vargas le Dim 14 Oct - 9:27

Bonjour.

Pour la 1 ère question :

- Parce que c'est un livre qui propose une méthode et que l'éducation nationale adore les méthodes.

- Parce que c'est le livre le plus simple de Descartes qui est chéri par les institutions parce qu'il est français, mort depuis longtemps et que c'est le seul penseur gaulois considéré à la hauteur des plus grands (la trinité Platon-Descartes-Kant, en fait).

- Parce qu'il introduit à des considérations qui seront développé dans sa véritable oeuvre majeure, Méditations métaphysiques (le rapport de l'ontologique au pensé en liaison avec le souci de la conduite de son existence, le statut des idées, l'innéisme, la création continuée, etc...).

- Parce qu'il contient la formulation du Cogito dont on a fait un évènement majeur dans l'évolution de la philosophie. (élaboration d'un certain positivisme qui ferait entrer la philo dans sa période moderne , établissement du rapport réfléxif entre sujet pensant et objet pensé, et tout ce qu'on veut lui faire dire).

Pour la 2 ème question :
c'était un membre présent dès les 1ers temps de Philautarchie (le forum de pensée sur les cendres duquel à émergé Digression).
--------------------------------------------------------------------------------
L'effet dévore la cause, la fin en a absorbé le moyen.

Paul Valéry, Poésie et pensées abstraites
(cité par Herbert Marcuse, in L'homme unidimensionnel)

Vargas
e-Vok@teur
e-Vok@teur

Messages : 325
Inscrit le : 01 Sep 2007
Localisation : Vocalisation

Revenir en haut Aller en bas

Re: Descartes, Discours de la Méthode

Message par Dany le Lun 15 Oct - 0:26

Bonjour Vargas et tous les participants, :flower:

Je vous remercie de votre réponse.

Par ailleurs, j'apprécie les textes clairs et linéaires d'Olaf.

Bien à vous,

Dany sunny

Dany
?????
?????

Messages : 5
Inscrit le : 06 Oct 2007
Localisation : France

Revenir en haut Aller en bas

Re: Descartes, Discours de la Méthode

Message par Infinity le Lun 12 Mai - 17:32

Il me semble qu'a complétement été occultée ici la partie morale du Discours de la méthode.
Vous lisez le Discours à travers les Méditations, ce qui me semble très approximatif.

Outre déjà sa méthode, qui est assez consistante bien que simple et décrite en peu de mots, méthode qui réforme l'Organon aristotélicien et c'est un euphémisme, il y a le concept de morale par provision qui vient se juxtaposer à la métaphysique, laquelle n'est pas "par provision" mais pose des certitudes éternelles.
Alors s'il faut compléter la méthode par les Regulae, la métaphysique par les Méditations, et la morale par les Passions de l'âme, il n'empêche que ce petit livre ouvre toutes ces pistes à la fois.
J'ajoute aussi que le Discours originellement avait été publié avec la Dioptrique et les Météores, lesquels ont aussi un intérêt philosophique puisque Merleau-Ponty a interprété la Dioptrique dans L'oeil et l'esprit (si ma mémoire est bonne).
Donc même si le Discours a sans doute eu moins de postérité que les Méditations, il n'empêche qu'il est le livre cartésien par excellence, ne serait-ce que par le fait qu'il a été écrit en langue vulgaire et donc se propose une certaine idée de la philosophie. Livre par excellence également car il vient briser l'idée de Descartes comme un philosophe solitaire; le Discours est une exhortation à agir et à ne pas rester ermite. La vie même de Descartes illustre cette idée, lui qui répugnait à faire de la philosophie et qui disait qu'il fallait consacrer, dans l'année, 1 mois aux sens, une semaine à l'imagination et un jour à la raison; si ma mémoire est bonne.
« Le monde n’est qu’une équation différentielle » cité par H. Poincaré

Infinity
?????
?????

Messages : 3
Inscrit le : 22 Déc 2007
Localisation : 31

Revenir en haut Aller en bas

Re: Descartes, Discours de la Méthode

Message par Vargas le Mar 13 Mai - 7:59

On n'a pas prétention à fournir des sujets de présentation exhaustif, mais des sujets qui permettent de lancer des discussions. Wink
Il était ici surtout question du cogito et du doute, 2 gros morceaux.

Quant aux méditations métaphysiques, c'est une piste de lecture importante
Il ne s'agit pas de lire le discours uniquement en fonction des méditations, mais de sentir ce qui parcoure conjointement les 2 oeuvres, ce qui se prépare dans le premier et ce qui est relayé dans le second.

Je suis bien d'accord avec toi que sa morale provisoire pourrait mériter un sujet à part.
Si tu souhaites l'écrire, n'hésite pas.
--------------------------------------------------------------------------------
L'effet dévore la cause, la fin en a absorbé le moyen.

Paul Valéry, Poésie et pensées abstraites
(cité par Herbert Marcuse, in L'homme unidimensionnel)

Vargas
e-Vok@teur
e-Vok@teur

Messages : 325
Inscrit le : 01 Sep 2007
Localisation : Vocalisation

Revenir en haut Aller en bas

Re: Descartes, Discours de la Méthode

Message par Courtial le Jeu 3 Juil - 12:51

Il faut tout de même rappeler que ce que nous appelons Discours de la méthode n'est en réalité que la partie introductive de l'ouvrage. Ce n'est qu'une sorte de Préface pour les essais qui suivent et qui sont "l'application", disons de cette méthode aux figures (Géométrie), au monde (Les météores) et à la théorie de la lumière (Dioptrique).
Pour la comparaison avec les Méditations, Alquié dit qu'il faut considérer le Discours comme une approche historique de sa pensée, c'est l'histoire du moi empirique philosophant, les Méditations en étant, comme leur nom l'indique, la resaisie métaphysique, transcendantale.

Courtial
Gueuleu(r/se)
Gueuleu(r/se)

Messages : 30
Inscrit le : 03 Juil 2008

Revenir en haut Aller en bas

Re: Descartes, Discours de la Méthode

Message par Dany le Jeu 3 Juil - 16:25

Bonjour à tous,

Oui, un ouvrage introductif - donc constitutif - ou discours préliminaire à divers savoirs... par trop déductifs ! study


Bien à vous,

Dany
?????
?????

Messages : 5
Inscrit le : 06 Oct 2007
Localisation : France

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut


Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum